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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 12:41

TES DOIGTS M’ON DIT, QUI M’ACCOMPAGNENT

 

 

Une mare sombre où surnagent des lambeaux de rêves, maint décombre d’enfance, des tisons, des hontes, des vagissements oubliés, des lombes, un bruissement flou et traînant d’effigies déchiquetées, un long râle de chaque part de monde, et c’est la nuit secrète quand rien ne s’y oppose. Des vantaux se closent, une baie. Sur la lèvre de l’aven (mémento !), qui peut être sûr d’éviter un faux pas ? Mais tu souhaites bonne nuit, toi ma riveraine, toi sur qui, déférant à ton souffle, ma main se pose, alors que, déjà lointaine, tu t’éloignes encore comme écho de talons dans la ruelle obscure, s’atténuant mais assidu ; comme si, depuis toujours lointaine, inlassablement tu confiais : « je suis là », étoile qui brûle dans sa bogue, accordée comme par de la neige.

Comme un amandier en février à lui tout seul fait la lumière. Comme si, même dormant, tu murmurais : « viens chez moi, on voit la mer », libérée de l’air libre que l’on sait carcéral. Te pliant à tes propres règles, comme s’il suffisait d’écouter les roseaux, tu as fait ce que tu avais à faire : rendre la vie à ses limites et plus ample. Je n’ai jamais bien su à quel moment précis tu as levé les brumes.

 

 

François Laur.

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 12:43

 

 

 

 

 

 

www.wix.com/faurevidot/magie

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 12:24

 

A QUAI.

 

A quai

dans l’imposture qu’être signifie

puisant dans la réserve de respiration,

dans le champ de rosée qui soulève poitrail

le regard ne sait plus bien à quoi s’accrocher

le voici qui perce tout seul l’obscurité

transparente, l’opacité du devenir

le voici qui creuse galerie dans le roc

intérieur qui s’est extériorisé.

Le voici qui tâtonne dans les entonnoirs

et varappe le long du haut mur du réel

seule étoile parmi les décombres du corps

 

Plus on est échoué, plus on palpe le temps,

cette ample étoffe qui ondoie dans l’infini

c’est de ce point d’observation trop charnel

où la chair suinte, sue, pue et se débat

dans sa propre bourbe, en sa tourbe qui obstrue

qui sécrète secrets de glu et de néant

qu’il nous est donné d’attendre indéfiniment

quoi ?

mais si seulement on pouvait

le savoir !

 

 

 

 

 

 

« A quai » est un poème bâti en vers libres de deux strophes inégales. On le voit, Patricia Laranco a voulu se libérer, comme à son habitude, des codes, même si la plupart des vers sont des alexandrins. Peut-être la gravité du thème le lui imposait-elle ?

En effet, le mot « quai » désigne un lieu qui rappelle, non seulement l’idée de voyage, mais aussi celle d’attente. Est-ce l’attente, dans le dessein de parvenir à un but ? Ou l’attente de quelqu’un ou de quelque chose ? Ecrit à la troisième personne, ce poème semble décrire le voyage intérieur d’un être taraudé par sa conscience à la suite d’un acte de tromperie. Tromperie ? Est-ce bien de cela qu’il s’agit ? D’emblée le sujet évoque « dans l’imposture qu’être signifie ». L’actant semble être en proie à des remords pour une forfaiture dont le poète ne nous donne aucun détail. Dans la fausseté, on cesse d’exister, on est réduit à la plus simple expression d’un « regard»  personnifié  qui souffre. Ici, ce « regard»   est intérieur, ce n’est pas « l’œil de Dieu » de Victor Hugo. On pourrait toutefois établir un parallèle entre « La Concience » de V. Hugo et le poème de Patricia Laranco.

Toute la première strophe développe cette souffrance morale quasi physique, cet émoi. L’effort déployé à se frayer un passage se traduit à travers les verbes « …perce », «… creuse », « tâtonne », « varappe » ; l’anaphore « le voici », les substantifs et groupes nominaux « l’obscurité transparente », «  l’opacité du devenir », « galerie dans le roc intérieur », « les entonnoirs », le long du haut mur du réel », tout cela concourt à suggérer la déchéance d’un individu qui semble vouloir fuir la réalité qui hélas se dresse irréversiblement devant lui, suscitant ainsi l’angoisse qui le tourmente.

Dans la deuxième strophe, les allitérations en « b » et « s » et l’assonance en « u » dans les 3e, 4e et 5e vers soulignent cette angoisse, ce mal-être. Si dans la première strophe la présence du poète n’est pas perçue, elle se manifeste, ici, en revanche derrière un chapelet de termes dépréciatifs égrenés dans la deuxième partie : « Plus on est échoué », « …la chair suinte, sue, pue et se débat / dans sa propre bourbe, en sa tourbe… ».

Enfin, le double usage du pronom « on » au début de la deuxième strophe semble donner au discours une valeur plus universaliste : « Plus on est échoué, plus on palpe le temps » en même temps que le poète semble nous inviter à partager sa réflexion sur le temps par l’emploi du pronom « nous ».

Le registre pathétique du poème n’est nullement un plaidoyer mais plutôt, à la fois, une mise en garde au destinataire / lecteur, et surtout une dénonciation de l’imposture.

Plus généralement, Patricia pose, à travers ce poème, le problème de l’existence qui constitue la toile de fond de sa poésie : « Il suffit d’exister quelquefois, rien de plus pour que se révèle en soi la part de néant, la proximité avec le peu, le si peu, l’humilité profonde que corps et chair recèlent ».

 

 

Daouda TRAORE,

extrait de l’éditorial du numéro 9 de la revue littéraire seychelloise SIPAY.

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 12:22

Les lieux je t’en fais confidence

mais les ai oubliés c’était Combourg

c’était Valdemosa je ne sais plus

 

Mes récits ne parlent que de toi

je ne veux plus savoir ni le lilas

ni l’hirondelle ni même la rose trémière

 

Il se trouve à Paris assez d’arbres et de squares

et ces massifs qui mènent à chaque bois

Les lieux je t’en fais confidence

 

Je crains d’être lyrique à te

parler d’enfance et d’être vieux

L’avenir soit ma plus sûre naissance

 

 

France Burghelle-Rey.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 12:04

Au vu des connaissances actuelles en matière d’archéologie, tout porterait à croire que la tyrannie et la guerre sont tout simplement nées de l’augmentation de la population humaine.

Cette explosion démographique décisive eut elle-même lieu durant la longue période-charnière du néolithique, où se produisit le passage de la vie préhistorique des chasseurs-cueilleurs à la vie proprement historique qui vit l’émergence des premières grandes cités et des premières grandes aires de civilisation, soit entre – 10 000 ans et – 4 000 ans environ.

 

 

 

 

C’est nous qui donnons sens aux choses qui nous entourent et aux phénomènes qui adviennent autour de nous.

En ce sens, nous sommes tous poètes, tous sculpteurs de réalité.

 

 

 

 

Ne pourrait-on pas considérer comme une sorte de  « preuve » d’un dessein intelligent qui se cacherait derrière l’ensemble de la création, de la nature le fait que la nature, justement, répond à des lois qui peuvent être mathématiquement exprimées  et sont mathématiquement comprises par la sorte de « miroir » que constitue l’intelligence humaine ?

 

 

 

 

Comme le temps passe, on est toujours en deuil d’une disparition. En deuil de ce que l’on était. Des instants que l’on a vécus. De tout ce qui a été – plus ou moins vite – emporté par le temps. De tous les souvenirs que l’on ne peut [plus] partager avec quiconque mais que l’on ne garde pas moins au plus intime, au plus secret de son giron – pareils à des oisillons blessés qui n’ont plus désormais qu’un seul asile.

Chaque instant, chaque mouvement de seconde – si imperceptible soit-il dans certains cas – nous dépouille et tend à faire de nous des sortes d’orphelins.

Tout se perd. Les lieux perdent leur aspect sans cesse brouillé, modifié, c’est à tout moment  qu’ils voient s’évaporer et donc, les fuir leur identité, ce tissu de recompositions kaléidoscopiques. Ils se perdent de vue sans même s’en apercevoir, comme nous-autres.

Et nous laissons toujours quelque chose de nous derrière nous ; depuis que nous sommes. Des millions de milliers de mues fantomales, de coques vidées.

Derrière les lieux se cachent à tout coup d’autres lieux abolis. Sous forme de filigranes, de palimpsestes en suspens entre présence et absence.

Il en va de même pour nous et pour la texture des instants.

C’est cela qui, sans doute, confère à la vie sa poignante dimension de manque, de recherche.

Quelque soit l’échelle choisie, le monde n’oublie pas. Jamais. Il ne le peut.

 

 

 

 

Des mots. Pour conjurer la densité, l’opacité des choses. Pour broder autour de leur désarmante simplicité…si mystérieuse !

Pour suppléer leur indéchiffrable charge de mutisme et de platitude.

Pour, en quelque sorte, les vêtir.

Leur conférer chaleur, présence.

Il s’agit de cela. Peut-être.

Des mots. En essaims sur les choses. Des choses. Qui, n’étaient les mots, seraient là, seules ; insupportablement crues de même qu’insoutenablement nues. Qui, sans les mots, sans ces essaims de mots-parures, seraient peut-être à même de nous faire pousser un énorme, un interminable cri.

 

 

 

 

 

 

P. Laranco.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 11:11

Vertige de l’abîme

Qui s’ouvre et se referme

 

Comme un œil

Au flanc de la terre

 

Et toutes ces grappes humaines

Qui tombent dans les entrailles

 

D’une nuit décapitée

Par le fer et le feu

 

La vie renonce à la lumière

Le corps se délite ici-bas

 

En cendres impalpables

Pour renaître au cœur des ténèbres

 

Sous forme d’herbe ou de  pierre.

 

 

 

François Teyssandier.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 15:24

La violence dans les littératures de l’océan indien : entre création, effet d’altérité et consommation

Conférence a deux voix

 

 

Le jeudi 14 février 2013

 

A 18h

 

A l’institut français de maurice

30 avenue julius Nyerere

Rose-hill

 

 

 

 

 

 

Markus ARNOLD,

Docteur en littérature comparée et philologie romane,

Chercheur-enseignant à l’Ecole Supérieure d’Art de La Réunion,

 

Emmanuel Bruno JEAN-FRANÇOIS,

Docteur en littératures francophones,

Enseignant-chercheur au Mauritius Institute of Education

 

Modératrice :

Kumari ISSUR,

Docteur en littératures francophones et comparées,

Professeur à l’Université de Maurice

 

 

 

Les champs littéraires dit « du Sud » sont régis par des logiques de reconnaissance auxquelles les écrivains doivent plus ou moins souscrire. Entre autre, l’édition, le lectorat et la critique (universitaire ou autre), provenant souvent principalement du « Nord », influencent lourdement les thématiques et asthétiques littéraires. Parmi les stratégies scripturales et les traits discursifs qui font « effets d’altérité », dans les littératures de l’océan Indien par exemple, on trouve souvent des questionnements identitaires et des poétiques de la violence. Au-delà des investissements et de l’engagement réel qu’elles peuvent désigner, ces particularités littéraires peuvent aussi être tributaires des attentes d’un lectorat exogène, ou s’inscrire dans des effets de mode correspondant aux logiques de consommation d’une société du spectacle…

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:47

samedi 2 février 2013

 

de 15h à 18h

 

dans le cadre des activités de l’association RENCONTRES EUROPEENNES/EUROPOESIE

 

CONFERENCE

de

THIERRY GAULTHIER

sur

TAGORE  le

DRAMATURGE

 

au restaurant

LA MAISON DU DELICE

11 bis rue Traversière

Paris 12 ème

Métro Gare de Lyon

 

 

 

 

La rencontre sera suivie d’une

SCENE OUVERTE.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 13:46

 

Assez curieusement, contrairement à ce que laisserait penser son titre, ce documentaire, sorti en 2003, a pour sujet la REVOLUTION NEOLITHIQUE, donc, précisément, la sortie de l’Âge de pierre, au Proche-Orient et en Europe. On serait, bien sûr, aussi, curieux de savoir comment ce « virage », crucial, a été « négocié » dans d’autres parties du monde, car, du Proche-Orient où elle est vraisemblablement née, la néolithisation des populations humaines n’a pas été diffusée uniquement vers l’ouest. Mais ici, l’histoire nous est, de manière très eurocentrée et, à mon avis, assez abusive, présentée comme un continuum civilisationnel entre le Moyen-Orient et la seule Europe, comme si, une fois de plus, tout devait se laisser ramener au « couronnement suprême » que serait la « civilisation occidentale ».

Ceci mis à part, le film dresse une fresque très bien documentée, claire, passionnante.

A la fin de l’ère glaciaire, « nos ancêtres » sont encore chasseurs-cueilleurs. Ils viennent de vivre une interminable et rude période de 25 000 ans, au cours de laquelle leur monde se trouvait sous l’emprise d’un froid polaire. Leur mode de vie nomade, précaire au possible, fait que « la famine n’est jamais loin ». Ils courent sans cesse après le gibier et se nourrissent surtout de viande.

Cependant, « il y a 15 000 ans, les glaciers fondent, les eaux ruissellent »; « la vie reprend peu à peu ses droits ». Finis, le dur permafrost, le vent coupant, les longs espaces de toundra stérile !

Nous voici, subitement, à l’aube de la révolution néolithique, processus décisif qui jettera les bases de « la modernité », de la civilisation qui est la nôtre. Ce sont, pour l’Homme, d’immenses bouleversements qui se préparent…

Les prémices à cet incroyable changement dans les modes de vie ont lieu dans une aire géographique bien précise : le CROISSANT FERTILE, soit les deux territoires actuels d’Israël et de la Jordanie.

Tout d’abord, quelques bosquets d’arbres apparaissent sur le flanc des collines sèches. Très vite, cette végétation se répand et se densifie, tandis que « des réserves de nouvelles plantes comestibles » font leur apparition et que « la faune se multiplie ». La région, de ce fait, devient « le paradis des chasseurs-cueilleurs ». « Les herbes s’étendent ».

Les GRAMINEES, surtout, couvrent maintenant à perte de vue les paysages vallonnés qu’arpentent inlassablement les « petits groupes de nomades » locaux, disséminés dans la vaste nature. Ces graminées finissent par attirer l’attention des cueilleurs, qui, parmi elles, ne tardent pas à repérer quelques espèces de plantes offrant « des épis comestibles ».

Sur ces plaines converties en « un véritable garde-manger », les Hommes préhistoriques en viennent à collecter ORGE et BLE sauvages, qui poussent en abondance.

Ces chasseurs-cueilleurs nomades, les archéologues les ont baptisés les NATOUFIENS. Ils ne sont pas très nombreux, guère plus de « 1 000 familles », selon leurs estimations. Ce qui les séduit en ces nouvelles graminées qu’ils récoltent, c’est qu’elles ont l’immense avantage de ne pas s’abîmer, de se conserver très facilement ; la seule condition est de les tenir à l’abri de l’humidité. Les Hommes ont tôt fait de réaliser qu’elles leur permettent de constituer – pour la première fois dans leur histoire- « des réserves de nourriture ».

De même, les endroits où les plantes comestibles poussent spontanément en abondance  acquièrent un immense pouvoir attractif et finissent par inciter ces groupes nomades à la SEDENTARISATION. Grâce à cette dernière, ils peuvent en effet « emmagasiner » les graines en plus grande quantité. Apparaissent ainsi les tout premiers abris construits de main d’Homme et « utilisés par plusieurs générations au fil des siècles ». Faites de tiges, de paille et d’herbes, ces HUTTES rudimentaires étaient regroupées en de minuscules HAMEAUX abritant des clans de « 25 à 60 personnes ». Elles étaient édifiées sur des aires dont on aplanissait, au préalable, le terrain. Pour les mettre en place, il y avait, déjà, lieu de creuser le sol, et de construire des murets de pierre. Chaque hutte possédait son propre FOYER, où l’on cuisait les aliments sur des pierres brûlantes.

Sur ces tout premiers sites d’occupation sédentaire, on a eu l’occasion de retrouver tout aussi bien des « ECLATS DE SILEX  » que des « RACLURES D’OS » et des « GRAINES BRULEES DANS LES CENDRES ». Les Natoufiens ont pour habitude de jeter au sol les restes de leurs repas.

La CHASSE, chez eux, continue d’avoir une importance primordiale : « excellents chasseurs », ils organisent des expéditions visant  le GROS GIBIER au cours desquelles ils font usage de BOLAS et de FRONDES, « armes difficiles à manier avec précision ».

Au vu de l’état de leurs os, ces Hommes « paraissent, d’une façon générale, en bonne santé » - même si la chasse, activité toujours « dangereuse », les expose à des risques réels de fractures, de blessures, voire pire. Les hommes, qui « passent leur temps à réparer et à fabriquer des outils », exploitent le SILEX, dont ils tirent « toute une gamme de LAMES et de HACHES spécialisées ». Chacun d’entre eux – a-t-on découvert – disposait d’ « un jeu d’outils » qu’il emportait partout avec lui.

Douées d’un indéniable sens esthétique, ces populations natoufiennes aiment par ailleurs « graver des objets », décorer leurs PILONS et MORTIERS, dont la taille et la lourdeur – apparemment impropres au transport – ont suscité l’étonnement des archéologues.

Avec le temps, les Natoufiens se sédentarisent de plus en plus.

Avec les céréales stockées qui constituent leurs réserves de nourriture, ils fabriquent non pas encore du pain, mais des BISCUITS (qu’ils peuvent emporter avec eux dans leurs voyages) et des GALETTES, qu’ils s’arrangent pour traiter de façon à préserver leurs dents.

Ils tannent le CUIR, évident des CALEBASSES dans lesquelles ils entreposent leurs précieuses graines. De plus, ils complètent leur alimentation par la consommation de BAIES et de NOIX. En matière de FRUITS, ils prennent soin de cueillir « les plus gros et les plus sucrés ». Après consommation, ils jettent leurs noyaux dans leurs tas de détritus, lesquels forment des TERREAUX où les meilleures graines de fruits et de légumes peuvent germer à loisir. Les « premiers potagers expérimentaux » viennent de naître !

Dans l’ensemble, le régime alimentaire des Natoufiens apparait comme remarquablement équilibré, complet : il combine tous les apports nutritifs souhaitables (viande, féculents, fruits, légumes).

De leur structure sociale, par contre, on ne sait, hélas, pratiquement rien. On a tout lieu de supposer que leurs communautés pratiquaient largement « le partage », et que la notion d’intimité devait sans doute y être quasi inexistante. Ils disposaient certainement de pas mal de TEMPS LIBRE, surtout « aux heures les plus chaudes » du jour.

Leur existence – encore indécise – faisait coexister sédentarité et nomadisme, à n’en pas douter parce que ces deux modes de vie possédaient leurs avantages.

Ils avaient déjà réalisé la DOMESTICATION DU CHIEN.

Il arrivait, certaines fois, que différents clans natoufiens se rencontrent, ce qui donnait lieu à toutes sortes de partages, d’échanges, tant « d’outils, d’ornements et autres objets de valeur » que de « nourriture ». Ces rencontres périodiques étaient prétextes à tisser et à renforcer « des liens », dans le cadre plus général d’une « culture natoufienne élargie ». On peut, à leur propos, parler déjà à bon droit de « balbutiements du commerce ». Mais il y avait, aussi, une autre raison – et non des moindres – à leurs rencontres : la nécessité, toute biologique et vitale, d’enrichir le sang de chaque petite communauté villageoise par les alliances matrimoniales.

L’ère natoufienne fut longue : elle dura 2 500 ans. Après quoi, « en moins de dix ans » seulement, son monde d’abondance, son véritable « éden » se mit à péricliter.

Les raisons à cela ? Un nouveau changement climatique, celui-là brutal, le DRIAS RECENT, qui vit, au nord, réapparaitre les glaciers et, au Moyen-Orient, s’installer « sécheresse et famine sévère ».

Les champs sauvages se font « moins prodigues » et le gibier se raréfie. En conséquence, les Natoufiens se voient acculés à « modifier leur style de vie ». Les voilà qui, à tout jamais, abandonnent leurs villages de huttes, pour renouer avec l’errance nomade. Beaucoup ne survivront du reste pas à cette redoutable épreuve…

Pourtant, « au bord du Lac de Tibériade », certaines d’entre ces populations trouvèrent un havre : en s’asséchant, le grand lac jordanien avait, en effet, « découvert une plaine fertile » alimentée en « humidité » par « les sources », sur laquelle « une poignée de Natoufiens, avides de s’accrocher à la vie », se fixa. Et, dans la VALLEE DU JOURDAIN truffée d’OASIS, ces gens vont, pour la première fois, « créer leur propre paysage » en devenant « LES PREMIERS CULTIVATEURS AU MONDE » !

Dans le même temps, de leur côté, d’autres groupes d’origine natoufienne continuèrent « d’arpenter leurs terres de chasse traditionnelles » où leur vint l’idée – elle aussi révolutionnaire – de remplacer la traque du gibier par la capture des animaux en vue de leur ELEVAGE. Ce faisant, ils rassemblèrent les premiers troupeaux de bétail, des troupeaux de CHEVRES. Très tôt, ils surent sélectionner les bêtes « les plus petites et les moins agressives », qu’ils firent se reproduire entre elles. L’animal domestique venait de faire son apparition !

Aux chèvres, les premiers éleveurs ne tardèrent pas à adjoindre « des COCHONS », ainsi que « des VACHES », utilisées « comme bêtes de somme ». Tout ce bétail n’est autre que la première réserve stable, permanente de viande de l’histoire humaine.

La fin de l’épisode climatique défavorable du DRIAS RECENT, « il y a 11 500 ans », verra, ensuite, la RENCONTRE DES AGRICULTEURS ET DES ELEVEURS, avec « mise en commun des réserves (complémentaires) de viande et de céréales ». Si elle fut hautement bénéfique et profitable, cette alliance entre « deux techniques de survie différentes » n’en fut pas moins « loin d’être facile » ; elle réclama, de part et d’autre, des trésors d’adaptation…

D’elle, naquirent, « dans la vallée », de vastes communautés qui, peu à peu, prirent de plus en plus l’allure de VILLES ou, à tout le moins, de gros villages. Gagnant en nombre, ces agglomérations gagnèrent également en prospérité. Un archéologue, du coup, de manière assez inattendue, commente : « les chèvres sont les tout premiers catalyseurs de la vie urbaine ».

Toutefois, la médaille eut aussi son revers avec l’apparition de « nouveaux problèmes d’hygiène » liés tant à la promiscuité humaine qu’à la cohabitation étroite avec le bétail. C’est en ces temps-là qu’il faut situer l’apparition de nouvelles maladies, qui incitèrent bientôt les paysans à aménager leur espace de vie de façon à « séparer les espèces et les activités ».

Cette période vit, dans toute la VALLEE DU JOURDAIN, une augmentation de la population notable, assortie d’une multiplication des villages. Par leur développement et par leur prospérité, les agglomérations de plaine attirent les gens, qui « y affluent », tant et si bien qu’en assez peu de temps, « la vallée du Jourdain est envahie par les Hommes ».

Dans la VALLEE DE BEÏDA (JORDANIE), les archéologues ont trouvé des vestiges de MAISONS RONDES, fort simples, dont les murs sont constitués d’assemblages de « pierres tirées du lit des rivières ». Mais ce PLAN ROND primitif ne va pas tarder à évoluer : les maisons en dur vont devenir ovales, puis acquérir un PLAN OVALE subdivisé par des murs droits. Le stade définitif sera, enfin, celui des PLANS RECTANGULAIRES, avec « angles », « murs droits » creusés de « fenêtres » et de « portes ».

La SYRIE, « il y a 10 000 ans », comptait des villages dotés de « ruelles » et de « maisons entassées les unes contre les autres ». Parmi ces agglomérations figure aussi « un village avec une petite place sur laquelle débouchent des rues ». Hautes « de un ou deux étages », les constructions y étaient « recouvertes d’un enduit », tant sur le côté externe que sur le côté interne. L’archéologue local qui fouille leurs restes estime qu’elles devaient former « un très joli village ».

Toutes ces agglomérations fourmillent d’activités et de dynamisme. En effet, l’agriculture et l’élevage assurant désormais aux Hommes une abondance alimentaire encore jamais atteinte, certaines personnes peuvent se détourner des activités basiques liées à l’approvisionnement en nourriture pour commencer à se consacrer à des activités d’appoint, beaucoup plus spécialisées. C’est la NAISSANCE DE L’ARTISANAT. On assiste dans les villages à l’apparition de TAILLEURS DE COUTEAUX qui utilisent du silex rosé ; les premiers POTIERS se mettent à fabriquer des « RECIPIENTS EN ARGILE SECHEE AU SOLEIL » ; les premiers VANNIERS ne sont pas en reste : pour les besoins du COMMERCE, ils confectionnent des « PANIERS bordés d’un liseré d’argile ou de bitume », ainsi que de simples paniers d’herbe ou de roseaux tressés.

De leur côté, les femmes mettent au point les premiers METIERS A TISSER, grâce auxquels elles se mettent à fabriquer, « à partir d’une plante herbacée, un tissu souple : le LIN ».

Simultanément à tous ces progrès techniques, les MAISONS s’agrandissent ; on y sépare la cuisine des chambres, et elles portent la marque d’un souci d’INTIMITE accru. Visiblement, elles ne sont plus conçues ni perçues « comme de simples abris ». Leur AMENAGEMENT vise à présent à les organiser en « nids douillets, où il fait bon vivre ». La mentalité sédentaire se cristallise autour du foyer, de la demeure, en tant qu’ils sont lieux de vie intime d’un groupe familial.

Il y a 9 000 ans se produit une nouvelle invention, celle du PLATRE. On l’utilise pour un usage tout à fait particulier, puisque, moulé sur de crânes de défunts conservés par les vivants, il sert à « recréer » des visages que l’on a retrouvés à l’intérieur même des maisons et qui, sans doute, sont l’indice d’un CULTE DES ANCETRES FAMILIAUX. Voici quelle forme étrange revêtirent les premières « généalogies » !

En JORDANIE, le site d’AÏN GHAZAL recèle d’autres types de sculptures en plâtre, cette fois à taille humaine et dotées de « traits très simples ». Ces réalisations, qui datent toutes d’il y a 8 000 ans, comptent parmi elles  trois statues figurant d’énigmatiques êtres à deux têtes en lesquels les archéologues sont tentés de voir « des ancêtres mythiques » (liés au passé le plus lointain et le plus flou des groupes humains) de lignées réunies symboliquement.

En seulement 1 000 ans, la population qui occupe le Croissant fertile a augmenté de façon aussi régulière que considérable. Conséquence : la nécessité se fait, au bout du compte, sentir de partir à la recherche de terres nouvelles, sur lesquelles l’excédent humain pourra s’établir, désengorgeant ainsi les régions trop peuplées. Une deuxième phase se dessine : celle de la DIFFUSION DE L’AGRICULTURE. Vers l’ouest, elle interviendra entre – 8 000 ans et – 7 000 ans avant l’ère chrétienne.

En tout premier lieu, ce sont les COMMERÇANTS qui quittent le Moyen-Orient, par voie maritime, à bord de « petites embarcations » qui gagnent l’EUROPE DU SUD. Puis, rapidement, les FERMIERS les suivent par communautés entières, emportant avec eux « grains et bêtes ».

Ces Hommes vont découvrir « un immense continent » inconnu et sauvage, aux climats nettement plus rudes. Arrêtés par les denses forêts qui le couvrent à perte de vue, ils se contentent, dans un premier temps, de « remonter les grandes rivières ».

On aurait tort, précisent les spécialistes, de voir en cette première migration pionnière « une vague massive de colons » avides de chasser les autochtones. Ces derniers – les chasseurs-cueilleurs de souche européenne – étaient en effet bien plus nombreux que les groupes d’agriculteurs en provenance du Levant.

Daté d'"il y a 7 000 ans", le fascinant site de LEPENSKI VIR, en SLOVAQUIE, porte la trace d’une rencontre entre deux peuples aux modes de vie radicalement différents. Là, des chasseurs-cueilleurs de souche indigène connaissant parfaitement le terrain sont venus échanger « des bois de cervidés » et « des fourrures » contre des têtes de bétail et, certainement aussi, de nouvelles idées (telles que celles de planter des graines et d’élever des bêtes, par exemple). De tels contacts – jusqu’à preuve du contraire exclusivement pacifiques – durent être nombreux, car, à coup sûr, ils étaient profitables aux deux parties (les Orientaux avaient besoin de la connaissance du terrain que possédaient, de longue date, les autochtones, et les Européens devaient, à n’en pas douter, découvrir avec émerveillement les avantages qu’apportaient la vie en villages et le fait de pouvoir disposer de réserves stables et fixes de nourriture). Ils débouchèrent, assez tôt, sur la mise en place de liens durables. Les habitudes jouant et, avec elles, la curiosité et le mimétisme, « les chasseurs-cueilleurs d’Europe vont vite devenir des agriculteurs ».

Au départ, l’agriculture européenne fut tout ce qu’il y a de modeste, de marginale : « c’étaient des paysans établis sur de PETITES PARCELLES, qui cultivaient une GAMME RESTREINTE DE CEREALES ». Leur habitat consistait en « des points épars d’occupation, parfois assez éloignés les uns des autres », au milieu des bois, qu’ils s’efforcent toutefois, du moins dans le sud de l’Europe, de défricher systématiquement à l’aide de « petites haches ».

Le fait, pour ces agriculteurs, de se trouver de la sorte confrontés à un environnement totalement nouveau caractérisé par des saisons bien plus marquées les contraignit à « repenser toutes leurs techniques agricoles » : c’est ainsi, par exemple, que, pour cultiver plus facilement les terrains lourds du nord, ils inventèrent l’ARAIRE, ce qui leur donna la possibilité appréciable de mettre en exploitation des parcelles bien plus étendues.

Toutefois, plus au nord, l’avancée régulière des agriculteurs se trouva stoppée en raison de la rudesse trop grande des hivers.

Reste que les nouvelles techniques de culture se répandent « comme un feu de paille ». Une grande aire de civilisation agricole européenne voit le jour, la CIVILISATION DANUBIENNE. Elle se caractérise par un habitat de « GRANDES MAISONS COMMUNES » aux solides armatures de bois, où vivent, ensemble, les Hommes et les animaux, et elle produit des POTERIES, ainsi que des HERMINETTES TOUTES SIMILAIRES.

Ensuite, « en 300 ans », la vague d’agriculteurs réussit à se répandre jusqu’à la RUSSIE et au NORD DE LA FRANCE. Dans ces régions froides, ils croisent la route de nouveaux groupes de chasseurs-cueilleurs. Ceux-ci mènent une vie frugale, ne laissant derrière eux « que leurs tombes », ainsi que l’atteste la découverte, au DANEMARK, d’un cimetière datant de cette époque et recelant «  vingt cinq corps allongés sur des bois de cerfs », dont celui d’une femme morte en couches et celui de son bébé – lesdits corps reposant « entiers » et « accompagnés » d’objets qui leur étaient chers.

Là encore, une coexistence – probablement, pour l’essentiel, pacifique (« il y a très peu de preuves de conflits violents entre ces deux cultures ») s’établit entre les nouveaux arrivants et les indigènes nordiques, les fermiers se fixant, ainsi qu’on pouvait s’y attendre, dans les plaines, et les chasseurs-cueilleurs continuant de vivre à leur façon « dans les collines ». Sans doute peut-on relier le caractère en gros non violent de ces rapports interculturels au petit nombre des humains qui peuplaient alors l’ensemble du continent européen.

La fusion entre les chasseurs-cueilleurs et les fermiers qui ne manqua pas d’intervenir par la suite sera à l’origine de la célèbre CULTURE MEGALITHIQUE, sans doute centrée religieusement autour d’un culte des ancêtres protecteurs de la communauté et gardiens du territoire (figurés par les pierres levées).

Au même moment à peu près, « il y a 6 000 ans », la VALLEE DU JOURDAIN vit l’émergence d’une culture urbaine « unique », celle de RASOOL. Située « sur une route commerciale reliant les puissances déjà émergentes de SUMER et de l’EGYPTE », Rasool offre l’image  d’ « une économie complexe de l’Âge de pierre ». On trouve, sur son site, des vestiges de MAISONS, d’ENTREPOTS et de MEULES.

Au néolithique, elle n’était autre qu’ « un site de traitement des OLIVES ». Sa prospérité, l’extraordinaire dynamisme de sa « croissance économique » reposaient sur le « patchwork d’OLIVERAIES et de CHAMPS CULTIVES » qui la ceignait. A partir de cette intense activité HORTICOLE (la première dans l’Histoire) se développa, « pendant 1 500 ans », un florissant et lucratif COMMERCE, en sorte qu’ »à son apogée », Rasool était devenue « une ville importante, de plusieurs milliers d’habitants ». Depuis des contrées lointaines telles que l’AFGHANISTAN et le YEMEN, on y importait le LAPIS-LAZULI et le PARFUM. Les EXPORTATIONS, massives, étaient celles des OLIVES, du SEL et des LENTILLES. L’HUILE D’OLIVE était également « exploitée au maximum » et conservée dans de véritables CUVES « de taille industrielle ». Pour la contenir (entre autres), on devait produire en masse des « POTS DE TERRE CUITE ». L’ARTISANAT était donc, comme on l’imagine, florissant, et surtout centré sur la fabrication de pots et de jarres.

La culture de Rasool pratiquait aussi activement l’élevage de MOUTONS, qui lui fournissait de la LAINE. La laine présentant l’avantage appréciable de « retenir les teintures » et par conséquent de pouvoir être facilement colorée, les rasooliens eurent vite l’idée de développer son traitement de façon à créer une assez grande variété de tissus colorés qui furent les moteurs de l’apparition d’un nouveau phénomène : « LA MODE ».

Société commerçante, Rasool présente aux archéologues le visage d’un monde « de compétition et de paraître » faisant une part assez belle à l’INDIVIDUALISME.

Parmi les « denrées alimentaires » que la cité contrôle et écoule partout figure au tout premier plan ce véritable « or blanc de la préhistoire » qu’est le sel. Elle disposait en effet, à proximité de la MER MORTE, de « plages qui étaient des MINES DE SEL à ciel ouvert ».

C’est à Rasool qu’on trouve les traces de la première production de masse. Le phénomène va si loin qu’on y commence bientôt à « tenir des COMPTES ». A cette fin, on est bien obligé d’ « inventer des SYMBOLES », figurés à l’aide de « JETONS D’ARGILE » que l’on scelle à l’intérieur de « BOULES D’ARGILE ». Ce sont là rien moins que les premiers CONTRATS et « les premiers pas vers la création d’un langage écrit et d’une bureaucratie ».

Le plus étrange est sans doute que la cité de Rasool « prospère dans le désert ». Son arboriculture s’appuie sur « un SYSTEME D’IRRIGATION étendu sur des kilomètres » et remarquable par sa complexité. Tout ce « réseau de canaux conçus de façon à suivre la pente des collines » requiert l’activité incessante de « centaines, voire de milliers d’hommes ».

« Deux cent ans avant les Pyramides », vous vous rendez compte ?

L’ensemble du système économique et sociopolitique de cette merveilleuse ville est « contrôlé par une ELITE de familles fortunées », qui n’éprouve, semble-t-il, ni besoin d’armée, ni nécessité de « brigades d’esclaves » pour faire régner sa loi. Alors, est-on en droit de se demander à ce compte-là, d’où lui vient son pouvoir ?

Une « fresque » murale découverte dans un tombeau familial sur le site nous apporte vraisemblablement une esquisse de réponse : il s’agit d’un magnifique dessin coloré, « L’ETOILE DE RASOOL », qui comporte aussi « des groupes de personnages masqués aux visages fantastiques ». Grâce à lui, les archéologues peuvent avancer l’hypothèse que « l’ordre [à Rasool] est maintenu par le moyen de la RELIGION ». Nous avons, selon toute vraisemblance, affaire à une société où des PRÊTRES, « au service des GRANDES FAMILLES AGRICOLES », s’imposent eux aussi comme une élite. Du « dieu de la maison » et du « dieu du clan » qui prévalaient quelques millénaires plus tôt dans les villages du Croissant Fertile, on est passé au « dieu de la cité », un peu comme à Sumer.

L’eau, quant à elle, « est au centre de la vie des rasooliens et de leur foi », cette dernière étant elle-même le ciment, le garant de l’identité collective de cette société déjà éminemment « organisée ».

Après Rasool, le documentaire nous emmène au SUD DE LA JORDANIE, à WADI FAÏNAN. Pourquoi ?

Parce que là se trouvent toujours d’importants GISEMENTS DE MALACHITE. Là, encore, l’Homme va avoir l’idée de faire fondre cette étrange pierre, qui le fascine par sa couleur. Pour ce faire, il utilisera des SOUFFLETS A BOUCHE dont on a retrouvé, en abondance, les embouts sur le site, et des CREUSETS A CUIVRE, également présents. Une fois qu’il l’aura fondue, il se mettra à la modeler, à la retravailler. Résultat : il en sortira « toutes sortes d’objets, des bijoux aux poignards ». Le cuivre sera donc le premier métal utilisé par l’Homme.

En cette aube de l’âge des métaux, il semble qu’un RESEAU COMMERCIAL très actif se soit développé entre la culture de Wadi Faïnan, devenue désormais productrice de cuivre, et le sud de l’actuel état d’Israël, qui en était friand.

Présent sur le site de Rasool, le cuivre a été utilisé pour la confection de HACHES et de BURINS (ce qui révolutionna l’outillage), ainsi que pour celle de « véritables trésors d’objets aux formes extravagantes (probablement décoratives) dont on ignore tant l’usage que la signification ».

Tandis que la prospère société proche-orientale de Rasool (qui est " l’une des premières grandes sociétés marchandes de l’histoire humaine") est en plein essor, l’Europe voit elle aussi – quoique de façon différente – apparaitre une culture à vocation commerciale.

Caractérisée par des sépultures revêtant la forme de « TUMULI FUNERAIRES » à l’intérieur desquels sont inhumés des « squelettes entiers » accompagnés de leurs « objets personnels », cette nouvelle culture a été baptisée CULTURE CAMPANIFORME, d’après la forme toute particulière de GOBELETS, que l’on trouve dans tous ses tombeaux. Développée en ANGLETERRE, en ECOSSE et en SCANDINAVIE, cette civilisation était celle de COMMERÇANTS ITINERANTS (« les premiers commerçants d’Europe ») qui se déplaçaient, avec leurs marchandises (toujours véhiculées « en petite quantité ») sur des charrettes en bois tirées par des « chevaux de bât ». Ainsi, ils étaient en mesure de parcourir « de longues distances » et de faire circuler « des objets précieux ». Ils fabriquaient une boisson toute nouvelle, « une sorte d’HYDROMEL », qu’ils buvaient dans les gobelets cités plus haut et qui fut parmi les toutes premières boissons alcoolisées. On pense que cette boisson était, chez eux, associée à des rituels.

Selon les savants, « les Campaniformes croient en la valeur de l’individu ».

Finalement, cette population en vient à changer de mode de vie : elle se fixe, pour cultiver la terre et développer la METALLURGIE. C’est L’AGE D’OR DES FORGERONS, experts dans le travail du BRONZE : « les forgerons ont les tombes les plus riches », car « ils jouissent d’une haute estime ».

L’ÂGE DU BRONZE débouche, entre autre, sur la transformation de l’armement, qui se met à ‘incarner le pouvoir ». Nous assistons à la naissance d’une ELITE MILITAIRE. Les chefs se mettent à MONTER A CHEVAL et à porter des PECTORAUX. On note la montée d’ »un désir sans précédent pour LE POUVOIR », qui amène les élites à « régir la vie de la communauté ».

Ce qui se met en place, là, c’est « une nouvelle dynamique sociale », marquée par une notable stratification de la société : les chefs protègent, dominent, cependant que les fermiers ne sont plus dorénavant que « des subordonnés ».

Et pourtant ces sociétés ne semblent pas vraiment marquées par la violence ! Non seulement l’armement retrouvé sur l’ensemble des sites de fouille les concernant est rare, mais il laisse apparaitre « très peu de traces d’usure ». On ne sait pas trop ce qu’il faut penser d’un pareil paradoxe…

L’artisanat prend, en Europe, un extraordinaire essor.

Apparue au Moyen-Orient et répandue il y a 5 500 ans dans le reste du monde, LA ROUE permet maintenant de faire usage de moyens de transport efficaces et pratiques des grosses cargaisons : les CHARRETTES. Conséquence : l’Âge du bronze voit s’épanouir « le premier transport de marchandise d’une mer à l’autre » : LE COMMERCE DE L’AMBRE (lequel est une « résine de pin fossilisée ») ENTRE LA BALTIQUE ET L’EGYPTE. Des stocks de cuivre et d’étain en provenance du sud sont échangés contre des cargaisons d’ambre venues du nord.

A une moindre échelle et sur de moins grandes distances, on échange également « du lait, des céréales et de la main d’œuvre ».

L’Europe s’est installée dans un climat de « violence latente », dont, nous l’avons vu, témoignent le pouvoir et l’armement de l’élite. Il est probable que, déjà, les chefferies se regardent en chiens de faïence, si elles ne se font pas la guerre. Il y a, déjà, trop de gens, trop de réserves de nourriture, trop d’objets précieux, trop de circulation des denrées et des Hommes, trop de besoin de protection des personnes et des territoires, trop de hiérarchisation, trop d’appétit de pouvoir…Les terres cultivables disponibles commencent même « à s’épuiser ». On sent, peu à peu, ces gens devenir de plus en plus préoccupés par la défense de leur territoire et de leurs biens. En témoigne, par exemple, l’apparition des toutes premières PALISSADES.

Sur la vie spirituelle de ces Hommes, de ces Européens de l’Âge du bronze, on sait fort peu de choses : lors des obsèques, ils plaçaient le corps de leurs défunts à l’intérieur de cercueils de chêne taillés dans de lourds troncs. Les funérailles des puissants étaient particulièrement complexes et on les ensevelissait, toujours, au sein de tumuli. En EUROPE DU NORD existaient des BASSINS CEREMONIELS protégés par des figurations de DEESSES-MERES. Aux yeux des fermiers, ces dernières étaient des garantes tant de fécondité que de protection. Les habitants des lieux, on le sait, avaient pour rituel de venir régulièrement jeter des OFFRANDES dans l’eau sacrée de ces bassins.

« Il y a 3 000 ans », la fabrication des objets en métal s’intensifie ; les forgerons ont découvert un nouveau métal extrêmement dur, le FER, qui va, ça va de soi, révolutionner tant l’agriculture que l’outillage.

Mais le fer va aussi créer de nouvelles armes, redoutables : « les épées et les soldats déferlent sur le monde », cependant que les derniers chasseurs-cueilleurs disparaissent définitivement d’Europe. « Ils ont eu affaire aux guerriers ».

Oui, le néolithique fut bien une cascade de révolutions. Avec lui, l’Homme prit conscience qu’il pouvait, par son ingéniosité, par sa volonté, maîtriser la nature. Cela eut, pour son destin, des conséquences incalculables.

Ne sous-estimons pas ces Hommes néolithiques. Ce sont nos pères et mères. Sans leurs audaces, sans leur courage, nous ne serions pas là où nous en sommes. Loin d’être « archaïques », « primitifs » comme nous aurions tendance à le croire sottement, ils étaient probablement beaucoup plus inventifs, courageux, vifs d’esprit – en un mot, « débrouillards » - que nous-mêmes le sommes !

C’est eux, en tout cas qui – lentement, mais sûrement – ont construit le cocon civilisationnel dans lequel nous avons  actuellement le loisir de nous prélasser.

Autant dire que nous leur devons tout.

 

 

 

P. Laranco.

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 11:50

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Photos : P. Laranco.

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