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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 11:16

Lointitude, de Patricia Laranco ; préface de Jean-Pierre Desthuilliers, 10 euros ; La Jointée éditeur, 2009

 

  La poésie de Patricia Laranco est une poésie d’interrogation, à l’instar du titre d’un de ses poèmes. Pour le (la) poète, l’univers entier est  une énigme : énigme du temps, de l’étendue, de soi-même et de son corps  qui devient étranger  quand on regarde son reflet dans la glace.

Le poète est celui qui s’éloigne du quotidien pour  découvrir le mystère qui nous environne.

Le voici « lambeau d’absolue solitude / îlot d’absolue /  lointitude / à jamais divorcé, / perdu »

  Les poèmes de  ce recueil nous conduisent à une infinie modestie « car  il n’est pas de devoir si ce n’est celui / de balbutier, de tituber, de trébucher… ». Les mots de la poésie nous entraînent « loin de /  l’âpreté de la vie », par delà questions et insomnies. Patricia Laranco pose les vrais problèmes humains : sentiment du néant, solitude, fuite du temps…que le talent des poètes essaie d’affronter mais, ainsi que le dit  l’auteur de ces beaux poèmes existentiels : «nous y tremblons(…) bien plantés, attachés au sol / comme les arbres de plein vent / mais qui peut contrer la bourrasque ? »

                                                                                  Eliane Biedermann (poète, critique)

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Patricia Laranco est née en 1955 à Bamako ( Mali) d'un père français et d'une mère mauricienne. Elle est donc métisse , entre deux cultures. Elle a vécu une partie de sa jeunesse en Afrique Noire. Installée en France , elle a publié six recueils de poèmes dont "Sous les yeux des miroirs obscurs" ( Editions La Cyclade, 1996) et "La chaleur mammifère" ( Editions d'Ici et d'Ailleurs, 2006) .Elle est aussi critique littéraire pour les revues Diérèse, Jointure, Les Cahiers du Sens...Elle est membre du comité de lecture de Jointure et du P.E.N Club Français. Elle est également photographe et peintre.

Son dernier ouvrage "Lointitude " ( Editions La Jointée) , préfacé par Jean-Pierre Desthuilliers, semble un aboutissement de tout un travail sur le langage autour des thèmes de la solitude, de l'isolement, de la non-communication entre les êtres, de la perception que l'on peut avoir de soi-même, de son image, de son corps, de son être, cette "Lointitude", de cet état étrange où le corps est loin de l'âme comme un reflet lointain de son être sur un miroir opaque.

" Il pleut.
Je flotte entre deux eaux;
entre la veille et le sommeil. " dans "Il pleut..."

C'est peut-être la condition de l'artiste, du poète, d'être isolé du monde
sans pour autant tomber dans le cliché du poète maudit dans sa tour d'ivoire. Le poète ne se sent peut-être pas concerné par le monde.

"Impression d'irréalité :
étrangers, les objets, les murs,
heurtés
par l'interrogation,
par la panique du regard." dans "Sensation"


Ces poèmes sont poignants, impudiques, tristes mais leur lyrisme
rehausse l'ensemble et le rend plus beau.

"Le corps est orphelin
de l'antique fusion,
il gît, il geint, parfois
il appelle au secours.
Il appelle à lui ce
qu'il ne connaîtra plus,
ce dont, pourtant, il garde
intimement
la trace." dans "Séquelle"

C'est une poésie précise, en longues périodes. J'aurais préféré plus elliptique, suggérant plus que décrivant, plus mystérieuse peut-être.
Cela dit, le style de Patricia Laranco n'est pas "bavard" et dit l'essentiel. Son talent n'est pas dilué dans des acrobaties verbales ineptes ou absconses. Je vous conseille donc la lecture de cet ouvrage, simple, émouvant et désespéré comme la vie l'est, au bout du compte, un peu, quand même.



Eric DUBOIS (poète)
in Blog "Les Tribulations d'Eric Dubois".

 

 

 

 


 

 


 

 


 

 

 

. PATRICIA LARANCO - LOINTITUDE - Préface de Jean-Pierre DESTHUILLIERS - La Jointée Editeur (2009; 79 p.; 10 E).

Les mots de sens concret ou abstrait, bavards ou silencieux, s'écoulent comme le sang dans les veines et mènent la danse infernale d'une vision dans un miroir où les visages se reflètent, se succèdent, s'ignorent, s'estompent au loin, dans quelque lieu, si loin en solitude, si loin en "lointitude".

Tapi, un être se tient à l'affût, conscient d'exister à l'à-pic du vertige, dans les couloirs sombres de la nuit noire, dans le filandreux, dans l'effroi, dans le mouvement disgrâcieux des gestes. Mais aussi dans la douce tiédeur horizontale des couvertures.

La peau, telle une "graîne de solitude / ultime // ne défend plus / soudain / de l'écorchure à vif."

On ne peut s'empêcher d'évoquer le Plume de L'espace du dedans de Michaux ou l'analyse phénoménologique de Sartre. Patricia Laranco, comme elle le dit elle-même, se libère de la gangue par l'écriture, "cracher un mot de poésie // C'est un peu comme se jeter hors de son corps".

Nous sommes, comme toujours avec ce poète, dans une authentique plongée en soi pour un double diagnostic du corps pesant et souffrant en relation avec le monde cosmique. Le tout étant relié par une pensée qui interroge et transcende. Ici, les limites extrêmes sont atteintes.

On découvrira la sensibilité de la petite-fille dans ce magnifique poème des racines adressé à sa grand-mère, cette "peau noire de l'Île Maurice".

Jacqueline BREGEAULT-TARIEL (poète et critique).

in N° 71 (Hiver 2010), rubrique "A l'écoute de la parole" de la revue d'actualité poétique POESIE SUR SEINE.

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commentaires

J
<br /> Être nègre<br /> Pour Raphaël Confiant<br /> <br /> Et maintenant<br /> je dis que je suis nègre<br /> non pas noir<br /> ni homme de couleur<br /> mais nègre du sang pulsant dans mes artères<br /> <br /> Oh cruauté des cordages<br /> incrustés sous ma peau<br /> <br /> Maintenant je dis que je suis nègre<br /> de mes cheveux anciennement corbeau de kouli malabar<br /> de mes cheveux anciennement grainés de nomades d’Afrique<br /> de mes cheveux anciennement filasses de breton naufrageur<br /> <br /> Maintenant<br /> je dis que je suis nègre<br /> de ma poitrine nourrie<br /> à la rose des vents<br /> de mes pieds déformés<br /> de coupeur de canne<br /> de mes pieds délicats<br /> de danseur mondain<br /> <br /> Oh biguines<br /> oh gavottes<br /> valses piquées<br /> et autres menuets<br /> <br /> Maintenant je suis nègre<br /> de la pluie qui soupire sur ma complexité<br /> nègre oh nègre<br /> infiniment divers<br /> claquant le tambour de ma langue<br /> sur le fil acéré de la herse des mots<br /> oh nègre dont la richesse<br /> ne se classifie pas<br /> <br /> José Le Moigne<br /> Nîmes 15 septembre 2008<br /> <br /> <br />
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