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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 15:08

 

Encore un livre sur les surdoués, me direz-vous !

Oui, mais celui-ci, écrit par une personne elle-même directement concernée par le problème (car reconnue surdouée, suite à toute une batterie de tests) a le mérite de faire le point, avec une grande rigueur et une présentation très scientifique, dans le style manuel, sur l’état actuel des connaissances concernant ces sujets hors norme.

Le titre, déjà (au demeurant peu accrocheur), annonce la couleur d’une manière claire et directe.

Devenus – essentiellement aux Etats-Unis – un véritable sujet d’étude, les SURDOUES apparaissent, dans ce livre, comme des sortes d’handicapés du « TROP ».

Ils sont, en fait, caractérisés par d’inimaginables « hyperexcitabilités » qui les fragilisent au plus haut point, les usent.

Tout, chez eux – et, au premier rang, les réactions et la pensée – fonctionne en mode hyper : hyper-rapide, hyper-intense, hyper-actif, hyper-vigilant.

Sentir, penser, créer est, pour eux, une sorte de réflexe qui s’emballe, s’entretient de lui-même, mais aussi, par la même occasion, les assaille sans cesse, les phagocyte : « la personne ne peut s’empêcher de penser », ni de percevoir, de réagir au quart de tour aux sollicitations et aux informations de l’environnement. Il en résulte une grande « fatigabilité physique et psychique », qui explique l’impérieux « besoin de retrait » qu’éprouvent, tout naturellement, ces adultes à la sensibilité toujours en éveil et à l’hyperconscience envahissante. Le handicap social – manifeste - du surdoué adulte ne résulte pas seulement de sa faculté – extraordinaire mais dérangeante pour l’ordre établi – de penser par lui-même, « hors des cadres ». Il est lié à un phénomène plus profond encore : la nécessité – quasi vitale – de « se protéger », de ménager ses forces en rentrant dans sa coquille, pour, tout simplement, éviter le contact avec trop de sollicitations extérieures, pour mettre de l’ordre dans ses idées, les laisser décanter…et (encore plus basiquement) pour se reposer, récupérer, car PENSER TROP EPUISE.

L’individu surdoué possède un mode de pensée tout à fait propre, sur lequel ces pages nous éclairent : la pensée dite « arborescente », « en feu d’artifice ». C’est sans conteste à lui que s’applique le mieux  la fameuse expression « une idée en entraînant une autre… ». Il pense par analogies, par enchaînements d’idées et c’est ce qui, avec son hypersensibilité, le rend « par nature créatif » (« La formation d’analogies est un élément-clé de la créativité »).

D’où cela vient-il ?

On le sait maintenant, grâce à un certain nombre de recherches : outre que « Les neurosciences mettent en lumière l’hyperexcitabilité du système limbique et en particulier de l’amygdale (où se forment les émotions) chez cette population particulière », de sorte que « L’hypersensibilité correspond à une extrême sensibilité nerveuse, une capacité impressionnante, invalidante parfois, de surréaction de la part des cinq sens, centrale dans la vie d’un surdoué », on a constaté, chez l’adulte surdoué, la présence d’un plus grand nombre de neurones et de connexions neuronales.

Le surdon est donc, bel et bien, à la base, « une réalité neurophysiologique » qui, en tant que telle, ne doit rien à l’environnement (même si, incontestablement, du fait de la sensibilité à fleur de peau des individus concernés, un environnement favorable, c'est-à-dire intellectuellement stimulant ne pourra qu’amener le surdoué au mieux de l’expression et de l’épanouissement de son potentiel).

On a d’autre part pu établir, au moyen des neurosciences toujours (imagerie médicale), que les surdoués, dans leur cerveau (comme nous l’avons déjà vu) disposaient de « Plus de matière grise », mais aussi qu’ils totalisaient « plus de matière blanche » (matière protectrice des connexions entre les neurones). Mais surtout, on a pu mettre en évidence, chez eux, un plus grand développement du CERVEAU DROIT, couplé à « L’INTERACTION PLUS GRANDE ENTRE LES DEUX HEMISPHERES CEREBRAUX » (1). Conséquences directes : « l’activité électrique cérébrale est plus importante », « des aires cérébrales supplémentaires (non sollicitées chez les personnes « normales ») et spécifiques » sont mises à contribution et le cerveau « consomme moins de glucose (d’énergie) pour le traitement de l’information ».

Chez le surdoué (comme, du reste, chez tout un chacun, quoique avec nettement plus de force et d'étendue), l’intensité des émotions conditionne la mémorisation, et par conséquent l’apprentissage.

Mais tout ceci a un prix élevé : variations extrêmes de l’humeur, insomnie, procrastination, immaturité émotionnelle, impulsivité intellectuelle, inquiétude chronique souvent traduite par des crises d’angoisse, sentiment de décalage et de solitude abyssale parfois accompagné de mépris et de rejet des autres, de l’humanité « moyenne », manque de confiance en soi lié tant au perfectionnisme extrême qu’au sentiment d’être « à part », indépendance (notamment d’esprit) trop développée entrainant une « déloyauté » envers les organisations et les groupes, fort sentiment d’insatisfaction et de frustration lié à « l’impossibilité de tout connaitre », tendance à la paranoïa ainsi qu’à la fuite du réel et de soi-même dans les addictions (drogues, alcool), indécision et doute, épilepsie (occasionnée, quand elle existe, par la surchauffe cérébrale), sensibilité particulière aux maladie auto-immunes, susceptibilité exagérée aux traumatismes et au stress, torture du « pourquoi ? », dépression à connotation existentielle s’étalant sur toute une vie, tendances suicidaires et suicide, troubles psychiatriques tels que l’hyperactivité avec déficit d’attention, la bipolarité, le trouble borderline, la schizophrénie et le syndrome d’Asperger, et, de façon plus générale, espérance de vie moindre que celle de la moyenne des gens.

Ce qu’il faut bien comprendre, nous suggère ce livre, c’est que le penser, chez l’Homme, est indissociable du sentir, de l’émotion. Ici, les surdoués servent en quelque sorte de loupe grossissante du fonctionnement du cerveau humain en général. Plus l’être humain sera SENSIBLE, et plus il sera créatif. Plus fort il ressentira, plus il pensera efficacement.

Ce qui frappe le plus peut-être, chez les surdoués, c’est la connexion entre l’émotion, la surprésence au monde et l’intelligence.

La pensée, ici, réagit (à une vitesse fulgurante) à l’immédiateté et à la violence de la perception. Elle s’en fait, véritablement, la caisse de résonance. Le surdoué est un grand, un extraordinaire intuitif. En lui, pour lui, sentir c’est, instantanément penser/créer. Créature mentalement vouée à la globalité et à la fulgurance, il manifeste souvent une attirance marquée pour la spiritualité (souvenons-nous, ici, des inclinations « mystiques » d’un Albert Einstein).

Mais tous ces surdoués-là font furieusement figure d’enfants perdus. Epuisés –on pourrait presque dire « persécutés » par leur propre pensée, ils se débattent constamment avec elle, avec son interférence envahissante, avec son hypertrophie qui les dépasse et les retient captifs.

Nombre d’entre eux, d’ailleurs, ignorent purement et simplement qu’ils sont surdoués. A ce propos, Cécile BOST leur conseille, bien évidemment, de tenter le « dépistage » des test de QI (2)…tout en n’omettant cependant pas de les mettre plus ou moins en garde contre le côté fortement limité de ces derniers : « le test est minuté », ce qui, « pour des surdoués anxieux et hyperémotifs », constitue « un vrai traumatisme » ; les tests proposés sont, par ailleurs, exclusivement de type logico-mathématique ; or, il existe, chez l’être humain, plusieurs types d’intelligence (la théorie des intelligences multiples, en fait, en recense huit).

Au total, il est bien clair, pour l’auteur, que « niveau de QI ne doit pas être confondu avec niveau d’intelligence » et que « le surdoué ne peut se réduire à un seul résultat de test de QI ».

Autres révélations : le surdon n’est lié ni au sexe (masculin) (3), ni aux « catégories socioprofessionnelles supérieures ». De plus, il ne garantit ni succès scolaire, ni réussite socioprofessionnelle.

Au vu de tout ce qui précède, le surdon apparaitrait plutôt  comme un drame…

Il est tentant - par-delà les explications encéphaliques – de supposer une origine génétique à un tel phénomène.

Le fonctionnement cérébral de ces êtres résulte-t-il d’une mutation – voire de plusieurs ?

Pour l’instant, il semble que les données génétiques soient encore insuffisantes pour expliquer cette vitesse et cette hyperactivité tant de la faculté de sentir que de celle de penser, et d’innover.

Mais je ne serais pas étonnée s’il y avait, là-dessous, « du gène »…

 

 

 

P. Laranco.

 

 

 

 

 

(1) En conséquence, les gauchers et les ambidextres sont nettement plus nombreux que les droitiers dans la population des surdoués.

 

(2) Est considérée, officiellement, comme « surdouée » toute personne bénéficiant d’un Qi de plus de 130. Dans certains cas (rares), le QI peut atteindre 140 et l’on a alors affaire à des gens hyper-surdoués.

 

(3) En nombre égal à celui des hommes, les malheureuses femmes surdouées cumulent les handicaps qui sont propres à cette catégorie : encore plus sensibles que les autres femmes, elles sont en outre encore plus enclines que leurs homologues masculins à étouffer leurs dons ou à les cacher de peur de « se mettre en avant », conformément aux exigences normatives qu’impose la société à leur sexe.

 

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Published by ANANDA.
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Sheona 23/06/2013 17:39

Bonjour,
je viens de lire cet article. Actuellement, je vis une situation très très conflictuelle avec ma fille et mon ex-conjoint, et souffre de hauts et bas très forts. Déclarée surdouée à l'école
primaire, j'ai ensuite un peu laissé ce "diagnostic" à l'écart de ma vie en ne lui accordant pas tant d'importance. Aujourd'hui, après avoir effectu un test "êtes vous dépressif", j'ai cliqué sur
celui du QI et découvert un résultat très élevé. Intriguée de ce blog. Je vous remercie d'avoir publié ce texte. Je me reconnais vraiment et "déculpabilise" de tout ce torrent d'émotions et
d'anxiétés que je trimbale depuis toute petite. Cela fait deux ans que je suis en thérapie et je pensais justement... que je n'arrivais vraiment pas à m'en sortir. Lire ce texte me réconforte
grandement. Je vais essayer de m'accepter avec ce handicap... !!! Et si possible le faire fructifier. Meilleurs messages.

FRANCE BURGHELLE REY 24/11/2012 11:36

Passionnant, ma chère Patricia ! Merci pour ce brillant résumé qui me fait penser que nous, les " poètes " nous avons souvent une tendance surdouée. L' article éclairerait bien des choses.
Amitié.
France

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