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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 13:14

On sait le Mal. On sait son pouvoir et ses exactions. On lit la presse, on regarde la télé. Bombes, tueries, massacres. Les mots sont violents, percutants. Ils résonnent dans notre tête. Iraq, Congo, Tchétchénie. On a lu des livres sur les génocides, sur les guerres. On sait les chiffres. Des gens meurent, des enfants, des femmes. Par milliers, millions. On sait, au bout du compte, que ces chiffres ne veulent plus rien dire. Qu’est-ce que ‘dix morts’ peut bien signifier ? Nous disent-ils la souffrance, la mâchoire brisée ou les corps broyés ? On sait la violence du monde. Du moins on croit savoir. On sait la violence des corps. Pas si loin de nous. On sait qu’on s’entretue pour quelques sous ou pour des sombres histoires passionnelles. Mais on tente de circonscrire cette réalité. On crée un cercle autour de soi. On évacue cette réalité. On l’éloigne de soi. On n’arrive pas à établir un lien entre cette réalité et notre réalité. On ne veut pas établir ce lien. Cette violence concerne les autres. Pas nous. Puisque nous sommes innocents. Puisqu’on mène une vie paisible. Puisque nous sommes des gens bien, presque trop polis. Puisque notre ambition est celle de la réussite bourgeoise, la maison, le campement, les ‘star school’, les voyages.
On construit notre bonheur méticuleusement.
Comme une araignée, on tisse sa toile, on crée un théâtre de verre pour occulter les ombres.
Fragile. Précaire. Mais on s’y sent bien. On est à l’abri.

Mais que fait-on un jour quand cette réalité nous rattrape ?

Mais que fait-on quand un jour quelqu’un pénètre chez vous par effraction et qu’il vous guette afin de vous tuer ?

Que faites-vous quand le Mal surgit et qu’il n’a qu’un seul objet, votre annihilation et celle de vos proches ?

Vous l’homme bien, vous l’artiste, incapable de faire du mal à une mouche.


C’est mon alibi.

Je suis quelqu’un de bien.

Je ne mérite pas ça.

L’histoire est banale mais ne le sont-elles pas toutes ? Vous habitez à l’époque dans un appartement et vous coexistez avec un gardien qui lui vit au sous-sol. Puisqu’il écoute de la musique très fort vous lui expliquez à plusieurs reprises, fort gentiment, que cela vous vous dérange. Au bout de quelques semaines la situation devient intenable mais vous tentez toujours de le convaincre de baisser sa musique. Il finit par vous menacer. Il  laisse entendre qu’il a l’intention de s’en prendre à vous, à votre famille. Vous entreprenez  alors, avec succès, des démarches pour qu’on l’expulse.


Quelques jours plus tard, l’homme est chez vous, il vous attend, sabre à la main. 


L’homme a tout prévu. Il a apporté des vêtements de rechange, une corde solide, sans doute parce qu’il a l’intention de vous torturer.


Et tout se joue en quelques secondes.


Votre épouse, enceinte, qui d’habitude retourne à la maison avant vous s’est rendue chez vos beaux-parents. Quand vous entrez dans votre chambre vous le voyez surgir, il tente de vous assener un coup sur la tête et on ne sait trop par quel miracle vous parvenez à le maitriser et à vous enfuir.


Dix secondes plus tard votre épouse est de retour.


Inutile de parler de ce qui s’ensuit.

La peur, le choc, la police, le pseudo procès.

Il ne demeure qu’une chose.

Un fait.

Obsédant. Mon fils a failli être assassiné avant de naître.

Ce n’était qu’une question de secondes. Il s’en est fallu de peu. De rien.

Mon fils a failli être assassiné avant de naitre.

Mais comment est-ce possible ?

D’autres me diront de dédramatiser. Il le faut sans doute. Et d’ailleurs quand il m’arrive d’en parler, on m’écoute sans trop me prendre au sérieux. Cela relève de l’anecdote. Il faut peut être voir les yeux du mal, de la haine, sentir le souffre de la haine pour comprendre.

D’autres me diront qu’il faut relativiser. Et je relativise.


D’ailleurs j’ai oublié. Neuf ans déjà. Plus ou moins oublié.


Là-bas, la guerre continue. Aujourd’hui on nous parle de la Syrie. Demain ce sera un autre pays. Des morts, toujours plus de morts. Des morts à ne pas en finir. On dispose aujourd’hui d’assez de bombes pour anéantir l’humanité. On le sait ça. La violence ici est éruptive, elle éclate de temps à autre. On se tue à coups de marteau, on viole, on brule, on découpe, on tranche. Sans parler d’une autre violence, celle du quotidien. Observez donc les yeux hagards et amers de ceux qui n’en peuvent plus, ceux tourmentés par la société du tout fric, de l’ambition sans limites, société du paraitre, société de la compétition où on s’entredévore a coups de complots et de coups bas.

Les hommes sont fous.

On ne peut fuir la violence du monde, il y a un lien tenace, plus tenace qu’on ne le croit entre là-bas et ici et on ne peut y échapper, on a beau construire des murs, en soi et autour de soir, on ne peut y échapper, la paix n’est qu’un répit avant la guerre, pas seulement celle qui saccage mais cette guerre qui est de tous les instants, toute cette violence qui pulse dans le cœur des uns et des autres, toutes ces blessures, caprices et cicatrices qui sillonnent les veines des hommes, toutes ces bacilles de la folie qui meurtrissent les élans de la nuit.

On ne peut y échapper.


Un jour ce pays explosera. Un jour ce monde explosera.

Le Mal parviendra à ses fins.

Que fera-t-on alors ? Que fera-t-on alors ?





Umar Timol.

 

 


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Published by ANANDA.
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