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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 11:22

La Poésie c’est maintenant !

 

 

 

« Le monde est femme...sur toute la gamme...jusqu’au bout de l’âme... » (chanson de Delanoë). En Poésie, moins qu'en aucun autre domaine, cette simple évidence est niée, n'a pas lieu d'être. Les femmes, si nombreuses dans les associations et les cercles de poésie qui essaiment un peu partout sur le territoire et dans le monde...Elles, beaucoup plus humbles que leurs homologues mâles, qui n’encombrent pas leur auditoire de leurs prétentieux persiflages, qui se satisfont de lire leurs studieuses versifications en vers libres ou en octo ou décasyllabes, sans chercher une quelconque approbation ostentatoire, qui lisent ou récitent humblement des textes de poètes familiers (Baudelaire, Rimbaud, Anna de Noailles ou Louise Labé), n’atteignent pas à une juste et légitime reconnaissance égalitaire. En Poésie, le contentieux réside dans le fait que le compte n’y est pas. Avec le déficit de femmes poètes retenues en face du surnombre de poètes hommes édités et malgré leur omniprésence et leurs écrits non moins abondants, « c’est la mémoire des femmes qu’on oublie en premier » (F. Caron). On ne les édite pas. Ce qui explique qu’on retient pléthore de poètes hommes du siècle dernier et qu’on serait bien en peine de citer autant ou même le quart de la moitié de noms de poètes femmes de cette même époque. Voyons...Marceline Desbordes-Valmore, Louise Colet, Renée Vivien, Louise Ackerman, Elisa Mercoeur peut-être...Mais Lucie Delarue-Mardrus, Nathalie Clifford-Barney, Hélène Picard...c’est beaucoup demander ! Parfois la postérité nous vaut un retour de fumée salutaire ; on ressort aujourd’hui Louise Siéfert ( 1845-1877), morte à 32 ans, comme Renée Vivien. « Rayons perdus » (1868), son recueil le plus réputé, connut un grand succès, elle fut lue par Lecomte de L’Isle, Michelet, Sainte-Beuve et A. Rimbaud qui se le procura et écrivit : « C’est aussi beau qu’Antigone de Sophocle ». Ces oublis des meilleures de nos poètes arrivent aussi de nos jours. Qui a entendu parler de Cécile Sauvage, poète morte inconnue en 1927 et mère d’Olivier Messiaen ? D’Alliette Audra (1897-1962), poète appréciée de son vivant, préfacée par F. Jammes, lauréate du Prix G. de Nerval, traductrice des sonnets d’Elisabeth B. Browning et de W.B. Yeats, éditée après sa mort chez Seghers en 1964, ou d’Angèle Vannier, poète encensée par Eluard, morte aveugle et oubliée ?...

Ailleurs dans le monde, l’actualité politique n’est guère favorable aux aspirations d’indépendance des peuples et des femmes. Le « printemps arabe » de 2011 avait fait naître un espoir dans les populations opprimées. Aujourd’hui, la presse écrite est très critique en ce qui concerne la situation des femmes en particulier. L’élan qui avait porté les ambitions de milliers de personnes sur la place publique a connu son revers, l’arrivée au pouvoir avec les élections, des partis d’influence salafiste pour la première fois dans les nations d’Afrique du Nord et du Moyen Orient, menaçant d’imposer leur diktat aux gouvernements élus et nourrissant les craintes des femmes. En effet, aucune démocratie ne peut se construire au détriment d’une moitié de la société...

Bernard Noël, à l’occasion de sa dernière sortie en public ( Médiathèque de Bagnolet le 5/04/2012) a déclaré : « Notre société n’assigne aucun rôle à la poésie. Elle n’appartient pas à ce monde. Faire acte de poésie aujourd’hui, c’est faire acte de résistance »... « La poésie exige un effort d’attention, de lecture »... « La communication est en train de changer la vie humaine par un changement de nature. Elle se confond avec le succès médiatique. L’appropriation du savoir est aussi manipulée et facile à fabriquer : l’intérêt des producteurs est de fabriquer sur le plus courant... ». D’où le peu de succès de la Poésie dans les médias et à la télévision. « Mieux vaut jouer de la réalité qu’en attendre quelque chose... « Il faut que les mots lèvent le poing ! ».

« -N’est-on pas en droit de tenir l’instrument poétique, écrivait Saint-John Perse, pour aussi légitime que l’instrument logique ? ». Ayant reconnu le droit et le pouvoir de la Poésie, il reste à faire un sort à « la Poésie au féminin », qui n’a pas encore trouvé sa place comme l’exige sa qualité d’expression et sa situation historique, (« géopoétique » dirait K. White), d’une moitié de la société, plus même puisqu’elle constitue 52% de la population globale !

Les temps changent heureusement, si les femmes étaient déjà un certain nombre à écrire au siècle dernier, peu accédaient à la postérité. Aujourd’hui, elles sont beaucoup plus nombreuses à écrire, plus nombreuses également à être éditées, dans le roman ou dans les ouvrages en prose( presse, essais, études, biographies, sciences humaines, scénarii). Leur déficit reste toutefois entier en poésie, où l’édition est toujours dans les mêmes mains masculines. Même dans les anthologies mixtes, ouvrages qui se vendent mieux, et elles se vendront d’autant mieux qu’elles comprendront un nombre plus important d’entre elles, la femme poète reste dans un pourcentage déficitaire choquant proche de 6%. On peut même descendre plus bas : le sommet a été atteint récemment par Gallimard avec une anthologie « Un siècle de poésie française », qui réussit l’exploit de retenir sur 111 poètes de langue française du XIX° au XX° siècle, 4 femmes poètes seulement ! Comparées à l’hégémonie masculine maintenue ( favorisée par la cooptation de genre), les femmes sont proches de la condition entretenue dans la fonction de député où les élues sont rares parce qu’on leur concède un siège là où elles n’ont que peu de chances d’être élues, ou qu’on ne les présente qu’à des postes de suppléantes...

On ne peut être étonné dès lors de leur infériorité en nombre de postes, même s’il y a parité de candidature au départ !

Charles Dobzynski a déclaré récemment au « Territoire du Poème » : « Ce qui me semble important aujourd’hui, c’est l’apport des femmes en Poésie ; il y a une avancée des femmes en ce domaine » (25/04/2012).

        A ce niveau aussi, il faut faire justice et que «  les mots lèvent le poing ! ».

Ecrire de la Poésie, « c’est faire le constat du vivant,...Dire contre le silence des Dieux...c’ est une mobilisation du corps, de l’amour, de la mort, pour célébrer et déranger...Ecrire contre la violence, est un acte citoyen, (il faut) crever l’abcès », a dit Marie-Claire Bancquart, à « Arts et Jalons », à Saint-Mandé, invitée par Colette Klein, présentée par J.P. Giraux pour « Explorer l’incertain » (25/02/2012).     

 

 

 

                Jean-Claude  Rossignol 

des  Messagères du Poème,

le 15/06/2012.

                                                        

                                              

 

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