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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 00:48

 

LETTRE D’UN CITOYEN ENGAGE A L’EMPEREUR DU GRAND EMPIRE (année 2560 A.D)

 

 

 

 

 


 
 

Maître,

 

 

 


 

J’ai longuement réfléchi avant de vous écrire. Je sais que vous avez de nombreuses préoccupations et non des moindres. Vous êtes à la tête du plus vaste Empire de l’histoire, vous êtes sa lumière, son timonier et son destin. Je ne veux surtout pas abuser de votre précieux temps. Je ne suis qu’un simple et humble citoyen mais un citoyen engagé et qui a à cœur les intérêts de l’Empire. Empire qui, est-il nécessaire de le rappeler, depuis bientôt quatre siècles rayonne de tous ses feux, feux de notre réussite qui jaillissent en tous lieux, ainsi empire de loin le plus riche au monde, première puissance militaire au monde, revenu moyen le plus élevé au monde, nous disposons des meilleures universités, nous avons effectué des découvertes monumentales dans le domaine scientifique, nous avons colonisé Mars et nous coloniserons bientôt d’autres planètes, nous pouvons nous enorgueillir d'une vie culturelle d’une richesse inouïe mais plus encore, l’Empire a permis d’établir une paix quasi-universelle, nous avons, grâce à la diplomatie, jugulé la sédition dans le monde. Nous vivons, Maître, dans un monde qui est loin d’être parfait mais un monde qui, à tout le moins, est aujourd’hui sur la bonne voie, un monde porteur d’espoir pour tous les hommes et pour toutes les femmes de bonne volonté, un nouveau monde rendu possible par l’Empérocratie (modèle politique et économique qui a fait ses preuves, s'il en est), un nouveau monde rendu possible par le génie propre de notre peuple, sa détermination et son éthique du travail.

Je ne crois pas en l’Utopie, Maître, mais j'ose pourtant dire que l’Empire, sous votre sage et éclairée gouvernance, dessine ses contours et son devenir.

 

 

 


 

Il est, cependant, à l’horizon, des dangers, (anodins à en croire certains),  qui sapent, de façon insidieuse, les fondements de l’Empire, et qui, de ce fait, pourraient même, à plus ou moins longue échéance, le détruire.

 

 

 


 

La situation est, à vrai dire, j'en ai l'impression, plutôt grave.

 

 

 


 

Elle est même dramatique. Et il est important d’agir au plus vite.

 

 

 


 

Je ne saurais trop préciser que mon ambition est modeste, que je ne suis, j'insiste là-dessus, qu’un simple et humble citoyen, en aucun cas un savant, ni un intellectuel, et que mon propos est donc juste de sensibiliser, d'éveiller les consciences. Car il faut être vigilant, demeurer en permanence sur ses gardes, l’ennemi, masqué et sournois, est désormais dans la forteresse !

 

 

 


 

 

 

 


 

Il est, cependant, impératif de procéder de manière rationnelle. L’Empérationalité étant, comme nous le savons, le propre de notre peuple, nous tous récusons bien évidemment les émotions primaires, nous tous rejetons la spontanéité, les jugements hâtifs, à l’emporte-pièce. Nous avons à coeur d'analyser, de déconstruire et de décortiquer minutieusement les problèmes avant de proposer des solutions.

 

 

 


 

Mais avant d’aller plus loin, Maître, il est important de rappeler que, si les dangers évoqués plus haut  peuvent à première vue paraitre dissemblables, ils n'en participent pas moins d’une même logique, d’une même volonté, et par conséquent à eux tous n'en constituent pas moins un même ensemble, dont l’ultime objectif est la destruction de l’Empire.

 

 

 


 

Cette précision est essentielle.

 

 

 


 

J’y reviendrai à la fin de ma lettre.

 

 

 


 

Certains de nos plus brillants intellectuels réclament une nouvelle interprétation de l’Histoire. Ils prétendent que le succès de notre peuple n’est pas dû à son génie propre mais à l’influence d’autres civilisations, notamment l’Occident. Ainsi l’Occident, qui a sombré, depuis longtemps dans le déclin, - rappelons ici rapidement que l’Occident est pauvre et dépendant et qu’il a énormément de mal  à s’adapter aux nouvelles normes de l’Empérocratie, qui elles seules sont susceptibles de permettre le développement et le progrès, rappelons aussi que son déclin a commencé au début du vingt-et-unième siècle pour les raisons que l’on connait bien, le surendettement, un modèle politique archaïque, le culte de l’argent facile et surtout l’échec éthique et spirituel, dû à une culture du plaisir et de la débauche -, aurait suscité l’émergence de l’Empérocratie. Ces mêmes intellectuels affirment, par ailleurs, que nos historiens pratiquent allègrement l’Empérocentrisme, qu’ils ramènent ainsi tout à l’Empire en négligeant (voire en passant sous silence) le rôle que l'Occident a joué, la contribution qu'il a pu avoir dans l'histoire de cette émergence. On aurait donc, si on suit leur raisonnement, procédé à une sorte de détournement de l’Histoire, au cours duquel on se serait appliqué à présenter l’emprise Occidentale, qui n’a duré en tout et pour tout que deux petits siècles, comme un égarement, un intermède avant que l’Empire ne reprenne le dessus. Les mêmes gens, toujours, tentent également de démontrer que la véritable origine des nombreux progrès accomplis ne serait autre que l'Occident. Et ils citent, pour illustrer cette affirmation, plusieurs exemples : les découvertes dans le domaine aérospatial qui, seules, auraient permis la colonisation de Mars, ou encore les découvertes effectuées dans le domaine de la physique quantique,  qui seules auraient permis l’invention de l’ordinateur simulateur d’une réalité parfaite. Il est tout à fait clair pour moi que ce sont des thèses on ne peut plus farfelues et qu’il n’est, de ce fait, rien de plus  facile que de les réfuter. Montrons-nous justes, toutefois. L’Occident a effectivement dominé le monde pendant deux siècles, mais (nuancerons-nous de suite) cette domination était une œuvre impérialiste et barbare. Souvenons-nous en effet qu'ils ont littéralement saigné les peuples conquis et que, s’il est indéniable que des progrès ont été accomplis à cette époque, ceux-ci ne sont rien en comparaison de ce qui a été accompli depuis. On pourrait même dire -et à raison-     que les découvertes occidentales ne sont, au bout du compte, que quelques "amuse-gueule" qui, à tout prendre, ne comptent pas pour beaucoup.

 

 

 


 

Ainsi comment mettre de telles merveilles ( voyage spatio- temporel, téléportation d’objets, sans compter l’énergie perpétuelle) sur le compte d’une vieille civilisation que se morfond aujourd’hui dans la débauche et la superstition ? On peut à la limite leur reconnaitre un mérite, celui d’avoir agi comme une courroie de transmission, celui d’avoir transmis le savoir ancien et perdu de l’Empire mais sans plus... Notre civilisation, il est indispensable de la redire, et ce inlassablement, doit sa réussite  à son génie propre, ainsi, bien entendu, qu' aux mérites intrinsèques de notre peuple, lesquels sont : une véritable éthique du travail, un sens profond du respect de l’hiérarchie, le goût de la discipline, joint à une intelligence rationnelle et systémique. Je crois l’avoir déjà mentionné, nous œuvrons pour la paix, dans un esprit de fraternité totale, et il est pour le moins malheureux de constater qu’on s'applique à saboter cette noble entreprise en propageant tant et plus le mensonge dans des esprits naïfs !

 

 

 


 

Pour ce qui est de l’Empérocentrisme, il est évident que c’est une thèse absurde. Si nos historiens ont si bien ancré l’Empire au centre de l’Histoire c’est pour une raison toute bête, qui a évidemment échappé à nos intellectuels bien-pensants. L’Empire étant la civilisation dominante depuis bientôt quatre siècles, c'est nous qui avons fait l’Histoire,  l’avons sculptée, l'avons forgée et elle est par conséquent indissociable de notre histoire à NOUS. Je sais qu’il est de bon ton aujourd’hui de céder à une sorte de masochisme intellectuel, je n'ignore rien du fait que certains estiment  agréable de s’auto-lapider, mais je m'en moque...il faut avoir le courage de ses convictions, il faut pouvoir s’affirmer et le dire, haut et fort, sans complexes, au demeurant sans aucun sentiment de supériorité ni grandiloquence :  nous sommes le souffle qui a façonné l’Histoire des quatre derniers siècles ! On peut certes se livrer à des exercices d’acrobatie intellectuelle, en prétendant, par exemple, qu’un détail insignifiant ( comme les frasques politiques des pays occidentaux ) revêt une portée historique majeure, mais il n'en demeure pas moins que le fait est là, incontournable, irrécusable : l’Empire domine le monde et l’Histoire ( la grande, pas celle des dérisoires ) du monde est l’histoire de l’Empire. Elles se confondent. Qu’on le veuille ou non.

 

 

 


 

J’estime que nous souffrons d’un mal, qui est le complexe du vainqueur. Il ne faut certes, pas se départir de cette proverbiale modestie qui est une des grandes qualités de notre peuple; toutefois cette modestie ne doit pas se métamorphoser en haine de soi. Sinon ne courons-nous pas le risque de devenir un peuple faiblard, incapable d’avancer, incapable de réaliser ses ambitions...en un mot, un peuple occidentalisé, peureux et sans courage ?

 

 

 


 

Permettez-moi, Maître, de vous raconter une anecdote. Je me suis récemment rendu en Europe. Je comptais aussi visiter les Etats-Unis (désormais désunis, sans jeux de mots ) mais comme vous le savez, c’est un pays ravagé par la guerre et seuls les plus intrépides y ont désormais accès. Je dois avouer que j’aime bien le vieux continent, son histoire, son pittoresque, la cuisine y est merveilleuse et les Européens, dans l’ensemble, ont su préserver un art de vivre ancien. On y rencontre aussi, ne le nions pas, des personnes extraordinaires, ils ont un sens inné de l’accueil, il règne d’ailleurs chez eux une perpétuelle atmosphère de beuverie  joviale et conviviale. Et franchement, je mentirais si je prétendais qu' on ne se laisse pas prendre au jeu; on boit de la bière et on mange des frites, on rigole et on rote. On est bien. Il faut avouer que ces Européens-là sont fort sympathiques . Il y a chez eux un curieux mélange de rusticité et de générosité. Et il est plus qu’évident qu’ils ont un grand cœur, ce qui ne gâte rien; il leur est difficile d’assimiler l’Empérationalité mais quel bon fond ! Et comment ne pas comprendre, à cette lumière, que le vent de révolte qui souffle en ce moment dans leurs pays est le fait de trublions extrémistes qui manipulent les modérés ? L’Européen moyen désire, comme tout un chacun, une vie paisible ( donnez lui du cochon, de la bière et des frites et il sera heureux !) mais il se trouve chez lui des extrémistes qui excitent les flammes de la sédition. Il y a, par ailleurs, une autre chose qui n'a pas manqué de me frapper et de me bouleverser dans leurs pays :  le spectacle de la déchéance. J'ai vu toutes ces grandes villes qui sont dans un état lamentable, encombrées de pauvres , et ils vivent entassés, par millions, dans des bidonvilles géants où ils grouillent, sous l'emprise de chefs religieux qui les maintiennent dans l'inculture et les endoctrinent fanatiquement ! Ainsi, ces masses de pauvres, abruties par le désespoir et l'ignorance crasse, se laissent prendre au piège - comment voulez-vous qu'il en soit autrement ? Permettez-moi, Maître, de vous faire part d' une autre anecdote. Figurez-vous que lors d’une de mes visites à l’université d’Oxford ( désormais transformée en musée ) un jeune homme a piqué mon porte-monnaie à mon nez et à ma barbe. Mais, plutôt que de le blâmer, je le plains. Je me dis que c’est peut-être un de ces malheureux affamés ou un ces fous qui vagabondent dans les villes... Par la suite, l'Occident m'a inspiré une étrange bouffée de nostalgie. C’est un de ses grands penseurs  qui, si mes souvenirs sont bons, a un jour écrit que  les civilisations sont "mortelles" et elles le sont, effectivement. Mais comment  expliquer que CELLE-CI, si belle, ait connu un pareil déclin ? Il suffit de peu pour que tout s’écroule et disparaisse à tout jamais. Ou sont passées les belles capitales de jadis dont parlent les livres et les manuels, Amsterdam, Paris ou Londres ? Que sont devenues toutes ces langues européennes, l’anglais, le français ou encore l’espagnol ? Comment se fait-il que ces langues, naguères si riches, si spontanées, n'offrent plus désormais que cet aspect lamentablement abâtardi et se montrent si peu à même d'engendrer de nouveaux concepts ? Une métamorphose de cette ampleur ne parait-elle pas inexplicable ? Bien sûr, je n'ignore rien des raisons qu'on a avancées...Il n'empêche que les connaitre, les admettre n'atténue en rien notre vague-à-l'âme. Le déclin d'une culture brillante ne peut pas ne pas nous toucher. Peut-être, justement, d'abord, parce qu'il constitue une leçon pour nous. Ce qu'il a à nous dire, c'est que nous ne devons pas dormir sur nos lauriers. Le monde a besoin de l’Empérocratie, il a besoin de nos valeurs. Sans nos principes,  notre éthique,  il ne fera que retourner à la barbarie. Il faut donc tout faire pour préserver notre suprématie. Ceci dit, après mon bref séjour en Europe, je suis plus convaincu que jamais que nous devons aider ces peuples. Nous devons étendre notre programme d’aide, et voter de nouveaux crédits. La solidarité Empérohumaniste est une dimension essentielle, centrale de notre culture. Mais, plus encore, nous devons leur inculquer nos valeurs, nos principes. Reste cependant une question, qu'on ne manquera pas de poser - et que certains, d'ailleurs, posent : avons-nous bien fait de les mettre  sous tutelle ? La question, bien évidemment, ne manque pas de complexité. Notre peuple n’a jamais nourri d' ambition colonisatrice. S'il a fait ce qu' il a fait, j'ose dire que c'est par la force des choses. La différence de développement ne laissait pas place à d'autres options. Notre tutelle n'a été, en tout et pour tout, qu'un moyen pédagogique.

 

 


 

Voyage agréable mais constat désespéré. Quoique tout ne soit pas noir...

Car il est de nombreux occidentaux qui soutiennent et comprennent notre action. Je pense à un intellectuel en particulier qui a récemment publié, ‘La Maladie de l’Occident’, un livre remarquable qui nous démontre de façon très perspicace, je pense, que l’Occident est depuis trop longtemps empêtré pour ne pas dire fossilisé dans une attitude régressive, dans le culte d’une gloire passée, d’un idéal à jamais mort et qu’il est de ce fait, pour lui, impératif de procéder à une reforme. L’élément clé de cet ouvrage réside dans la déconstruction de la culture victimaire qui rend l’Empérocratie responsable de tous les problèmes de l’Occident. Le message est fort : nous en sommes là parce que c’est de notre faute. On conviendra que ce sont des idées dangereuses dans le contexte actuel. On sait la montée de l’extrémisme dans ces sociétés.Pourtant nombreux sont les intellectuels  qui œuvrent pour aider les pays occidentaux et qui interviennent régulièrement dans les grands medias pour ce faire. Ces penseurs ont aussi soutenu notre intervention en Italie et la politique de ségrégation positive en Suisse. Ce sont, et il faut s’en féliciter, d'excellents interlocuteurs, qui, pour être parfaitement ancrés dans leur culture d’origine, n'en comprennent pas moins le fonctionnement du modèle empérocratique. Ce sont des hommes et femmes ponts, des gens qui peuvent contribuer à combler le fossé grandissant entre nous et les Occidentaux. Ils ont besoin de notre soutien. A l'opposé, on trouve, hélas, les intellectuels rétrogrades, que l'on pourrait également appeller " intellectuels victimaires". On ne connaît que trop bien leurs slogans creux que je me permets ici, Maître, de résumer : "nous sommes des victimes, vous nous persécutez, vous pratiquez une politique de deux poids et deux mesures etc". Ainsi ils nous accusent de toutes les vilenies de la terre. Vous avez probablement, Maître, eu l'occasion de lire cet ouvrage, qui a eu un certain écho, son titre est "Peau blanche, Masque jaune", et il évoque les multiples complexes d’infériorité de l’homme blanc, tout en l’invitant, justement, à se débarrasser de ses complexes, à affirmer son identité, à se battre pour renverser l’Empérocratie, pour la révolution. Mais bien d'autres livres, du même acabit, ont été publiés et tous ressassent les mêmes blâmes, évidemment insipides et absurdes.  Ce ne sont que des peccadilles, Maître. L’Occident aujourd’hui est notre fardeau. C’est le fardeau de notre peuple, de l’Empire. Ayons le courage d’énoncer quelques vérités toutes simples. Cessons donc une bonne fois pour toutes de manier la langue de bois. N’ayons plus peur et disons-le haut et fort, proclamons-le, même : l’Occident a besoin de nous ! Ils ont du potentiel mais il leur reste à se libérer du carcan de leurs séculaires immobilismes. Un Occident qui aura renoué avec la culture et le dynamisme sera un Occident  au service de la paix et du progrès. Un Occident qui pourra engendrer de nouveaux Einstein, de nouveaux Newton. Nous devons aider l’Occident, Maître, ceci est impératif. Nous devons rendre leur Renaissance possible afin d’imaginer des lendemains meilleurs.

 

 

 


 

Une nouvelle idée a fait son chemin dans nos universités : l’Occidentalisme. C’est, comme vous le savez, Maître, un jeune et brillant intellectuel d’origine allemande qui a émis cette thèse. Que signifie donc l’Occidentalisme ? En deux mots, c'est un système de représentations dans lequel l’Empérocratie a cloisonné l’Occident et l’a ainsi, en somme, " inventé" de toute pièce. Le savoir produit par l’Empérocratie à propos de l’Occident serait, par conséquent, totalement tributaire du pouvoir. Il s'agit donc, non d'un savoir objectif, mais d'un savoir     biaisé. Cette thèse -qui a ses prophètes et ses dévots- est évidemment farfelue. L’Occidentalisme n’existe pas. Nos scientifiques, nos intellectuels ne sont motivés que par l'objectivité, que par le désir de comprendre l’autre, de l’appréhender dans sa complexité et dans son humanité. Sans ce savoir, qu'aurait-on su de l’âge d’or occidental - je vous le demande ?Ainsi, pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, ce sont bien nos chercheurs qui ont effectué des recherches approfondies sur les grands écrivains occidentaux; c’est grâce à nous, et seulement à nous, qu’on se souvient encore, en ces terres barbares mêmes qui les ont vu naguère naître, des grandes œuvres d'un Proust ou bien d'un Faulkner. Et c’est ce même savoir qui permet aujourd’hui aux pays de l’Occident d’avancer sur la voie du progrès. Il faut reconnaitre cependant, j'en conviens, que cette volonté de savoir, cette volonté de connaître l’autre a quelquefois eu la faiblesse de céder le pas à certains stéréotypes, c'est là une chose incontestable, mais, pour autant cela suffit-il à dévaluer l'ensemble de sa démarche ? Non, bien sûr, et je soutiens que ceux qui l'affirment font preuve de mauvaise foi. J’ai eu l’occasion, par ailleurs, de rencontrer nombre de ces grands chercheurs qui ont voué leur vie à leur travail sur l’Occident ancien, on les appelle les Empérohumanistes ( concept élégant que, je vous le rappelle, vous avez inventé, Maître ). Si ces grands esprits grandement ouverts cherchent à faire toute la lumière sur les méandres de l’Autre, c'est dans le but exclusif de construire une humanité plus généreuse et plus juste. Je ne les retrouve absolument pas dans les caricatures que dressent les ardents critiques de l’Occidentalisme, lesquels voient en eux des ‘racistes, soucieux de perpétuer la domination coloniale’. Vous conviendrez , Maître, du degré d'absurdité d'une telle vision. Ainsi, cet homme qui a consacré toute son existence à étudier les tribus barbares anglaises et a publié un ouvrage fondamental à ce propos, "Foot et Bière ou le retour du Barbare", serait un Occidentaliste ! Exprimons-nous poliment, le plus poliment du monde : ce sont, messieurs et dames les intellectuels bien pensants, des foutaises !

 

 

 


 

Il ne faut pas se leurrer, Maître. Ces nouvelles thèses pèsent leur poids. Il ne me parait pas exagéré - ni parano - de les mettre sur le compte d’une véritable stratégie de sape de l’Empérocratie. Ils n’est pas loin, le jour où leurs tenants réclameront  tout bonnement la fin du système !

 

 

 


 

Mais il n’y pas que l’Occidentalisme, il y a aussi l’Occidentalaphobie. Nos intellectuels savent générer des mots à la sonorité bizarre, qu’ils sont souvent les seuls à comprendre. Ainsi l’Occidentalaphobie serait la diabolisation de l’Occident et on peut dire, que pour une fois, ils n’ont pas tout à fait tort. Je ne parle pas évidemment des élucubrations des théoriciens du complot mais des thèses parfois justes de certains intellectuels. Ainsi il est vrai de dire que les medias ( qui servent surtout à assouvir les instincts les plus basiques et les plus tenaces des foules ) ressassent jusqu'à n'en plus pouvoir le stéréotype de l’Occidental  enclin à des actes fanatiques, amateur de bière et de frites, personnage souvent grossier et primaire, dont le cerveau se situe dans un lieu que la pudeur m’interdit de nommer. On se souvient, par exemple, d’une série récente à succès sur les errements d’un Espagnol apparemment parfaitement intégré à la société empérocrate mais en fait secrètement demeuré fidèle à ses valeurs européennes "traditionnelles"  et évidemment terroriste. Certains diront que ces stéréotypes ont un fond de vérité mais nous récusons de telles analyses.  La caricature ne servira jamais qu’à entretenir la peur et la haine. Il est urgent, me semble-t-il, de rappeler aux grands propriétaires des medias que nous luttons pour conquérir les cœurs, pour qu’il y ait un rapprochement entre les peuples. Ceci dit il est hors de question évidemment de pratiquer la censure. Nous sommes un peuple qui respecte au plus haut degré la liberté d’expression. Je me vois mal par exemple demander à un cinéaste de censurer son film. Il faut, par contre, engager une réflexion constructive, tendre la main à l’autre dans un véritable esprit de partage. Ainsi signalons à cet effet un film remarquable, "l’Anglaise", qui raconte comment, après un séjour dans une grande ville de l’Empire, une jeune anglaise retourne au pays pour aider ces concitoyennes. Un film subtil qui parvient à éviter tous les poncifs du genre et qui brosse donc un portrait très juste de ce peuple. On pourrait, en effet, facilement se laisser aller à croire que les habitants de ce pays ne sont pas  tout à fait humains, du moins qu'ils ne sont pas comme nous mais ce serait une erreur; ils le sont...du moins jusqu'à un certain point. Je ne voudrais pas gâcher le plaisir qui vous prendrez peut-être, un jour, à regarder ce film, mais il faut savoir que son héroïne parviendra au bout du compte à libérer les jeunes anglaises qu'elle connait des entraves de la société traditionnelle. Il me faut aussi préciser que, si je suis critique à l’égard de l’Occidentalphobie, je considère néanmoins que son utilisation abusive dans un but de dénonciation (cette façon d' accuser à tort à travers tout le monde d’être Occidentalophobe, ainsi le commentaire, même le plus anodin, sur l’Occident sera Occidentalophobe) relève de la supercherie et peut être assimilée à une tentative insidieuse d’empêcher le débat d’idées. Ce qu'on cherche là, c'est à contraindre la pensée, à subvertir la liberté d’expression, et par conséquent à s'en prendre aux valeurs fondamentales de l’Empérocratie !

 

 

 


 

Le reproche est grave. Ainsi des voix, et pas des moindres, nous accusent d’avoir envahi l’Italie sous de faux prétextes. Car notre ambition serait, paraît-il, de mettre fin à ses velléités d’Indépendence, qui représenteraient une menace directe pour l’Empérocratie. Rien de plus faux, vous en conviendrez Maître. Aujourd’hui l’Italie est devenue un véritable nid de terroristes, et ceux-ci se livrent à un combat acharné contre l’Empire. Il n’est pas nécessaire ici de rappeler la lâcheté de ces soi-disant insurgés, leurs exactions quotidiennes, le fait qu'ils tuent, massacrent impunément et, fondamentalement, se moquent de l’humain, ces soi-disant insurgés qui sont avant tout des barbares. Nous avons agi ainsi parce qu’il n'était pas possible de faire autrement. Rappelons que nous avons soutenu activement l’établissement d’une Empérocratie calquée sur notre modèle , et que, malheureusement les Italiens se sont, dans ce cadre, choisi un Empereur plus soucieux de révolte que de libertés démocratiques. Nous respectons évidemment le choix de ce peuple fier et parfois vantard mais il est des limites qu’on ne peut outrepasser. Et rappelons aussi, par ailleurs, que nous avons tenté d’engager le dialogue avec les ex-dirigeants de ce pays mais que ceux-ci se sont montrés réfractaires à tout dialogue. On sait pertinemment pourquoi : parce qu’ils soutiennent les terroristes ! L’invasion, dans ces circonstances, était la seule option. Il est facile, après coup, de nous accuser, de nous pointer du doigt, de dire que nous nous comportons comme des colons et des monstres mais qui, à l'heure qu'il est, se souvient de l’attaque contre le bâtiment- symbole de l’Empérocratie, qui se souvient de cette merveille technologique réduite en décombres fumants, qui se souvient aussi des morts par milliers, de la mort des enfants ? Et aujourd’hui on vient prononcer le mot  d’"hypocrisie" ! Qu’est-on censés faire ? Dialoguer avec les terroristes, avec des barbares qui jalousent notre mode de vie, nos valeurs ? Et puis quoi encore on pourrait suggérer à l’Empereur de les inviter à diner chez lui ! Il serait temps qu'on cesse de nous bassiner avec de telles sornettes. Il est facile, quand on est dans le confort de son salon, de critiquer et je me permets de signaler à nos intellectuels bien pensants que des hommes et des femmes sont sur le terrain au quotidien et se battent contre le Mal. Ils se battent et s'ils risquent leur vie, c'est au nom de nos valeurs ! Les terroristes ne comprennent qu’un seul langage, celui de la force. Plus de leurres, plus de tergiversations, les dangers sont réels. La situation s’est d’ailleurs considérablement stabilisée en Italie. On sait que ce peuple est fiévreux, qu’ils ont le goût du spectaculaire mais notre régime Empérocratique a su les ramener à la raison. Rappelons finalement que le nouveau guide suprême du pays a été formé dans nos meilleurs universités et qu’il est un ex-directeur d’une de nos grandes compagnies aérospatiales. Autant dire qu'il est la personne la mieux indiquée pour gérer cette situation difficile.

 

 

 


 

Je persiste et signe : je trouve, et je pèse mes mots, qu’il est scandaleux de clamer que cette invasion est illégale, de prétendre qu’elle va à l’encontre de l’Empérohumanisme. Personne n’aime la guerre, mais la guerre est parfois le moindre mal. Il faut donc tuer la bête avant qu’elle ne soit en mesure de nous détruire. Et, au nom de sa vocation suprême, l’Empérocratie doit pouvoir agir en toute liberté,  sur tous les continents. Car c'est partout que nous avons vocation à répandre nos lumières, grâce à notre force...Notre droit d’intervenir en tous lieux ne se discute pas.

 

 

 


 

Que les chiens de la passivité et de la médiocrité aboient, qu’ils nous assomment avec leurs sempiternelles insanités; l'essentiel est que la caravane de la lumière, la caravane de l’Empérocratie  passe !

 

 

 


 

Autre problème qu’il est important d’évoquer, à mon modeste avis, celui de la Suisse, pays que nous avions envahi en 2250 pour les raisons que l’on sait. On se souvient que la populace avait commis des actes odieux à l’égard de la population immigrée, originaire de l’Empire. Cette invasion a servi à rétablir le calme mais aujourd’hui on nous accuse d’avoir reléguée la population suisse dans des quasi-prisons et de la persécuter systématiquement. Nos intellectuels bien pensants ont une  fois de plus tout faux. On doit ici parler de ségrégation positive, il est des clivages entre nos compatriotes et les autochtones, clivages qui sont, pour le moment, hélas, encore insurmontables. Nous voulons établir la paix mais pour cela il nous faut des interlocuteurs qui soient en quête du même objectif. Or, nous nous heurtons à un refus systématique d’engager la dialogue et à un recours à des méthodes peu louables, que nous devons combattre. Ainsi certains prétendent que ce qu’on appelle désormais la quasi- prison ( alors qu'il s'agit d'un exemple réussi de ségrégation positive ) de Neuchâtel est une honte, que l’Empérocratie, et elle seule, est à blâmer, qu’on punit injustement une population. Mais Neuchâtel passe son temps à armer et à former des terroristes par centaines, par milliers. Nous avons affaire à un peuple qui reste sourd au langage de l’Empérocratie. N’avons-nous pas d’ailleurs instauré le fameux Contrat de la Paix dont l’objectif était     d’établir la paix au bout de trois ans ? Encore faut-il, je le répète, que nous ayons en face de nous des interlocuteurs qui nous inspirent confiance, partagent nos objectifs . Dans le cas qui nous occuppe, on bute, au contraire, sur le silence. Nos interlocuteurs nous affirment être à la recherche de la paix dans le même temps qu'ils procèdent à des attaques terroristes sur les civils ! N’est-ce pas là un scandale, Maître ? On nous accuse par ailleurs de pratiquer une politique de deux poids, deux mesures, comme on s'en doute, rien n'est plus faux, il ne faut voir là qu'un tissu de propos inspirés par l'envie, par la basse jalousie et par la farouche volonté de  miner notre suprématie bienfaisante. Quand comprendront-ils que l’Empérocratie a à cœur les intérêts des peuples les plus faibles ? Que la ségrégation positive ne peut qu'être au service de ceux qui ne sont pas encore aptes à comprendre nos valeurs si belles mais qui, j'en suis convaincu, le deviendront un jour plainement ?

 

 

 


 

Certains de nos intellectuels prétendent qu’il faut encourager l’immigration en provenance de l’Occident. Il parait qu’il y a un manque de main d’œuvre, ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais sait-on, mesure-t-on les conséquences de l’immigration ? Pendant combien de temps encore, Maître, nos concitoyens devront-ils subir la présence de ces immigrés occidentaux qui abusent du système, qui font énormément d’enfants et qui pratiquent la culture des frites et de la bière ? Il nous faut désormais adopter une approche rationnelle. Nous avons certes besoin d’immigrés, ils peuvent contribuer au développement de notre pays mais il faut également savoir exactement de quoi on parle. Nous proposons donc une alternative, qui est la suivante : une immigration sélective. Aujourd’hui on dispose de techniques sophistiquées qui nous permettent quasi instantanément de déterminer le profil génétique d’un individu. On sait que, si l’Occidental est avant tout un être charnel et hyperaffectif,  il se trouve aussi, tout de même, parmi lesdits occidentaux, un certain nombre de personnes sachant faire preuve d’Empérorationalité, condition essentielle vous en conviendrez pour intégrer l’Empérocratie. Je sais que nos intellectuels bien pensants vont crier au scandale, mais j'ose l'affirmer haut et fort : il est impératif de soumettre tous ceux qui ont pour projet d’immigrer sur notre territoire à des tests. Pourquoi ? Parce qu'il y va de l’équilibre de l’Empérocratie ! Veut-on se retrouver avec, sur le dos une foule d’immigrés posant des problèmes tous plus insolubles les uns que les autres ?...

On constate ainsi une lente et insidieuse occidentalisation des mœurs, et par quoi peut-elle s'expliquer sinon par le nombre démentiel d’immigrés occidentaux  qui se sont établis sur nos terres ?A l'heure qu'il est, on leur permet d’ouvrir un bar occidental, demain on leur permettra d’imposer leur système juridique à l’Empire tout entier ! Non, mille fois non, l’empérocratie appartient aux habitants de notre Empire et les immigrés occidentaux, qui sont si différents de nous, doivent savoir rester à leur place !

 

 

 


 

Vous me pardonnerez je l'espère, Maître, de vous avoir écrit une si longue lettre. Je vous prie également d’excuser la virulence de son ton mais c’est, ici, le cœur confus et blessé d’un citoyen ordinaire qui s’exprime . Je sais que vous ne cessez d’œuvrer pour le bien-être de l’Empire, dont vous êtes la lumière et le destin. Mais je sais aussi qu'il arrive parfois à vos subordonnés et à vos conseillers, au demeurant gens de grand mérite , de ne  pas faire montre d'une lucidité suffisante. Il n’est, cependant, pas trop tard. Mon opinion personnelle est qu'il faut élaborer au plus vite des solutions visant à contrer les idées dangereuses qui sont en train de circuler dans notre pays et qui, j'en demeure intimement convaincu, pourraient, si nous n'y prenons pas garde, contaminer finalement l'ensemble des esprits et donc, subvertir les fondements-mêmes de notre Empire.

 

 

 


 

L’heure est, je le crois, à l’urgence.

 

 

 


 

J’ai, comme vous avez eu l'occasion de le constater, cerné plusieurs dangers qui m'apparaissent appartenir au même ensemble. Je n’oserai pas parler de complot, il n’y en a probablement pas mais il est clair que des forces apparemment disparates ont procédé à une alliance dont l’objectif est l’annihilation de l’Empire. Des forces qui agissent au sein même de l’Empire, au sein de nos universités, des forces liguées avec celles de l’Occident, jalouses et vengeresses.

 

 

 


 

Il nous faut donc pouvoir identifier notre ennemi, pour nous en défaire. Et , par dessus tout, ne   perdre de vue en aucun cas que nous avons à faire à des personnes organisées et déterminées. Leur objectif à long terme est, il me semble, on ne peut plus clair : détruire de l’intérieur l’Empérocratie, pour favoriser l'instauration d' un régime barbare.

 

 

 


 

Pas de naïveté. Pas de sous-estimation du péril. La bête occidentale est lovée parmi nous, elle attend son heure; elle saura parfaitement quoi faire pour nous ronger, nous dévorer le moment venu, elle est tout à la fois insidieuse, subtile et insatiable et si on ne réagit pas fermement, lucidement et promptement, l’Empire succombera à sa voracité, sans nul doute possible.

 

 

 


Merci d’avoir lu ma lettre, Maître.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes respects.

Votre humble serviteur.

Vive l’Empereur ! Vive notre pays ! Vive l’Empérocratie !

 

 

 

 

 

Umar Timol.

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