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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 11:54

 

Que s’est-il passé pour que nous devenions des HOMO SAPIENS ?

« Sommes-nous simplement devenus plus intelligents que les animaux qui nous entourent ? ».

« Oui, mais pas seulement », répond ce documentaire américain, qui nous abreuve aussitôt après d’une explication différente autant qu’étonnante : « c’est GRÂCE A LA COURSE que l’Homme est devenu ce qu’il est » !

Ce documentaire, en effet, se fonde sur la thèse audacieuse d’un jeune anthropologue américain nommé THOMSON qui, il se trouve, a également la fibre sportive.

Si Thomson, comme tout un chacun, convient que nous possédons un cerveau particulièrement puissant, il pointe aussi du doigt un « avantage évolutif » plus inattendu, mais « plus profond » que l’espèce humaine serait censée posséder : « l’Homme est, de loin, le plus grand coureur de fond » parmi les mammifères.

Qui sait si nous n’avons pas dû « courir, avant même d’apprendre à penser ? ».

Voilà qui, quand on y regarde de plus près, est tout à fait probable : « l’Afrique de nos ancêtres grouillait de prédateurs », et, bien avant de devenir des prédateurs nous-mêmes, nous avons, durant environ « 2,5 millions d’années », été d’abord exclusivement des « proies » qui n’en menaient pas large.

Alors, sans grands moyens de protection et de défense que nous étions (ou du moins que nos plus lointains ancêtres hominidés étaient), nous avons couru. Pas d’autre choix. Et, peu à peu, notre aptitude à la course est devenue ce qu’elle est maintenant : une « aptitude étonnante », unique en son genre dans le monde des primates.

Tout a commencé « il y a plus de dix millions d’années », dans le lieu le plus anciennement peuplé du monde, celui où « nos ancêtres vivaient et évoluaient », la VALLEE DU GRAND RIFT. Il y a plusieurs millions d’années, l’actuelle VALLEE DE L’HAWASH était encore « une forêt tropicale » que peuplaient de grands singes dont on a retrouvé les restes fossiles, les ARDIPITHEQUES. Assez semblables aux actuels chimpanzés, ceux-ci se contentaient de vivre « dans la canopée ». Tout juste si, de temps en temps, ils se risquaient à effectuer de « brèves et difficiles incursions » hors de leur domaine.

Puis, quelques millions d’années plus tard, intervint un changement climatique radical qui entraîna la « désertification » de l’ensemble de la région et, partant, la quasi disparition de la lignée de ces grands singes arboricoles. Seuls, parmi ceux-ci, quelques-uns survécurent…qui durent s’adapter, et surent le faire. Une variété inédite de grand primate, un « nouveau singe » vit alors le jour, et, avec lui, « la vie bipède ». Il y a quelques sept à cinq millions d’années, de grands singes marchaient déjà, bien que de façon encore imparfaite. Tout cela aboutit, « il y a 3,5 millions d’années », à l’émergence des tout premiers marcheurs spécialisés : les AUSTRALOPITHEQUES.

Le paléontologue Ian TATTERSALL nous présente, dans un musée américain, des « mannequins » de ces « premiers marcheurs », dont les empreintes (émouvantes) furent découvertes sur le site de LAETOLI, en Afrique australe. Pour la première fois, ces traces attestent d’ « une bipédie hors de doute ».

Reste que ces êtres « étaient deux fois plus petits que nous et extrêmement vulnérables à découvert  ». « Rien ne leur permettait de s’enfuir rapidement ni de se défendre ». A se demander, à ce compte-là, « quel avantage évolutif » pouvait bien apporter la bipédie… Un nombre extrêmement élevé de restes fossiles d’australopithèques ont été trouvés porteurs de marques mortelles d’assauts de carnivores, tels que léopards, ou tigres à dents de sabre.

Pour le Pr LIEBERMAN, de l’université d’HARVARD, la bipédie n’a fait que nous rendre horriblement « vulnérables ». « Il y a cinq millions d’années », elle nous a, en quelque sorte handicapé, en nous rendant « lents » (par rapport aux autres animaux qui nous entouraient). Nous avons « réagi » en développant « la chasse et la cueillette », qui, de fil en aiguille, eurent pour effet de nous doter d’un « plus gros cerveau », terriblement « énergivore », mais surtout, peut-être, en optant pour « une solution totalement nouvelle » : LA COURSE « D’UNE GRANDE ENDURANCE », qui est devenue, à la longue, particulière à l’Humain.

Larry BELL, de l’UNIVERSITE D’ALBERTA, attire notre attention sur le fait qu’ « aucun humain n’a jamais réussi à distancer un animal qu’il avait pris en chasse ». Ce ne sont pas non plus, au départ, l’évolution de notre technologie (les outils, les armes) qui nous ont permis de nous défendre, ou de chasser efficacement les animaux, car l’Hominidé mit un certain temps avant d’emmancher un silex au bout d’un bâton pour en faire une lance, ou une hache. Ce fut bien plutôt « la poursuite du gibier jusqu’à ce que mort s’ensuive », la CHASSE A L’EPUISEMENT.

Ce fut vraisemblablement cette activité de chasse liée à la course de fond qui, avec le temps, nous fit acquérir une autre caractéristique très rare chez les mammifères, à savoir « une peau glabre et qui transpire », car dotée de nombreuses glandes sudoripares.

Quand l’Homme (ou son ancêtre) découvrit qu’ « en courant à une certaine vitesse », il réussissait à « faire galoper les quadrupèdes », tout a commencé. La marche vers notre anatomie actuelle d’Homo Sapiens était enclenchée !

Car, contrairement à nous, les quadrupèdes ne transpirent pas, et, par conséquent, n’évacuent pas facilement leur trop-plein de chaleur. Chaque fois qu’on les oblige à galoper longtemps, leur corps se réchauffe et ils deviennent victimes d’hyperthermie. Pour parvenir à « se refroidir », ils ne disposent que d’une solution : le halètement. Or, les malheureux n’ont aucun moyen de haleter quand ils galopent, pour la bonne raison que cette action secoue et ballotte violemment leurs intestins. Par contre, pour nous, aucun problème de cet ordre : en courant, nous régulons parfaitement notre température par la transpiration.

Les derniers Hommes à pratiquer la chasse à l’épuisement furent les BUSHMEN d’Afrique australe, dont on sait par ailleurs maintenant qu’ils sont, probablement, l’ethnie contemporaine la plus proche des tout premiers Homo Sapiens.

Pourtant, de nos jours, il existe encore, sur terre, une peuplade dont le mode de vie n’est pas sans rappeler celui de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs-coureurs de fond. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle ne se trouve pas en Afrique. L’Homme ayant su s’adapter à tous les climats et à toutes les latitudes avec une facilité confondante, elle réside « au cœur de la SIBERIE ARCTIQUE », sur la PRESQU’ILE DE DJUKOTSKA.

La presqu’île de Djukotska est un territoire très reculé, situé loin de tout. Occupée naguères par les Russes, elle a été abandonnée par eux, de sorte que ses AUTOCHTONES nomades y sont revenus à leur vie pleinement traditionnelle, « totalement à l’écart du monde moderne ». C’est une chance pour les scientifiques, qui sont partis les observer.

Depuis très longtemps, ces nomades se sont adaptés au grand froid. Les anthropologues les surprennent « à la fin de l’été », qui est aussi pour eux « l’époque de la capture des RENNES ». Il faut savoir qu’alentour, « des milliers de rennes broutent la TOUNDRA ». Ces quadrupèdes fournissent aux Hommes « la viande et la graisse » que le cerveau humain « réclame en permanence », plus « la fourrure », indispensable à la vie dans ces rudes climats. Les habitants mènent « une vie d’éleveurs de rennes » qui exige d’eux des « déplacements incessants ». En effet, « les troupeaux disparaissent souvent, pour redevenir sauvages » » et on est, de ce fait, sans cesse obligé de les poursuivre. « Les rennes ne restent jamais au même endroit » et les Hommes, dans ces contrées, ne connaissent pas l’usage du cheval. Conséquence : « la vie dans la toundra nécessite de courir énormément », afin de courser ces énormes troupeaux d’en moyenne « trois cent têtes ».

On imagine l’effort que ça représente…Ces gens, nous dit-on, « ont beaucoup de choses en commun » avec les chasseurs à l’épuisement. Mais c’est sans problème qu’ils se sont adaptés à cette existence éprouvante.

A cela, sans doute, une explication, que nous ne saurions négliger : NOTRE ANATOMIE toute entière est conçue pour la course d’endurance. Lorsqu’on veut bien l’examiner, l’étudier avec attention, elle « parle », et nous révèle ce que « la sélection naturelle » a fait de nous : si nous possédons des « doigts de pied courts », c’est parce que des doigts de pied longs risqueraient de se briser pendant la course ; nous affichons une voûte plantaire qui « agit à la manière d’un RESSORT », ce qui est idéal pour la course ; notre tendon d’Achille, quant à lui, « fournit de l’énergie gratuite, utilisée uniquement pour courir » ; notre muscle grand-fessier relie nos jambes à nos hanches et « stabilise le buste » quand on court (à noter, au passage, que ce muscle était « très réduit  chez les australopithèques » et qu’il est totalement absent chez les chimpanzés, lesquels « n’ont pas de fesses », l’Homme étant le seul, parmi les grands singes, à être conformé de la sorte) ; jusqu’à nos épaules, tombantes, qui, elles aussi, jouent un rôle crucial d’équilibrage dans l’acte de courir…En bref, « tout, dans notre corps, est conçu pour que nous courions de façon plus stable », de façon à pouvoir fournir des courses prolongées.

Vous n’êtes pas convaincu ?

Qu’à cela ne tienne…Le film nous entraîne, de ce pas, en ETHIOPIE, sur le PLATEAU D’ADDIS-ABEBA.

L’air y est « pur et léger » et la course, une véritable « obsession nationale ».

En course de fond, les Ethiopiens sont, sans conteste, « les meilleurs du monde », et ce, en dépit de leur « misère ».

Ecoutons le témoignage d’un athlète local, nommé SEBOKA : « j’ai grandi au village. Sans chaussures. [Ensuite] j’ai couru pendant trois ans avec des chaussures en caoutchouc ».

Tous ces jeunes athlètes à présent regroupés dans la capitale éthiopienne ont pour point commun d’avoir « grandi dans une grande pauvreté ». Et pourtant ! Sur le haut plateau éthiopien, le village de BEKODJIU compte, parmi ses natifs, pas moins de « cinq médailles d’or olympiques », tous couronnés « dans les dernières années » et aujourd’hui tous « millionnaires ». Il dispose d’un centre d’entraînement sportif « qui reçoit maintenant les enfants par centaines ». Ces gosses, qui n’ont pas de chaussures (tout au plus s’entourent-ils, parfois, les pieds de tissus) sont « des coureurs exceptionnels ». Pourquoi ? En raison de leur « mode de vie » même, qui est resté « proche de notre passé lointain ». Comme ils « entraînent leurs pieds dès qu’ils savent marcher », ceux-ci ont la particularité d’être extraordinairement « souples ». Ils ignorent totalement les oignons, les épines calcanéennes. Une véritable bénédiction ! Par comparaison, les gens qui « portent des chaussures » affichent au contraire des « pieds faibles », lesquels, par exemple, fragilisent fréquemment « les athlètes occidentaux », connus pour la facilité qu’ils ont à se blesser ainsi que pour la fréquence de leurs plaintes pour « mal aux genoux ».

Est-ce à dire que « courir pieds nus est bénéfique » ? Eh bien, oui, n’hésitent pas à soutenir les scientifiques. Et d’expliquer : « courir, au fond, c’est simplement sauter d’un pied sur l’autre », à l’aide du fameux «  ressort » dont nous vous avons parlé plus haut, au niveau de notre voûte plantaire. Or, il se trouve que « nos chaussures nous privent de ce ressort naturel ».

D’où le fait que « les pauvres, privés de chaussures, font les meilleurs coureurs qui soient ». Ainsi, cette jeune femme éthiopienne, OUARGANESHA qui, après une classique « enfance à la ferme », est devenue, à dix-sept ans, « une coureuse d’exception ». Elle met tout son espoir dans la course, car elle sait fort bien que, si elle échoue dans ce domaine, elle devra revenir à la case départ, au village, où « on la mariera ».

Séboka, lui aussi, en veut et se donne à fond à la course, rempli d’espoir. Il finit par courir le 10 000 mètres aux fameux CHAMPIONNATS NATIONAUX D’ADDIS-ABEBA, qui sont « l’usine à champions éthiopienne ». Mais c’est une déception qui l’attend, car il se trouve distancié vers le milieu de la course. « En Ethiopie, commente-t-il, courir très vite ne suffit pas ». Il faut s’accrocher, car les excellents coureurs de fond déterminés fourmillent. Pour autant, Séboka reste bien décidé à s’accrocher.

Tout ce que nous venons de voir, à bien y regarder, démontre une chose : « tous les Humains sont semblables, à la base, en vertu de leur conformation anatomique. Ce qui les différencie, en revanche, considérablement, c’est leur manière de vivre ».

Alors ? « Sommes-nous toujours les plus grands coureurs de fond que la nature ait jamais portés ? ». Ou cette caractéristique ne concerne-t-elle plus désormais que des peuples plus ou moins isolés, comme les Ethiopiens ou les gens de Sibérie arctique ? Sommes-nous, nous, les prisonniers de la modernité, encore capables de courir, ainsi que le faisaient tout naturellement nos ancêtres ?

Il existe, pour le savoir, un excellent test, unique au monde : LA COURSE DE LA MORT, organisée chaque année au CANADA, soit « 125 km dans les montagnes ». Il s’agit d’une « course d’ultra-endurance » particulièrement dure, « brutale ». Comme son nom, d’ailleurs, l’indique…

Ayant décidé d’y participer, l’anthropologue Thomson, notre guide, s’entraîne d’abord en effectuant « plusieurs marathons » à la suite l’un de l’autre.

Une autre candidate, qu’il nous présente, Diane VANDEREN, lui avoue  courir « quatre à six heures par jour » chaque jour, dans le but de parvenir à « courir très longtemps ».

La course démarre, pleine d’embûches, parmi lesquelles l’une des moindres n’est pas la pluie. C’est, pour Thomson, une occasion supplémentaire de se rendre compte combien « nous ne soupçonnons pas à quel point nous sommes résistants ».

Mais l’anthropologue, pourtant « fait pour courir », se voit contraint à l’arrêt au bout de quelques « soixante-dix kilomètres ». Epuisé, il a besoin de faire halte, pour reprendre des forces. Puis il repart.

Diane Vandéren, elle aussi, et en dépit d’une blessure, s’accroche farouchement. Elle va réussir à franchir la ligne d’arrivée, au terme d’ « une course de plus de vingt heures ». Au total, nous apprend-t-on, seulement « un tiers des participants y sont parvenus ».

Thomson, lui, sera moins chanceux : après, au total, « cent kilomètres » de course acharnée, il déclare forfait ; il s’arrête à nouveau, cette fois définitivement, las de courir « dans la nuit et dans la pluie », totalement « à bout ». Pourtant, il est loin d’être mécontent de sa performance : n’a-t-il pas « franchi trois sommets » et tenu durant une très respectable distance ?

Plus que jamais, il est émerveillé de constater à quel point « les limites de l’endurance humaine sont incroyables ».

Car il faut le savoir : certains humains « peuvent courir plus de 160 km » d’une seule traite, en tenant très bien le coup. « Les chasseurs-cueilleurs, notamment, ont cette faculté de courir pendant des jours ».

Mais nous, nous avons aussi gardé cette anatomie de chasseurs-cueilleurs. Nous avons été bâtis pour « être actifs toute la journée ».

Une bonne part de nos maladies actuelles d’Hommes contemporains « résultent de la contradiction entre notre constitution et le mode de vie que nous avons adopté ». Dit en d’autres termes, « nous payons cher le fait d’être assis toute la journée sans courir ni marcher ».

En un sens, ne vaudrait-il pas mieux nous appeler « Homo Cursor » bien plutôt qu’ « Homo Sapiens » ?

 

 

 

P. Laranco.

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