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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 11:36

Matin d'hiver : tout parait tiré vers le haut,
l'espace et le corbeau
qui le déchire de
son cri noir en ébranlant le faîte des branches


Patricia Laranco.

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 11:04

de vie
lasse
l'âme
s'évade





il existe
des mots éternels
qui font éclater
le temps en miettes





quand tout bascule
à quoi bon
encore être
à la hauteur





d'accord
pour
le grand
plongeon
mais
en
chute
libre





si au commencement
était le chaos
qui dira qu'aujourd'hui
tout est rentré dans l'ordre



in "Livre sans objet", ARCAM,2007.











la bêtise
nous rend tellement
proches
de l'espèce humaine





le regard de la bêtise
est le reflet
d'un vide intérieur





la pensée unique
est celle des imbéciles
qui n'ont même pas essayé
d'en trouver une autre





la bêtise
assassine
tout ce qui
la devine





s'il y a un âge
pour être bête
il n'y en a pas
pour le rester





pour se donner l'illusion
d'y voir plus clair
les imbéciles adorent
se jeter de la poudre aux yeux





maîtriser sa bêtise
tout en domestiquant
celle des autres
tout un art de vivre





il y a dans tout cerveau humain
une part de bêtise
qui ne demande
qu'à proliférer





dans l'incapacité
d'analyser sa pensée
le sot
le reste





la bêtise
opine du bonnet
à ses propres propos





l'imbécile
ne se demande jamais
pourquoi
il est toujours le premier
à comprendre





in "Le B.A-B.A de la bêtise", ARCAM, 2007.


Louis SAVARY

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 10:11
Écrire de la poésie à Maurice ou comment devenir fou… Umar Timol

 


Je suis prêt à reconnaître, surtout en ces temps de disette et d'incertitude, que consacrer ses nuits à gratter du papier ou dans ce cas, le clavier, à la recherche du mot juste, du mot qui parviendra le mieux à exprimer l'indicible est étrange ou même indécent. Je suis aussi prêt à dire que la poésie ne sert pas à grand-chose, que ce n'est qu'un ornement qui vient un instant interrompre le cours de la vie pour apprivoiser la beauté.

Et je n'ai aucun mal à ajouter que j'ai trop lu Césaire, Le Clezio, Llosa et les autres, que j'aime trop la littérature pour avoir un ego littéraire, pour me prendre au sérieux, que je ne suis qu'un moustique qui scribouille aux pieds des géants, que j'exerce dans le cadre de mes limites, trouvant, ici et là, au détour d'un vers, un moment d'exaltation. Je n'espère rien de plus. Je n'ose rien de plus. Je considère la publication de mes recueils comme une grâce, un cadeau venu du ciel, peut être immérité mais que j'ai appris à accepter.

Et finalement, je ne crois pas être, contrairement à quelques poètes locaux, la dernière réincarnation de Rimbaud, je ne me destine pas à écrire une ouvre immortelle, je ne rêve pas d'une gloire posthume. Je ne cultive pas une fausse modestie (car dans mon jardin il y a trop de vers) mais il est utile de parvenir à remettre les choses à leur place. Je suis en d'autres mots un poète modéré et lucide, qui demeure loin des excès du "poétisme" (mon premier néologisme qui signifie "mouvement fanatique d'inspiration mégalomane"), je sais mesurer les choses à leur juste valeur tout en concédant que j'ai ma petite part de vanité.

Il n'empêche que la pratique de la poésie à Maurice vous apprend la solitude pénible des incompris car vous vous heurtez constamment à un mur, indestructible et impassible, nommé indifférence. Je ne vais évidemment pas vous parler des libraires qui se débarrassent de votre recueil dans le coin le plus obscur de leur épicerie, pardon, librairie, ou du nombre d'exemplaires vendus en une année (entre 3 et 5), ou de cette charmante personne qui vous demande de lui prêter votre recueil avant qu'elle ne se décide à l'acheter, ou des enseignants de littérature qui ne lisent jamais ou qui sont incapables de citer un seul auteur mauricien contemporain, ou de votre recueil que personne n'emprunte jamais à la bibliothèque.

Je ne vais pas vous parler de ces gens qui claquent des milliers de roupies à l'hôtel et qui trouvent qu'un livre coûte cher, ou de ces jeunes, diplômés des meilleurs universités, qui disent fièrement ne jamais lire, ou de l'interminable attente d'un lecteur, d'un seul petit lecteur qui voudra bien évoquer votre ouvrage, ou de ces parents qui découvrent avec horreur que leur enfant adoré a une vocation artistique, ou de ces conférences d'auteurs mauriciens qui ne réunissent qu'une dizaine de personnes dont cinq membres de leur famille. De ces étudiants en lettres d'une université locale qui n'arrivent pas à distinguer le Phèdre de Racine d'un Mills and Boons ou des récitals qui rassemblent sept personnes dont huit poètes ou de ceux qui croient que Malcolm de Chazal est un comptable.

Je ne vais pas vous parler de tout ça car c'est un combat inutile, c'est une cause perdue, on ne peut guérir un peuple de son inculture "abbysimale" (ma deuxième invention, veuillez me pardonner ce néologisme mais je suis atteint de "néologite"), il viendra un autre temps. I had a dream, i had a dream, pas demain, pas le lendemain de demain, pas le surlendemain de lendemain, un temps quand les Mauriciens s'intéresseront à la culture, aux petites choses de l'esprit, à ces petites choses qui bousillent, remuent et transforment la matière grise, à ces petites choses qui rendent la vie un peu moins dérisoire.

Je vais, par contre, vous proposer un guide ou plutôt une liste de questions à poser au poète ou plus généralement à l'écrivain mauricien pour l'aider à se sentir un peu moins inutile, pour l'aider à se débarrasser de sa déprime. Il est, cependant, important de trouver le bon dosage, le patient après tout est gravement atteint et il n'a pas l'habitude de telles questions. Il faut donc les utiliser avec art et subtilité car il risque, sous l'effet conjugué du choc et de la surprise, d'avoir une attaque d'apoplexie.

Les Questions :

Pourquoi écris-tu ?

J'apprends que tu viens de publier un nouveau livre. ÇA parle de quoi ?

C'est en vente où ?

Parle-moi de tes auteurs préférés.

Je viens de lire ton recueil (ou roman), j'ai bien aimé, tu veux bien me donner quelques précisions sur la question (par exemple) de l'identité ?

Tu veux bien m'expliquer d'où provient ton inspiration ?

Je m'intéresse beaucoup à ce que tu fais, j'espère à nouveau te lire.

Cette liste n'est évidemment pas exhaustive, je vous invite à la compléter avec d'autres questions. On pourrait même lancer un concours international de questions, dans le style de "Questions pour un Champion", mais en moins idiot. Le plus important, faut-il le souligner, est d'aider l'auteur à se sentir moins seul, moins incompris, de lui épargner, en d'autres mots, un début de folie.

Je termine, cependant, sur une note d'espoir. J'invite les poètes et écrivains mauriciens à se tourner vers la mystique car elle nous enseigne, si je ne m'abuse, à tuer le désir afin de se libérer de l'illusion et d'atteindre ainsi à la libération. Ainsi quiconque veut atteindre la plénitude dans son expression artistique, dans la cadre enchanteur et paradisiaque de l'île Maurice, se doit de tuer tout désir de reconnaissance, se doit d'extirper de son coeur tout espoir d'être lu, d'être compris et alors, et alors seulement il sera libre.

Free, free at last.

"Mystique et liberté". Un titre prometteur pour un prochain poème qui ne sera pas lu.

Umar Timol

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 20:03

Si je reproduis ici l'éditorial du "Capital des Mots", N°14, c'est que j'y souscris entièrement.
Merci à notre ami Eric Dubois d'oser dire tout haut ce que pensent (plus ou moins) tout bas tant d'autres poètes !

P.L








Etre un poète vivant !


Je me présente : je m’appelle Eric Dubois. J’ai 42 ans et des poignées de jours. Je suis un poète vivant. J’écris des poèmes, j’ai commis quelques recueils dont certains chez Encres Vives. Très souvent, je publie des textes dans des revues littéraires. Mais là n’est pas mon propos. Je suis un poète vivant et je ne veux pas être enterré tout de suite ! Je m’explique : je ne veux pas être momifié, statufié lorsque je serai octogénaire ! Je veux m’on me lise, en pleine force de l’âge, dans ma quarantaine ! Je veux être lu par le grand public ! Attention : beaucoup de poètes pourraient le dire également ! Au nom de tous les poètes, je dis ceci : que les grands médias cessent de nous ignorer et nous lisent et parlent enfin de nous ! Je souffre d’être classé parmi les « hermétiques », les « élitistes », les « abscons » ou pire encore les « ringards » ! Je souffre des tirages confidentiels, des revues entre initiés, des chapelles et des avant-gardes. Je souffre, nous souffrons, poètes

de la place que nous occupons au sein de la société ! Il est loin le temps d’Eluard, d’Aragon, de Prévert, de Seghers, des vers mis en musique par Ferré, Brassens ou Ferrat. Certes, la poésie s’est desséchée dans les années 70-80 au profit d’expérimentations verbales qui l’ont éloignée du grand public. Mais depuis quelques temps, le lyrisme revient, la poésie chante, elle dit quelque chose mais selon une certaine exigence d’un lyrisme métaphorique retenu. Une nouvelle génération commence à faire parler d’ elle  mais peu connue du grand public : Ariane Dreyfus, Valérie Rouzeau, Jean-Luc Despax, Matthias Vincenot, Emmanuel Berland , Laurence Bouvet… nés entre la fin des années 50 et les années 80. Alors, amis lecteurs, lisez de la poésie, achetez-en ou bien empruntez des livres à la bibliothèque de votre quartier! Lisez de la poésie et les poètes vivants !



Eric DUBOIS
in revue de poésie en ligne :  le-capital-des-
mots .






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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 11:29

Cet extrait de « Poèmes de Pierre Flandre »(1936) met en scène un dialogue entre 2 personnages, Pierre et Ananda :

-Pierre :où fuir, Ananda ?

-Ananda :nulle part. Demeure ici . Des dieux propices veillent sur cette île, un des derniers lieux au monde où l’homme puisse garder le sens de la nature et de la liberté intérieure, de la lumière, de la Beauté, de l’évasion en soi-même.

-Pierre : Ecoute Ananda :je l’ai pressenti

.              dès mon enfance attentive à ses voix.

              j’ai vu un dieu dans tout buisson ardent

               qu’est l’arbre ou la colline en proie au soleil tropical

              J’écoutais chantonner la rivière

              qui fuyait entre les jamrosas.

              Elle me disait :Sois fluide

              et musical comme mon eau.

              Echappe à toute étreinte et glisse entre les pierres,

               cours en chantant parmi les rives immobiles,

              d’accord avec la brise et les oiseaux du ciel.

                                                               Extrait de « Poèmes de Pierre Flandre »,1936.

 

Ensuite, vient Malcolm de Chazal. Avec de Chazal comme avec Baudelaire, tout, dans l’univers, est relié. C’est la loi des « correspondances », que le poète seul sait révéler, et qu’il se doit de révéler. De Chazal développe toute une mythologie de la Lémurie, marquée par une imagination débridée. Pour lui, Maurice est un « écrin » qui renferme « tout le mystère du monde ». Par sa pratique du délire contrôlé, son goût pour la transe vertigineuse, voire la prophétie, son don avéré pour les trouvailles fulgurantes, déconcertantes, son style grandiose et abrupt, Chazal apparaît comme un poète singulièrement troublant.

Voici un extrait de son fameux « sens plastique »(1948)

              Les sous-bois rendent la lumière joufflue.

              Nuages bas servent de presse-papier au vent.

              Le nuage est un parapluie d’eau, que baleine le vent.

              [……] L’eau a voix d’homme dans le ruisseau, et voix de femme dans le jet

              d’eau.

              [……] Virgules bleues ; points blancs ; points d’exclamation jaunes ; tirets gris ; deux points mauves…Mauve :couleur qui ne commence ni ne finit ; barrière à claire-voie entre les teintes ; nuance flottante par excellence ; bac des teintes.

 

Joseph Tsang Mang Kin, écrivain sino-mauricien comme son nom l’indique, nous donne une poésie qui ressemble à celle de Hart en ceci qu’elle cultive le thème de la nostalgie de l’enfance. Elle trouve son axe principal dans une recherche d’absolu qui s’appuie en premier lieu sur la contemplation du monde et en second lieu, sur la descente dans le profond de lui-même, ces deux démarches aboutissant chez lui à un émerveillement d’ordre cosmique. Il reste fidèle aux référence de sa culture d’origine. Son style est serein, dépouillé. En voici un petit aperçu :

             Lente ascension vers la colline

              vers le flanc de lumière

             où la stèle funéraire

              veille

 

             Là l’autel ancestral

             comme un immense fer à cheval

             s’étale

 

             il encercle le temps

 

             il arrête l’espace.

                                                             Extrait de « Le Grand Chant hakka »,1992.

 

Issu de la petite bourgeoisie créole, Pierre Renaud (1921-1976) illustre, pour sa part, le courant de la négritude. Nous avons vu qu’il s’agissait d’une négritude feutrée, et, en effet, chez Renaud, la voix se complait dans l’implicite, le non-dit. Autodidacte, doté d’une personnalité tendre et tourmentée, Renaud, dans son écriture poétique, cultive l’ingénuité, la simplicité d’expression, ainsi que l’attachement au terroir. Poète créole quelque peu coincé dans ses complexes ataviques, il recherche volontiers le patronage de la bourgeoisie blanche (dans le choix de ses préfaciers et de ses illustrateurs, par exemple). C’est un auteur mélancolique, qui exprime un malaise persistant, un malaise qu’il doit à son identité très problématique, et qui est chez lui une source de dépressivité profonde. Son humilité, sa tristesse le portent vers des confidences intimistes, ayant en particulier trait à l’unique amour de sa vie, un amour totalement idéalisé de type « amour courtois » pour une fille blanche inaccessible, qui devient la Dame de ses pensées. Par ce biais, il laisse filtrer sa fascination de la blancheur, une blancheur qu’il révère en liaison avec l’éducation profondément catholique qu’il a reçue. Auprès de ça, il développe,nous l’avons dit, le thème de la célébrations de ses origines africaines retrouvées :

                  frère d’afrique

                  il me faut un tam tam

                  donne-le moi

                  pour la mémoire libérée

                  pour la mémoire pardonnée

                  la légende vivante [……]

 

                  prête moi voix de kora

                  frère d’afrique

                  et voix de balafon

                  je veux te rencontrer

 

                  je veux te rencontrer

                  là où sourd la musique

                  réveillant les siècles

                                        les seins

                  les reins les sexes

                  à la source maternelle

                  de terre et d’eau

                  et de vie.

                                                            Extrait de « Les balises de la nuit »,1974.

 

Nous arrivons maintenant aux écrivains du métissage. Emmanuel Juste (né en 1928), a écrit une œuvre dispersée dans journaux et revues. Son poème le plus connu, « Mots mar-(te)lés », nous offre des images plutôt violentes et une langue éclatée qui font penser à Aimé Césaire :                    

                   Ovale la vie outre-cri

                   Le métis est outre-nègre

                   Ovale la vie outre-sang

                   Le métis est moyen âge.

                   […………]

                   Ovale

                   Remis de ses blessures

                   Le métis moyen âge

                   est parti, sans laisser de portes

                   se faire une faute d’orthographe

                    et un poème cruciforme

                  Dans la mémoire du monde

                  Le métis a la peau dure

                  Il n’a ni talons, ni dos.

                  Dans la mémoire du monde

                  Un fruit martèle rouge un

                  panier de soleil.

 

 

                                                     Edward-J Maunick (né en 1931) est sans doute l’écrivain le plus représentatif de la « mauricianité », en ce qu’il est résolument le poète des rencontres, des mélanges de sangs, de l’ouverture au monde. Son œuvre, réputée difficile, comprend quelques 12 recueils, de tons et rythmes très variés. Sa langue est fortement travaillée par les rythmes de la langue créole. Ami d’Aimé Césaire, il a subi l’influence du courant de la négritude. Dans la vision généreuse de Maunick, la vocation du métis est de s’ouvrir à toute la vastitude du monde. Il l’élève donc à la dignité de quintessence de l’Humain.

                 la mer la mer toujours me racontera debout

                     m’ayant arraché à la solitude

                 j’étais soi-disant victime à genoux

                     mis au ban de l’universel banni de l’immense

                 mes yeux étaient cloués au nombril

                      d’une île chassée de l’Afrique par une guerre tellurique

                 des pans de mer m’exilèrent

                       de l’équateur une lame de mer trancha les amarres

                 [………….]

                 mais la mer revint sur ses pas

                        du plus loin-profond des crevasses des déserts d’algues vives

                 me remit debout d’un grand coup

                        de mascaret me replanta volte face à l’horizon…

 

                 Je ne pèserai jamais du poids d’avoir mal

                         adieu les histoires de paria natal

 

                 l’homme blanc qui prit ma grand-mère

                         dans son lit refusa de donner son nom à ma mère

 

                 ainsi ma mère put épouser

                         mon père lui-même petit-fils de coolies venant des Indes

 

                 que voulez-vous que j’y fasse

                         qu’ai-je à corriger de tout ce qui se perpétua avant moi

 

                 sinon rire pour falsifier le crime

                          et bâtir ma chair plus solide que chagrin

 

                 regardez-moi quelle blessure de jadis

                          lisez vous sur mon visage sinon la lumière

 

                 je suis au monde pour ne jamais

                          plus peser du poids d’avoir mal d’être de sang mêlé

 

                 métis veut dire lumière métèque veut dire bonjour :

                           dans la lumière donc je vous salue…

                                                                     Extrait de « Fusillez-moi »,1970.

 

Voici venu le temps de la conclusion.

L’île Maurice, devenue adulte, a réussi à faire émerger sa parole propre. Une parole qui, avant toute autre chose, me semble-t-il, questionne l’identité, le « comment y voir clair dans cet inextricable fouillis de sangs mêlés, d’influences culturelles venues de tous les horizons du globe ? », en un mot la difficulté d’être mauricien.

Etrange Maurice, simultanément si « étroite » et si universelle, si fermée et si ouverte, si marquée par le métissage et si portée dans la vie sociale courante à sa négation !

L’idéal de cloisonnement ethnique propre à Maurice est très difficile à éradiquer. Maurice est née d’une violence fondatrice, d’un traumatisme originel :celui du colonialisme, de l’esclavage. De là procède le fameux malaise qui habite à des degrés divers toute la vie mauricienne, tout ressortissant mauricien, et qui ne peut pousser l’être que vers la quête, l’oscillation perpétuelle entre éclatement et besoin de cohérence.

Que pouvait produire l’île, d’autre qu’une poésie de quête, d’exil, une poésie surtout, peut-être, marquée par le besoin de parler, afin de mettre en mots le malaise, de lui faire « rendre gorge », en somme?

Maunick résume à merveille la situation dans ce passage : « Sans cesse, ce besoin de parler, à la fois notre vice et notre vertu :nous sommes nés loin, dans des pays exigus, en terre étroite ;nos villes sont souvent sœurs, nos villages se confondent[…]notre identité, forcément multiple, est davantage à entendre dans notre parler créole, qu’à lire, exprimée à travers des écritures aux alphabets pourtant fascinants. Plus peuple que race, nous additionnons nos fidélités à l’Orient, à l’Occident et à l’Afrique, pour fonder une symbiose, certes difficile, mais seule capable de nourrir notre quotidien plus sûrement que le plat de riz, la rougaille de poisson salé ou la fricassée de lentilles rouges. Nos aïeux venaient tous de quelque part ;nous avons pour mission de continuer leur exil dans un lieu devenu pays natal ».

 

 

P.LARANCO.

Le 11/02/2005.


Ce texte a été la matière d'une conférence donnée, en 2005, dans le cadre des activités de l'Association "Rencontres Européennes/Europoésie"
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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 11:21


L’Ile Maurice est situé au sud de l’Océan Indien, non loin à l’est de Madagascar et de l’Afrique australe, et au nord-est de l’Ile de la Réunion.

Pour comprendre la poésie mauricienne, il est nécessaire., ce me semble, de survoler d’abord l’histoire de ce pays extrêmement petit.

Totalement inhabitée à sa découverte par les Portugais en 1507, elle fut ensuite occupée par les Hollandais qui lui donnèrent son nom.

Après quoi, en 1715, l’île devint possession de la Compagnie française des Indes. Durant tout le 18éme siècle, elle fut un point stratégique de la navigation et du commerce dans cette région du monde. En 1814, après la défaite napoléonienne, elle passa aux mains des Anglais, mais ceux ci laissèrent aux mauriciens l’usage libre de la langue française ainsi que le Code Civil, d’où le fait que l’influence française put se maintenir forte, essentiellement autour du groupe des colons blancs descendants directs de français, grands propriétaires fonciers et hommes d’affaire, très attachés à leur religion catholique et à leur culture. Ces gens restèrent les dominants, à côté d’un petit nombre de britanniques essentiellement fonctionnaires qui, en général, se fixaient peu. En 1835, les Anglais abolirent l’esclavage et, de ce fait, furent contraints, pour assurer la culture de la canne à sucre principale ressource de l’île, de faire appel à une abondante main d’œuvre transplantée du sous-continent indien et soumise à ce qu’on appelait l’engagisme (engagement sous contrat avec rudes conditions de vie et salaires de misère). Le 12 Mars 1968, le territoire accéda à l’indépendance, pour devenir ensuite, en 1992, une république restant intégrées au Commonwealth britannique.

Contrairement à bien des pays du Tiers Monde, Maurice a su se doter d’institutions et surtout de traditions solidement démocratiques, avec, toutefois, un état fort, souvent enclin à contrôler certains médias. Depuis quelques années, elle est en train de devenir ce qu’on appelle un pays émergent, que d’aucuns ont même surnommé, en raison de son dynamisme économique et de sa boulimie de développement, le « dragon de l’Océan Indien ». Elle compte 1.100.000 habitants, dont approximativement, en 1968, 50% de purs indiens descendants des engagés, 42% de Métis de diverses origines (avec toutes les gammes de couleurs, de degrés de mélange et de types), 7,5% de Chinois, 0,5% d’européens sans mélange (ou franco-mauriciens).

Son système social de gestion du pluri-ethnisme est très fortement calqué sur le modèle en vigueur dans les pays de tradition anglo-saxonne :il est souvent qualifié de « communalisme » ou encore communautarisme. Cet état de fait a, sans doute, été facilité par la présence massive d’indiens viscéralement attachés au système de cloisonnement socio-ethnique dit « de castes ». A Maurice, Indiens et Franco-mauriciens semblent s’être, étrangement, mis d’accord pour perpétuer une sorte de version douce de l’apartheid (avec, notamment, réticence envers les mariages ou unions inter-communautaires ou inter-ethniques). Le groupe des afro-mauriciens descendants des esclaves est encore fortement marginalisé, victime d’une pauvreté et d’un mépris qui le placent tout en bas de l’échelle.

Cela n’empêche pourtant pas que Maurice soit une terre de contact étroit entre les cultures asiatique, européenne et africaine, et donc d’influences réciproques, de métissage ethnique aussi (nous avons vu le nombre de métis). C’est là ce que l’on pourrait appeler le paradoxe mauricien.

Bien que l’Anglais soit demeuré,avec l’indépendance, la langue officielle du pays, les Mauriciens demeurent profondément attachés à la langue française, qui reste, après le créole (lui même issu du français d’ailleurs), la langue la plus couramment parlée. On ne s’étonnera donc aucunement du fait que la littérature d’expression française soit, de loin, la plus riche et la plus prestigieuse sur le territoire mauricien, la littérature anglophone n’étant, pour sa part, entrée en scène qu’il y a seulement une quarantaine d’années et la littérature en langue créole n’étant, quant à elle, véritablement sortie de l’ombre qu’à partir des années 1980.

La littérature mauricienne émerge dès le début du 19ème siècle, même si c’est la Révolution qui, au départ, voit s’ouvrir les premiers clubs et sociétés littéraires de l’île.

Très rapidement, les littérateurs mauriciens du 19ème siècle délaissent le roman pour la poésie. Apanage de l’élite de pure souche française, cette production littéraire reste très étroitement dépendante des grands modèles hexagonaux :il s’agit, pour l’essentiel, d’un courant romantique, marqué par des élégies lamartiniennes ou des odes hugoliennes.On pourrait dire de cette littérature qu’elle est une littérature à la fois d’imitation et de résistance, en ceci qu’elle est un témoignage résolu et affirmé d’attachement à une langue et à une culture françaises menacées par l’intrusion anglaise. Ses représentants sont Lorquet (auteur, en 1823, d’une vaste épopée en 10 chants à la gloire de Napoléon) , Bourbon, Carié, Castellan, Delafaye, Chrestien et beaucoup d’autres, producteurs d’une très abondante poésie.

Celui qu’on peut désigner, à la fin du 19ème siècle, comme le premier poète mauricien majeur est Léoville Lhomme, métis, qui choisit la veine parnassienne et l’inspiration « nationale », dans une Maurice en proie à un grand bouleversement démographique et culturel avec l’arrivée des nombreux engagés d’origine indienne, perçus comme potentiellement menaçants pour la culture et la tradition locales franco-créoles, idéalisées fortement dans l’oeuvre de ce poète.

Au début du XXème siècle, la sensibilité littéraire se modifie, avec l’apparition vers 1920 du « roman mauricien » qui contribuera à mettre au jour les complexes relations de classes et de races, les tensions ethniques qui traversent l’île :codes sociaux implicites, règles d’exclusion liées à l’ethnie, fascinations érotiques, mécanismes de domination. Si je cite là le roman, c’est qu’il sera fondamental pour l’évolution des mentalités vers la prise en compte du pluri-ethnisme, en poésie y compris. Ceci permettra sans doute, par la suite, à Robert-Edward Hart (1891-1954), qui, au plan littéraire, domine largement  la première moitié du XXème siècle, de travailler poétiquement la complexité culturelle du pays, et de la faire apparaître, pour la première fois comme un enrichissement auquel il donnera même une dimension mystique. Pendant les 50 premières années du XXème siècle, la vie littéraire mauricienne, très dynamique, s’articule autour de revues d’excellente qualité, où les poètes sont largement publiés. Toutefois, malgré les mini-scandales  auxquels donnèrent lieu les poèmes en « vers libérés » d’Edwin Michel et les poèmes surréalistes de Jean Erenne (1934), la littérature demeure sagement conformiste. Cela s’explique sans doute par le fait que l’île est géographiquement très éloignée des lieux planétaires où « quelque chose se passe », et que, fondamentalement, elle garde une mentalité coloniale  imprégnée de provincialisme,de conservatisme, corsetée par les tabous, les étriquements et les complexes d’infériorité.

Un tournant, néanmoins, finit par s’opérer avec Malcolm de Chazal (1902-1981), dont l’une des œuvres, « Le sens plastique », obtiendra un succès international. De Chazal parvient à surprendre, à toucher l’avant-garde française, qui lui reconnaît le statut de génie. De Chazal est un grand célébrateur de l’Ile Maurice. Il influencera, plus tard, nombre d’écrivains mauriciens, tels Loys Masson, Chasle, Prosper, d’Avoine.

Dans les années 50 et 60, Maurice acquiert une densité littéraire rare pour un si petit pays.

On y notera l’importance du lyrisme féminin :Edmée Lebreton, Magda Mamet,Edmonde de Kervern,Solange Rosenmark.

L’influence de Hart et Chazal continue de se faire sentir, mais c’est l’émergence du courant de la sensibilité ethnique et de la quête des origines qui doit, à ce stade, retenir notre attention : Marcel Cabon se fait l’éveilleur de la pluralité mauricienne avec le propos bien affirmé d’œuvrer pour l’unification de la nation mauricienne par une culture résolument pluraliste, qu’il baptise lui même le « mauricianisme ». Renaud, d’Avoine, Tsang Mang Kin, Prosper, Wachill, Maunick, Juste s’orientent vers une écriture centrée sur la quête des ancêtres ou le métissage, souvent influencée, à des degrés divers, par le courant de la Négritude.

Enfin, une poétique spécifique, celle de l’exil, préside à la démarche de plusieurs auteurs de premier plan :je citerai là Jean Fanchette et Edward Maunick, pour qui l’exil constitue une condition  de l’écriture, liée à leur vécu de métis, d’hommes flottants, sans attaches ethniques bien définies ni bien définissables. Jean Fanchette est le poète de l’ « identité provisoire »,. Son origine incertaine en fait un dépaysé chronique :il n’a donc d’autre choix que celui entre la nostalgie et l’exil ;il choisit, clairement, le second. Maunick, quant à lui, se fait l’apologue du voyage, d’un exil qui, seul, lui permet de vivre la complexité des sangs, la diversité bariolée et passionnante des rencontres,le dialogue de l’île avec la mer. Quoi qu’il en soit, ces deux auteurs cultivent, au travers de l’exil, la conscience aigue, enracinée, lucide qu’en tant qu’hommes qui se cherchent, ils ne se « trouveront » nulle part, et que, par conséquent, ils peuvent se « trouver », en quelque sorte, partout.

La poésie mauricienne, comme on vient de l’entrevoir, s’avère être une poésie fortement attachée au lyrisme. Très diversifiée,capable de s’enrichir de tous les courants, de toutes les influences littéraires ou ethniques, elle sait aussi parfaitement se faire le reflet du pays, des obsessions propres à Maurice, de l’histoire propre à la petite île. En deux siècles, elle a su passer de la dépendance purement coloniale envers la culture française à une stature spécifiquement mauricienne, à un état « adulte».

Nous allons maintenant passer en revue ses principaux thèmes.

Le goût de la nature, pour commencer, s’y révèle profond. Il s’exprime par de nombreuses évocations de la végétation, de la mer, de l’enchantement que procure la contemplation des paysages. La nature est souvent perçue par le poète lyrique mauricien comme un refuge, ou un médium, au sens spirituel du terme (on le voit chez Hart).

A l’instar de leurs homologues romanciers, les poètes mauriciens sont marqués par la spécificité de leur condition insulaire. Maurice étant une très petite île, très densément peuplée, les auteurs la perçoivent, la vivent fréquemment comme une île-prison qui les enferme, voire les étouffe, les rend plus ou moins claustrophobes. Au surplus, la vie sociale propre à cette île, nous l’avons vu, est extrêmement cloisonnée socialement et ethniquement, ce qui est douloureux à vivre, notamment pour cet être sensible, épris de liberté, d’authenticité qu’est le poète. Ce type de société engendre forcément la difficulté d’être, d’assumer la multiplicité, le fouillis des identités, de supporter les tensions sociales et ethniques inévitables, les préjugés.

D’où un corollaire, qui apparaît de manière récurrente chez les auteurs mauriciens : la fuite, que ce soit, comme nous venons de le voir, dans les bras enchanteurs et accueillants de la nature tropicale ou, encore, dans l’effusion mystique, le rêve porté aux limites du doux délire (comme dans le cas de la Lémurie, ou des inspirations prophétiques et apocalyptiques de maints poètes mauriciens), la quête inquiète des origines, mais aussi, de manière encore plus radicale, le voyage, l’exil (c’est ainsi que Maurice nous offre de façon extrêmement fréquente la figure de l’écrivain bourlingueur et cosmopolite).

On pourrait, sans trop s’avancer, affirmer que le mauricien, être doté d’une identité fondamentalement problématique, instable, complexe, est, de ce fait, presque naturellement porté à la poésie, qui est, en soi, la recherche d’un ailleurs, la création de mondes nouveaux, le triomphe de l’imaginaire sur les pesanteurs et les souffrances du réel.

Peut-être y a t-il lieu, ici, de s’arrêter plus particulièrement sur le mythe de la Lémurie, qui marqua les plus grands poètes que compta l’île (Hart, de Chazal, Prosper). Il s’agit d’une rêverie spécifiquement « indianocéaniste », pour employer le terme forgé par le spécialiste des littératures francophones de l’Océan Indien qu’est Camille de Rauville :la mythologie intellectuelle et littéraire de la Lémurie fut forgée par le réunionnais Jules Hermann vers le début du XXème siècle. Elle postule, de manière complètement fantaisiste, l’existence d’une sorte d’Atlantide préhistorique englobant originellement toutes les îles de l’Océan Indien et ayant donné naissance à une race fabuleuse de géants sculpteurs, appelés Lémuriens, dont les poètes se proclament les descendants. L’adhésion a cette fantasmagorie teintée de connotations occultistes témoigne de manière assez touchante tout à la fois du goût prononcé du merveilleux qui imprègne l’âme de ces contrées et, là encore, de la quête d’une impossible autochtonie sur des territoires dont les habitants viennent tous d’ailleurs et de partout (et sont, donc, tous, des déracinés). Une fois de plus, nous butons ici sur ce qu’on pourrait appeler le malaise identitaire mauricien.

Car l’identité, nous y venons, ou plutôt, nous y revenons, encore et toujours, tient une place centrale dans la littérature mauricienne et donc, par la force des choses, à l’intérieur de cette poésie. Même si, déjà, les poètes d’origine franco-mauricienne que sont Hart et de Chazal,ainsi que nous venons de le voir, l’expriment à leur manière, nous la retrouvons, sous une toute autre forme, une forme aigue, revendicatrice, dans la poésie qui émerge à partir des années 50.

Il s’agit là d’une quête franchement ethnique, qui, cette fois émane d’auteurs descendants des groupes qui furent dominés, voire esclavagisés.

Ces poètes (Maunick, Renaud, Fanchette, Tsang Mang Kin,Juste, d’Avoine) évoquent, sans plus de détour la blessure de l’esclavage et la condition de l’afro-mauricien, ou encore le vécu métis, tout ensemble fait de mal-être et de sentiment de richesse, la quête des racines asiatiques indiennes ou chinoises.

Le courant international de la négritude est, bien sûr, passé par là. Cependant la négritude mauricienne revêt, semble-t-il, un aspect particulier :fidèle au vécu spécifiquement mauricien de fort métissage et d’influences asiatiques puissantes, elle garde en général un ton plutôt mesuré, nuancé qui atteint rarement la violence libératrice qu’on trouve, par exemple, chez un Aimé Césaire. Peut-être est-ce question de tempérament, les afro-mauriciens étant d’origine essentiellement malgache plutôt qu’africaine stricto sensu et ayant, au surplus, été radicalement déculturés par leurs anciens « maîtres ».

Certains écrivains mauriciens, tels Hart, Chazal, Wachill ou Tsang Mang Kin, témoignent de la grande importance que revêt pour eux la recherche de l’absolu. Cette recherche les conduit naturellement vers une forme de méditation philosophique, souvent portée par les influences asiatiques qu’ils subissent.

Avant de conclure, il m’apparaît indispensable de donner, de façon moins abstraite, plus vivante, et à titre d’illustration de tout mon propos précédent, un aperçu de l’œuvre de quelques auteurs majeurs de la poésie mauricienne. Parmi ces auteurs de premier plan ,je citerai tout d’abord-à tout seigneur, tout honneur- ce véritable géant qu’est Robert-Edward Hart.

Hart est un poète novateur, qui s’affranchit du vers classique et n’hésite pas même, dans certains cas, à flirter avec le surréalisme. Il célèbre la permanence de l’enfance à l’intérieur de l’homme, la communion extatique avec l’exubérance de la nature mauricienne, laquelle se trouve chez lui associée à l’origine du monde et aux forces cosmiques primordiales. A côté de ça, sa quête spirituelle le tourne aussi fortement vers la pensée hindoue, qui le fascine (comme en témoigne « poèmes védiques », publié en 1941) ; Il est le premier grand chantre de la mosaïque culturelle mauricienne. C’est un poète qui aime Maurice de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses tripes.


A suivre...

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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 13:26

Comme en poésie vous souhaite ses meilleures espérances pour l’annus Horribilis qui se profile.

Et quand l’annus est horribilis il faut mettre un préservatif : la poésie.

Comme en poésie la revue qui vous préservera de la connerie ambiante et de la morosité publique et mondialisée.

 

 

 

Une revue et deux livres qui devraient vous aider à passer le cap.

Abonnement 12€ le numéro 3€

L’animal poétique 9€

Zébane Fanfreluche 18€ avec 33 croquis de Flam.

 

 
Lire Jean-Pierre Lesieur.
Le Mangeur de Lune 12€
L'O.S des lettres 6€
Manuel de survie pour un adulte inadapté 12€
Infarct 6€
Avis de parution : L'animal poétique et ses munitions 9€ chez Gros textes ou à comme en poésie;
 
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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 12:59

samedi 27 décembre 2008 par Patrice LOUAISEL

Le système hindou des castes est particulièrement difficile à comprendre pour les Occidentaux. On a cherché au système des castes des causes historiques, des justifications ethniques, des explications professionnelles et corporatives, des sanctions religieuses…Et certes dans tout cela, il y a un peu de vrai. De plus, Les hindous-qui y sont profondément attachés-sentent chez nous une hostilité encore plus grande que notre ignorance ce qui ne les encourage pas à nous en parler librement.

Dans son principe, le système indien des castes correspond à une division de la société en 4 castes :

1) les BRAHMANES chargés du devoir religieux, de la conservation et de la transmission des textes sacrés, de la culture de la science et de l’enseignement en général.

2) Les KSHATRIYAS chargés de défendre le droit et de protéger les faibles, auxquels

incombe l’emploi de la force quand c’est nécessaire. On y trouve les militaires mais aussi les souverains.

3) Les VAISHYAS, commerçants, agriculteurs, banquiers, tout ce qui concerne l’économie et l’argent

4) Les SHUDRAS, serviteurs, travailleurs agricoles et artisans

Aux 3 castes supérieures-interdépendantes- on remet entre 8 et 12 ans le cordon sacré.

Au dessus de ces 4 castes, ceux qui ont embrassé la vie monastique : les sannyasi ou renonçants. Au dessous ceux qui n’ont pas été jugés dignes d’en faire partie : les parias-ou dalits- ou intouchables, exclus de leur caste pour s’être mélangés ou mariés avec une caste inférieure ou encore les mlecchas, les étrangers.

A chacune de ces castes ses devoirs propres : ainsi les brahmanes doivent manifester vérité, charité et pardon, bonne conduite, bienveillance et compassion tout particulièrement..

On est donc pas seulement brahmane de naissance mais parce qu’on est doté des qualités correspondantes. C’est ainsi que le Swami Vivekananda considérait les Européens comme kshatryas, et les Américains comme Vaishyas.

Toutefois, chez le BRAHMANE persiste aujourd’hui un grand orgueil de caste, une perpétuelle préoccupation de pureté, de non-souillure notamment dans les contacts corporels et l’alimentation. Les exigences de la vie ont pu obligé certains brahmanes à se lancer dans le commerce ou les affaires ou comme ouvriers agricoles dans les zones montagneuses. Ceci dit ils ont l’exclusivité de la prêtrise et de l’enseignement.

Le KSHATRIYA doit sans cesse lutter pour l’honneur. Il ne peut manquer à sa parole et n’a le droit de refuser aucun défi.. Il doit acquérir des richesses qu’il doit redistribuer avec libéralité. Il doit faire régner partout la justice.

Le VAISHYA doit accroître et gérer la richesse matérielle. Lui incombe l’Agriculture, l’Industrie, le Commerce, la Banque et la Charité.

Le SHUDRA a pour devoir de servir. Travailleur agricole ou artisan. C’est de cette caste que sont issus une bonne partie de nos engagés indiens réunionnais.. Ils constituent la majorité de la population indienne. Ils sont autorisés à manger certaines espèces de viande : mouton, chèvre, volailles. Ils ne doivent pas apprendre les Védas, mais seulement étudier les Puranas.

Le nom de famille est souvent révélateur de la caste tout comme la façon de s’habiller et les marques faites sur le corps. On devient paria ou intouchable pour s’être mélangé ou pire marié avec quelqu’un d’une autre caste et cette déchéance est transmise à tous les descendants.

Les INTOUCHABLES jouissent d’une bien plus grande liberté que les autres castes : ils peuvent manger de la viande, boire de l’alcool, ne pas se laver et aucune occupation ne leur est interdite. Pour ces raisons, par crainte d’un contact impur, le paria n’est pas autorisé à puiser de l’eau aux mêmes sources et puits que les hindous de caste, ne sont pas reçus chez eux, n’ont ils pas accès à la plupart des temples ni à leurs écoles. Ils ne se plaignent toutefois pas de leur sort car ils considèrent dans leur optique philosophique de « réincarnation » qu’ils ont mérité cette naissance de par leur attitude et de leurs efforts dans leurs vies antérieures. De leurs actions dans leur vie actuelle dépendra leur prochaine incarnation.

Restent les MECCHAS, les étrangers et autres touristes mais aussi les tribus animistes de la forêt.

Les membres d’une même caste ont très souvent des professions proches : ainsi y a t’il des sous-castes de tisserands, de pêcheurs, de blanchisseurs et même de ramasseurs de noix de coco … Les castes ont plus une hiérarchie de devoirs à mettre en œuvre que de pouvoirs, droits et prérogatives. Ainsi est-on soumis à des règles d’autant plus strictes que l’on appartient à une caste plus haute.

Si un fils épouse une femme de condition inférieure, il perd sa caste mais si un père marie sa fille à un gendre de caste inférieure toute sa famille est rejeté de la caste. L’Hindou qui commet une infraction grave aux lois de sa caste est mis en jugement par une sorte de conseil des anciens qui peut le condamner à une amende, à une expiation voire à l’expulsion dans le pire des cas tel que se convertir à une autre religion, se marier hors de sa caste, épouser une veuve, jeter son cordon sacré, manger de la viande de porc ou de vache, commettre un inceste ou quitter la terre sacrée de l’Inde.

Ainsi l’arrivisme social ce fléau de l’Occident ne peut il exister en Inde. Un homme qui s’est enrichi ou distingué ne peut déserter sa famille et ses compagnons pour se faire admettre dans un milieu social différent. Il est irrémédiablement solidaire avec le groupe dans lequel il est né et ne peut en sortir que par la déchéance ou…lors d’une vie ultérieure. L’ambition sociale est débarrassée de son égoïsme, l’homme contribuant à élever le niveau social, culturel et financier de toute sa caste. De nombreux Sages se sont manifesté pour son maintien. Ainsi GANDHI : « le système des castes est inhérent à la nature humaine et l’Hindouisme en a seulement fait une Science. Il s’agit d’une saine répartition du travail d’après la naissance. Toutefois, la conception actuelle des castes est une perversion de l’original ». Cet attachement de l’Hindou- voire sa fierté d’appartenir à telle ou telle caste, même s’il est conscient qu’il faille en corriger les abus, doit inciter l’Occidental à une certaine circonspection voire même à un certain respect car dans notre Occident, il n’ y a guère d’institution sociale qui ait résisté à l’épreuve du temps avec autant de succès.

Je laisserai pour terminer la parole à l’abbé DUBOIS : « La division en castes est le chef d’œuvre de la législation indienne. Si les peuples de l’Inde ne sont jamais tombé dans un état de barbarie comme la plupart des autres nations et qu’elle a ainsi pu conserver et perfectionner : Arts, Sciences et Civilisation, c’est à la répartition en caste de sa population qu’elle le doit. »

Patrice LOUAISEL
« Groupe d’Etude et de Recherche sur l’Histoire, les Religions et Traditions De la Réunion »
contact : patrice.louaisel@orange.fr


Source :  site montray kreyol
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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 12:17

Le mot, dans sa toute première fonction, désigne. Il facilite, accélère la transmission de l'information. Mais, dans le même temps, il instaure une distanciation d'avec les choses.

Wittgenstein écrivait : "un mot n'a pas un sens qui lui soit donné pour ainsi dire par une puissance indépendante de nous, de sorte qu'il pourrait ainsi y avoir une sorte de recherche scientifique sur ce que le mot veut réellement dire. Un mot a le sens que quelqu'un lui a donné.". Le scientifique Etienne Klein ajoute : " Ainsi, il faut reconnaitre que le sens d'un mot n'est rien d'autre que les façons qu'on a de s'en servir, sans qu'on soit sûr qu'il y ait quelque chose derrière".

Au départ, bien sûr, il y a quelque chose derrière : l'objet, l'objet concret désigné par le mot. Mais le mot, une fois créé, s'"envole", prend son autonomie. Non seulement il passe de la désignation d'objets et de rapports très simples entre les objets (dans le protolangage du tout jeune enfant, par exemple) à celle, plus élaborée, de ce qu'on appelle des "concepts" (et là, le langage se complexifie) mais encore l'imagination humaine s'en empare, pour créer sa dimension métaphorique.

La métaphore est une démarche fondamentale de l'esprit humain, qui consite à se "rassurer" face au nouveau, à l'inconnu, face à la découverte, toujours un peu déstabilisante, d'une réalité inédite.

Dans cette démarche, tout se passe un peu comme si on forgeait un pont entre la réalité déjà connue, désignée par les mots qui y correspondent selon la convention culturelle, et la réalité nouvelle, celle qu'on est en train de découvrir. Un exemple ? La "mère-patrie". Le concept de mère, point n'est besoin de s'attarder là dessus, est un concept humain basique, qui s'élabore au cours de la toute petite enfance. Celui de patrie s'installe dans les esprits beaucoup plus tard.

La "mère-patrie", c'est le rattachement de la patrie à la mère. C'est une élaboration du concept de "patrie" sur le mode affectif. Une sorte d'immersion d'une abstraction (d'un acquis tardif imposé par la culture, qui ne va pas de soi et qui, au départ, est difficile à intégrer) dans l'affectivité tripale.

La métaphore, on le voit au travers de cet exemple, a un caractère profondément affectif. Or on sait maintenant de façon sûre, à la lumière des plus récentes recherches neuro-scientifiques, que l'affectivité est indissociable de la pensée humaine.

Les scientifiques éprouvent un certain malaise à l'égard du mot. Il s'en défient, car leur propos est de décrire le réel tel qu'il est. Or, le mot constitue un "brouillage" culturel et affectif. Une sorte d'obstacle à cette appréhension détachée et culturellement universelle de la réalité "en soi" que la science (qu'elle soit "pure" ou humaine) ou même la philosophie se proposent de rechercher.

Les mots participent du "pour soi" de la condition humaine. Les métaphores y participent de manière encore plus patente.

Il est fascinant de penser que la mathématique et les techniques de la physique et de la biologie ont permis de lever le voile sur certaines questions tenant aux origines mêmes de la vie (par exemple, le code génétique) et du cosmos, cet infiniment grand qui nous environne (big-bang, couplage espace-temps, couplage matière-énergie, expansion de l'univers, particules élémentaires, entre autre).

Cependant le XXème siècle, héritier conquérant du scientisme qui, au XIXème siècle, s'imaginait que tout était scientifiquement connaissable et explicable, dans le droit fil, du reste, de la tradition des Lumières et de sa confiance un peu aveugle en la sacro-sainte Raison, a vu, contre toute attente, mesure et équations buter contre leurs propres limites, avec la mécanique quantique (et son troublant constat d'incertitude quant à la mesurabilité des phénomènes propres à l'infiniment petit, lequel fonde le monde de la matière, l'infiniment grand et nous-mêmes) et le théorème d'incomplétude de Kurt Gödel qui, lui, cernait les limites mêmes de la mathématique, en tant que système.

La mathématique, on le sait maintenant, peine à décrire la complexité (même si, bien sûr, elle s'y essaie).

Or la Vie est, déjà, un phénomène infiniment complexe. Alors, que dire du cerveau humain et de sa production : la pensée ?

Ce que la science, à présent, tente, paradoxalement, de nous dire, c'est que nous sommes prisonniers de nos limites (tant sensorielles que cognitives).

En ce sens, on peut dire qu'elle rejoint la tradition philosophique de l'ancienne Inde, qui donna lieu à l'hindouisme moderne et au bouddhisme. Comme le dit la philosophe des sciences Isabelle Stengers, les réponses qu'on obtient dépendent toujours des questions que l'on pose.

Les questions que la science elle-même pose sont liées à une réalité humaine autant biologique, sensitive que de nature culturelle, historique.

Est-on sûr que ces questions -et leurs réponses- sont si différentes de celles que produisent les mythes, la littérature, la poésie ?
Il serait temps, me semble-t-il, que la science se montre un peu moins hautaine, un peu moins attachée à la "supériorité" qu'est censée lui apporter son détachement des "phénomènes d'ordre subjectif et affectif".

Certes, pour connaitre, il faut être en recul par rapport au ressenti.

Mais le langage n'est-il pas l'origine même de la démarche connaissante ?

 

 

Patricia Laranco.

in revue « Le Trait d’Union Littéraire », Janvier 2007
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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 10:26
Chers amis,

Pendant que nous sommes témoins de l’horrible massacre se déroulant en ce moment à Gaza, atterrés par la façon avec laquelle la crise s’aggrave hors de tout contrôle, une seule chose semble claire : cette escalade de violence n’apportera que des souffrances supplémentaires aux civils.

Une solution alternative doit être envisagée afin de résoudre cette crise continue. Plus de 370 personnes sont mortes et des centaines sont blessées. Les tirs de roquette secouent Ashdod, au coeur d’Israël, pour la première fois, tandis que les zones frontalières se mobilisent en vue d’une invasion. À présent, une réponse internationale s’est fait entendre. Or, des actions fermes de la communauté internationale, et non des déclarations, seront nécessaires pour arrêter la violence immédiatement et faire régner la paix.

Aujourd’hui, nous lançons une campagne urgente qui parviendra au Conseil de sécurité de l’ONU et à des pouvoirs-clés mondiaux, les appelant à agir pour assurer un cessez-le-feu immédiat, à freiner la crise humanitaire grandissante et à poser des gestes concrets dans la construction d’une paix réelle et durable. Suivez ce lien dès maintenant pour signer la pétition urgente et pour l’envoyer à tous ceux que vous connaissez :

http://www.avaaz.org/fr/gaza_time_for_peace/97.php?cl_tf_sign=1

Après plus de huit années de diplomatie américaine et mondiale inefficaces, et en ce jour le plus sanglant dans l’histoire récente de Gaza, nous devons lancer un cri d’alarme global demandant aux dirigeants mondiaux d’aller au-delà des déclarations s’ils veulent construire la paix dans cette région. L’ONU, l’Union européenne, la Ligue arabe et les États-Unis doivent désormais agir de concert pour assurer un cessez-le-feu. Ceci inclut la fin des attaques à la roquette vers Israël et l’ouverture des postes de contrôle aux combustibles, à la nourriture, aux médicaments et aux autres livraisons d’aide humanitaire.

Avec le nouveau président américain, qui prendra le pouvoir dans moins d’un mois, une opportunité réelle existe désormais pour insuffler une nouvelle ardeur aux efforts de paix. Ces hostilités nécessitent non seulement un cessez-le-feu immédiat, mais également un engagement d’Obama et des autres dirigeants mondiaux pour qu’une résolution du conflit israélo-palestinien soit prioritaire à l’ordre du jour. Tandis que le monde entier ressent l’impact de ce conflit interminable, nous ne pouvons demander moins.

En 2006 nous nous sommes mobilisés pour un cessez-le-feu au Liban. Nous travaillons depuis des années à encourager une paix juste et durable, diffusant nos messages sur les panneaux et les ondes d’Israël et de la Palestine. Maintenant que nous sommes aux portes de 2009, nous devons une fois de plus nous unir afin de demander une résolution durable du conflit. Veuillez suivre le lien suivant et signez au nom de la paix :

http://www.avaaz.org/fr/gaza_time_for_peace/97.php?cl_tf_sign=1

Tous les participants au conflit continueront à agir comme ils l’ont fait par le passé s’ils croient que le monde les laissera faire sans intervenir. En 2009, faisons en sorte que cette situation change. Devant la crise, il est temps de profiter du renouveau que la nouvelle année amène pour demander un cessez-le-feu et de travailler ensemble pour mettre un terme au cycle de la violence.

Avec espoir et détermination,

Brett, Ricken, Alice, Ben, Pascal, Paul, Graziela, Paula, Luis, Iain et toute l’équipe d’Avaaz.

Des actions supplémentaires pourraient inclure : une résolution formelle du Conseil de sécurité, plutôt que la diffusion d’un communiqué de presse, comme cela avait été fait le 28 décembre 2008 ; des pressions privées et publiques internationales explicites sur les deux parties pour mettre un terme aux hostilités, comprenant des conditions claires sur la reprise des négociations (voir également le document ci-joint, en version anglaise seulement : http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1230456497503& pagename=JPost/JPArticle/ShowFull); une surveillance internationale efficace de la frontière à Rafah ; et au moment opportun, une résolution détaillée du Conseil de sécurité établissant les conditions d’une paix permanente entre Israël et la Palestine dans le cadre légal international.

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