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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 10:55
ma mémoire est fragile, elle ne retient que peu de choses, sans doute
l'essentiel, la naissance des enfants, la rupture des sens ou les
visages de la mort, elle est fragile et elle me permet de vite
oublier, trop vite, est-ce une grâce qui m'épargne la souffrance ou
une inconscience car je ne suis le dépositaire d'aucune sagesse, je ne
le sais, ma mémoire est fragile mais elle est emplie de toutes tes
instances, je me souviens de tout, de tes vêtements, la nuance des
couleurs, de tes paroles, les plus infimes, de ton rire, qui cingle
comme l'éclair, de tes ténèbres, quand tu sombres dans la réflexion ou
est-ce la tristesse, je ne le sais, je me souviens de tout et même des
inflexions de l'ombre sur ta peau et c'est comme regarder un film que
je vénère, dont je ne me lasse pas, je revois tout, les moindres
détails, avec une intensité qui se décuple au fil des mois, des années
sauf que je n'arrive pas au sens de ces images, il y a le sens
immédiat, accessible, qui me renvoie à ce que tu parais être puis le
sens profond, caché, je ne sais ce que tu es et, surtout, ce que je
suis pour toi et ainsi je vagabonde dans cette demeure fracturée,
multiplicité de l'être, ici, automate inscrit dans le rituel du
quotidien et là spectre qui observe la mémoire parfaite de ton corps,
se déploient ainsi, en moi, à un rythme insensé, toutes tes
métamorphoses, je te cherche, me cherche dans les dédales de ma
mémoire, revisite, constamment, tous tes lieux, comme un fou ou un
exilé qui s'acharne à la possession d'un mirage.


umar
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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 10:47

Deux moments de poésie, musique & chanson

- Samedi 6 décembre

Sur une proposition d'Alexandre Rivault et Fernando Vacas, avec le soutien de la ville de Cordoue (Espagne), la Galerie Paule Friedland et Alexandre Rivault et Univer présentent

Dans le cadre du Festival MIGRATIONS
(Programme complet sur www.myfavoriteartgalleryinparis.com)

Adresse : Univer, 6, Cité de l'Ameublement, 75011 Paris (métro Faidherbe-Chaligny).

Rencontres poétiques Paris-Cordoue à 15 heures :
Antoine Dufeu / Rafael Espejo / Leonidas Montoto / Matthias Vincenot.

Interventions musicales à partir de 17 heures :
Amandine Casadamont / Raphaël Elig / Laure Milena

Entrée libre.

Egalement : exposition du 4 au 20 décembre.



- Dimanche 7 décembre

Dans le cadre du Festival "Culture & Hopital" , deux spectacles.
Espace Bellan
64, rue du Rocher Paris 8ème (M° Europe) Renseignements : 01 82 09 37 68

A 16 h 30 : concert de Véronique Besançon Trio (www.myspace.com/veroniquebesancontrio

A 17 h 30 "Désirs voyageurs"
Jean Lapierre chante, Matthias Vincenot dit, avec René Irra (guitare)

Prix d'entrée commun aux deux spectacles : 7 Euros (tarif réduit : 5 Euros)

DESIRS VOYAGEURS
Jean Lapierre
chante,
Matthias Vincenot dit…
Avec René Irra (guitare).

Désirs de voyages et voyages du désir, les routes de Jean Lapierre et Matthias Vincenot se croisent. Entre chanson, poésie et musique (avec René Irra), ce récital les réunit.

Jean Lapierre
Une voix qui vient de loin,
Eprouvée par la nuit, l'exil et les voyages intérieurs…
Avec ses chansons originales, écrites et composées par lui-même, tournées vers le public qui participe, chante, reprend les refrains et devient complice de l'interprète, Jean Lapierre vous emmène sur les routes du voyage, animant la salle au gré de son univers…
« Atmosphère festive, très chaleureuse…L'artiste a réussi à créer des liens tout particuliers avec le public… Les textes de Jean Lapierre, tout comme sa voix chaude, ont soulevé des vagues d'applaudissements… " (La presse roumaine)

Matthias Vincenot.
Jeune poète, Matthias Vincenot ne se contente pas de publier des recueils. Il vient vers le public pour sortir ses mots de la page blanche et les fait vivre…
Son écriture, "sûre et directe, d'une originalité foncière" (Patrice Delbourg et Jean-Luc Maxence, L'année poétique 2007, Seghers) traite de "ce qui fut, ce qui doit être et ce qui est", parle de rencontre et de désir, amène sur les chemins de "la discordance des temps"…
Présent dans de nombreuses anthologies, membre de l’Académie Charles-Cros, il organise également des soirées de poésie & chanson en Sorbonne, et a créé le Festival « DécOUVRIR de Concèze, dont il est le directeur artistique…
(La discordance des temps, à paraître prochainement aux éditions Le Temps des Cerises)

René Irra, qui a partagé la scène avec quelques-uns des plus importants groupes de rock et ska du Mexique, glisse ses cordes de guitare le long de la voix de Matthias Vincenot…

Contact Presse pour "Désirs voyageurs" : 06 23 35 10 13
www.jeanlapierre.com
www.matthiasvincenot.net

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 18:10
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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 18:03
présente :  Couleur Saphir N° 123

Conférence-débats animée par Françoise Dumas-Champion, à l'occasion de la
sortie de son livre :

Le mariage des cultures
à l'île de la Réunion
Éditions Karthala

Vendredi 5 décembre 2008 à 19 h
Association Réunionnaise Communication et Culture
162 bis rue Pelleport 75020 Paris
Métro Télégraphe - Ligne 11 / Bus ligne 60 - arrêt Borrego
La rencontre sera suivie d'un cocktail


Comment la population « mélangée » des plantations pense-t-elle ses
origines plurielles ? Pourquoi des consanguins de même père même mère se
donnent-ils chacun une identité ethnique différente ? Bien que tous
honorent les ancêtres de leur famille dans la religion de leur pays
d’origine, l‘aîné se déclare malgas, le puîné se considère malbar en tant
que pratiquant hindou, son frère qui privilégie ses origines africaine se
dit kaf, sa sœur qui se veut exclusivement catholique se sent kréol,
tandis que le benjamin se définit comme batar parce qu’il revendique
toutes ses origines.
Marquée par des héritages multiples, dans quels contextes, par quels
processus d’élaboration le « mariage des cultures » a-t-il eu lieu à La
Réunion ? Selon l’hypothèse de l’auteur, la pratique d’un culte des
ancêtres, conforme aux valeurs fondamentales des Malgaches et des Bantous,
qui a perduré après l’arrivée massive des Hindous, a contribué à
l’édification d’une pensée religieuse unifiée tout en laissant cohabiter
les univers culturels et religieux de chacun.
Cette situation paradoxale, analysée de l’intérieur, s’éclaire à partir
des phénomènes de possession présents dans les rituels qui révèlent la
suprématie des ancêtres sur l’ordre social et la vie de chacun. La «
religion malgache », importée à La Réunion par les esclaves et les «
engagés », sert de toile de fond pour comprendre  les interactions avec
l’hindouisme originaire du sud de l’Inde et le catholicisme  imposé par la
colonisation.

Françoise Dumas-Champion est chargée de recherche au CNRS, membre du
Centre d’Etudes des mondes africains (UMR 8171). Avant d’engager des
recherches à La Réunion en octobre 1991, elle a travaillé pendant de
longues années au Tchad et au Cameroun chez les Masa et les Koma. Elle a
notamment publié «  les Masa du Tchad, bétail et société » à Cambridge
University Press,  les Editions de la Maison des Sciences de l’Homme et de
nombreux autres articles sur cette partie de l’Afrique.
                                                    Prix du livre 26 €
Entrée libre sur réservation
Courriel : arcc2@wanadoo.fr
Site : http://www.arcc.asso.fr



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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 18:11

 

L’ANDROGYNE

 

 

C’était un jour sans soleil, un de ces jours où l’humidité forme un miasme et rend l’atmosphère pesante. Les nuages ramassés sur eux-mêmes exhibaient la lourdeur de leur ventre menaçant d’exploser à tout moment. La vie du village de Mongoût, d’habitude vivace et ensoleillée, s’était feutrée et rares étaient les bruits qui traversaient cette ouate. Les muscles ventraux de ma mère décidèrent de m’expulser ce jour-là. Allongée sur la natte, gémissant ses douleurs, elle s’était retenue pendant que ma grand-mère, agrippée à sa canne artisanale, s’était dépêchée de quérir la vieille assurant les bons offices de sage-femme. Celle-ci était aux côtés de la femme en travail depuis à peine un quart d’heure que le tonnerre roula la colère des cieux, puis la foudre s’abattit sur le jacquier à quelques mètres du puits pour le pétrifier. Au même moment je naquis par les pieds. Il ne plut pas.

Au fur et à mesure que ma mère, les yeux embués par la sueur et les larmes, se libérait le ventre de mon poids, une expression horrifiée s’imprima sur les rides de l’accoucheuse. Elle lut sur mon corps gluant de liquide amniotique la marque indélébile de la malédiction. Elle n’en dit rien à celle qui mettait son quatrième enfant au monde. Une fois le nouveau-né lavé et langé, une fois les soins nécessaires donnés à l’accouchée, la vieille s’en alla rendre compte à ma grand’mère. Non seulement la manière dont j’étais arrivé n’est pas coutumière, mais il y avait en plus cette terrible infamie. Elles devisèrent longuement sur les possibles significations qu’elles accrochèrent aux faits simultanés de ma naissance par les pieds et du jacquier dorénavant dur comme pierre. La réponse semblait limpide. Je portais en moi le sceau de la malédiction, j’étais l’élément démoniaque par lequel surviendraient les jours noirs, j’étais celui qui ne distribuerait qu’afflictions. Ma grand’mère secoua tristement la tête, maudit en son for intérieur sa bru et réussit à obtenir le silence de la sage-femme jusqu’au retour du père de l’enfant.

 

 

Mon grand-père avait perdu la vie du côté de Montagne Jacquot dans les champs de cannes pendant la période de coupe. Il avait rendu son dernier soupir sous les pneus arrière d’un camion surchargé et avait, du même coup, envoyé sa femme rejoindre la longue cohorte de jeunes veuves qui trimaient pour la plantation. Depuis, ma grand’mère arborait fièrement les signes de son veuvage. Elle avait traversé la vie dans une attitude jugée digne, toujours de blanc vêtue et plus jamais de sindour[1] et de tika[2] rouge. Depuis, elle avait reporté toute son affection sur ses enfants et plus particulièrement sur son dernier fils, celui qui était appelé à réussir. Jamais elle n’avait osé imaginer que ce fils, le diamant de sa vie, irait aussi loin. Du vivant de son mari – Bhagwan[3] aie son âme – ils avaient profité d’une puja[4] où ils s’étaient rendus pour consulter le pandit[5]. Celui-ci, après avoir repéré dans son livret les positions et les influences des astres, avait lu de la chance dans les lignes de main de cet enfant. Elle avait alors pensé que plus tard il occuperait une fonction autre au sein de la plantation, peut-être à l’usine comme planton, ou mieux encore, comme aide technicien. Mais son étoile brillait bien plus fort et il ne s’échinait pas pour les messieurs de la concession. Il avait fait des études et travaillait pour le gouvernement depuis trois ans maintenant. Unique fonctionnaire du village, il était à l’abri du soleil et de la pluie dans un bureau. Il était celui à qui tout le village signifiait respect avec un arrière-goût d’envie, celui que les parents citaient à leurs enfants en exemple visible. Jamais il ne serait dans le besoin et, surtout, ses vieux jours étaient assurés. Il ne se salissait pas les mains à retourner la terre, et quand il s’habillait pour sortir, il était aussi beau qu’un acteur de cinéma ! Pas une seule fois elle n’avait mis les pieds dans une salle de cinéma – il aurait fallu aller à Port-Louis – mais elle imaginait les acteurs d’une beauté quasi mythique. La prunelle de ses yeux était pour le moment affectée dans un bureau à l’Est de l’île et ne serait de retour que le lendemain. Sa mère était certaine, il deviendrait encore plus. Maintenant, il y avait ça !

Elle ne cessait de ressasser dans sa tête les événements  entourant la naissance de cette chose, de ce monstre. Au départ de l’accoucheuse, elle avait ruminé d’affreuses pensées à l’égard de cette bru qu’elle n’avait jamais porté dans son cœur. C’était une fille qui venait de l’autre côté de l’île et qui avait des manières, mais elle avait été présentée comme un parti avantageux, une future héritière de terrain. L’autre bru, la femme de son avant-dernier, savait y faire, elle. Ne rechignant pas à la tâche, elle était de même condition et révérencieuse à souhait. L’unique problème était qu’elle n’arrivait pas à faire des enfants. Si seulement cette femelle, qui avait porté ce shaïtan[6] dans son ventre, n’avait pas endormi sa légitime méfiance en lui donnant trois petits-enfants – l’aîné, un fils - ! Maintenant elle ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre son béta[7] adoré. Ne rien dire aux voisins, ne rien entreprendre jusque là. S’appuyant sur sa canne, elle décida d’aller voir de loin la chose. Elle arrosa soigneusement le seuil d’un filet d’eau pour instaurer une barrière de protection entre elle et ces deux-là avant de risquer un coup d’œil. Et fut incapable d’adresser la moindre parole à la femme de son fils, cette donneuse de fesses – c’était sûr, elle avait dû forniquer avec un mauvais esprit – par qui la malédiction s’était frayée un chemin jusque dans la famille.

 

 

Elle ne vit pas grand chose de moi. Cependant je me rappelle avoir senti les ondes de sa haine m’envelopper. C’était un véritable étau de fer chauffé à blanc qui n’aspirait qu’à me coller à la peau, qu’à me griller le corps jusqu’à la moelle, qu’à faire disparaître mon être du fluide cosmique. Cela me laissa indifférent. Je n’éprouvais ni haine ni colère pour qui que ce fût. Les émotions tournaient autour de moi sans m’atteindre. Je n’avais besoin que de cette femme qui m’avait mis au monde parce qu’elle m’allaitait et m’aiderait à grandir. Seul vivre m’importait ; aussi je m’agglutinais à son téton généreux.

Le lieu dans lequel je venais d’arriver était comme de la poussière, un résidu grisâtre sans horizon. Il y avait au-delà d’ici, sans être pour autant éloigné, comme une sensation d’eau et de soleil, de verdure mélangée à de la pierre. Au-dedans il flottait dans l’air une odeur de purin et de fumier. Je percevais aussi, suspendus dans l’espace, des restes fétides de paroles dures, amères, des mots de reproche aux arêtes effilées, conçus et affûtés avec l’évidente intention de saigner l’âme. Etait tout autant palpable dans l’au-dehors immédiat cette montagne d’hostile répugnance. Et autour le silence d’une froidure à effriter des os solidement constitués. Mes yeux ne distinguaient pas encore les choses, je faisais seulement la différence entre ce qui émanait de la vie et ce qui ne restituait plus aucune énergie. Ici, tout ce qui vivait véhiculait une disharmonie dégénérescente. L’unique espace dénué d’animosité était ce corps contre lequel j’étais blotti, ce sein que je tétais jusqu’à l’endormissement.

 

 

Repu, j’avais plusieurs fois plongé dans le sommeil avant d’entendre une voix d’homme à l’extérieur. Des voix de femmes m’étaient déjà parvenues à maintes reprises, des voix où grelottaient interrogation et angoisse profonde, des voix basses auréolées de noirceur. Mais cette voix d’homme ne m’était pas inconnue pour l’avoir souvent entendue. C’était une voix dont les vibrations transpiraient l’arrogance. Elle était cette fois-ci gaie, joyeuse et disait avoir rêvé la veille que sa femme avait accouché. Un susurrement lui répondit et les pas s’éloignèrent jusqu’à l’isolement du silence.

 

 

Ma grand’mère vit arriver son fils avec un soulagement non feint. Elle le regarda remonter l’allée en souriant. Il disait savoir que sa femme avait accouché et demandait si c’était un fils. Sa mère lui fit signe de la rejoindre. Elle le conduisit auprès du puits, lui fit constater l’état du jacquier, lui raconta les faits entourant ma naissance et répéta ce que l’accoucheuse avait dit. Le visage de son fils se ferma et elle vit danser dans ses yeux une lueur de colère mêlée à de l’effroi. Comment était-ce possible ? Comment avait-il pu être trompé à ce point ? Et surtout, que faire pour éviter la honte, ne pas avoir à baisser la tête ? Ils discutèrent longuement tous les deux, bientôt tous les trois car rejoints par la bru et belle-sœur stérile. Ce fut là à quelques pas du puits que nul n’osait approcher depuis la veille que se joua mon destin. La honte, la colère et l’honneur furent la table de jeu et les mots, les dés. Quand la décision fut prise, chacun s’en alla de son côté. La grand’mère, accrochée à sa canne, se rendit chez celle qui avait accouché toutes les jeunes femmes du village, son fils partit se promener dans la nature et la bru corvéable réintégra sa cuisine.

 

 

*

 

 

Je sais. Je sais et je sens. Au dehors le soleil est en train de décliner. Dans moins de deux heures, il fera brutalement nuit. Ce qui hier était montagne d’hostilité est maintenant une chaîne montagneuse qu’il ne me sera pas permis de franchir. Je sais que le silence n’est plus seulement isolement. Au-delà du seuil, il y a de la haine partagée, tant de dégoût mis en commun pour ce nouveau-né honni qui jamais ne recevra de nom. Au-dehors le ciel est d’un bleu lumineux et dans la pénombre de cette chambre, un froid s’est posé sur mon visage comme un mouchoir d’eau, un masque d’épines. Une fois de plus, ma venue sur terre n’aura duré que quelques jours, une fois de plus l’humain m’aura généreusement donné de sa petitesse d’amour. Pourtant, le cœur de l’homme peut dévoiler d’autres paysages, cela aussi je le sais depuis toujours.

Ce soleil que jamais je ne sentirai courir sur ma peau, je le donne volontiers à cette vieille veuve, à cette grand’mère. Puisse-t-il faire s’évaporer la frilosité qui habillera son corps décharné et son regard éteint. Je veux que, dans ses derniers jours, elle voie s’ouvrir un chemin aux couleurs sereines. Je veux qu’à ce moment-là s’installe la paix en elle. A ce moment-là seulement, car avant elle aura toujours à la bouche l’acide du remords. Cela aussi, je le veux.

Que se vivifie le champ mort, que les terres utérines brûlées deviennent florissantes. A celle qui, face à sa conscience, plaidera complicité par ignorance, je prédis sept enfants. De sa vulve émergeront sept autres vulves ; et plus tard quand ses gendres lui réclameront un lopin de terre, son égoïsme souffrira de ne pas avoir fait de fils. Elle maudira son ventre et ne saura pas que par des voies détournées ses larmes me soulageront l’être.

A celui dont la voix est commandement, celui qui est si sûr de sa bonne étoile et de son ascension sociale, à ce père si prompt aux paroles dures, tellement fier de sa fierté, qui déjà porte le joug de la honte, ce poids qui toute sa vie durant lui écrasera les épaules, j’accorde délivrance. Je ne puis défaire et refaire sa vie car il a lui-même tissé les mailles du filet dans lequel il se balancera longtemps, se débattant en vain. Je saurai néanmoins l’accueillir avec des fleurs et de l’eau fraîche où flotteront quelques feuilles de toulsi[8], ce basilic des dieux, au moment où son fils aîné lui donnera le feu de la crémation. Ce n’est qu’alors qu’il saura que je portais en moi la véritable chance de son existence.

Celle qui m’a couvé dans son ventre et qui apaise ma faim bien qu’affaiblie par l’effort de la mise au monde et la privation de toute nourriture depuis, cette femme qui me nourrit aussi d’amour, je l’emmènerai vers un monde où la conscience n’est pas chair. J’enlèverai de son âme toutes ces échardes plantées avec dureté et la soignerai au miel.

 

Cette nuit un incendie éclairera le ciel du village de Mongoût. Je le sais. Demain les villageois se réuniront pour pleurer la femme et son bébé. Malgré leurs efforts, le destin ne leur permettra pas de les sauver. Personne ne saura que la femme a été assommée avant d’être aspergée de pétrole tout comme le nourrisson. Demain ni la grand’mère, ni le fonctionnaire, ni sa belle-sœur ne regretteront leur décision et leurs gestes. Cela sera pour plus tard. Et personne ne saura non plus que de la lignée de l’Ardhanarishvara[9], avec chaque parcelle de ma conscience, je me souviens de la beauté première de l’humain d’avant la scission. J’ai la mémoire de cette partie effacée de l’histoire humaine. En moi se conjuguent l’avant et l’après de l’homme d’aujourd’hui. Les dieux ont déposé quelque part en mon être une étincelle de leur sapience qui un jour se révèlera. Je suis de la race d’avant la chute et j’annonce celle qui peuplera le monde avant la fin des temps. Sont réunis en moi les principes mâle et femelle. Je suis l’étincelle que produit l’union des oppositions, le réceptacle qui annihile tous les contraires. Je suis l’Androgyne. 



[1] Mélange de terre colorée et de saindoux que portent sur la tête les femmes hindouistes mariées

[2] ornement à partir d’une pâte porté au front entre les yeux

[3] Dieu

[4] cérémonie religieuse

[5] prêtre hindouiste

[6] être démoniaque

[7] fils

[8] une variété de basilic utilisé uniquement dans les offrandes cultuelles

[9] nom du dieu Shiva sous sa forme androgyne

 

 

Vinod RUGHOONUNDUN

in revue "L'Autre", N° 3, Vol 7, 2006.

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 18:10

Avec tes mains ourdies d'ombre, cisèle mes fragments

afin d'en faire un bleu linceul trempé dans les séditions de la lumière.

 

 

 

 

 

 

 

j'aimerais, mon ange, t'emmener au bout de mon être, là où je gis,

dépouillé des apparences et offert à la pleine et ravageuse lumière de

la lucidité, j'aimerais t'y emmener, mon ange, pour que tu sombres tes

mains dans ces landes plus vastes que l'enfer et égrènes sur ma peau

déjà trop souillée les versets de l'absolution et du pardon.

 

 

 

 

 

 

 

 

DENUEMENT

 

j'aime bien, vois-tu, le dénuement, ces êtres qui ne soucient pas des
apparences, qui n'ont pas besoin de prétendre, de jouer, j'aime bien,
ainsi, parler à cette amie, elle est pauvre, accablée par de nombreux
problèmes, sa vie est dure, très dure mais elle est bonne et simple,
j'aime lui parler car elle me rappelle l'essentiel, elle m'apprend à
reconsidérer le monde, à revoir mes priorités, il n'y a certes aucune
gloire à la pauvreté, c'est un lieu misérable et il y a des pauvres,
après tout, qui sont des salauds mais elle est bonne et simple, elle
sait que l'essentiel tient à très peu de choses, qu'il faut apprendre
à se laisser aller, à se déposséder du monde, qu'il faut mépriser
l'argent même si on en a besoin et, vois-tu, mon ange, je suis en
quête de ce dénuement, je veux être simple et transparent, ne jamais
prétendre, être ce que je suis, désirer certes car on ne peut y
échapper mais désirer ce qui est utile, nécessaire, aimer certes, il
n'y a rien de plus beau n'est-ce pas mais sans jamais perdre de vue
que l'enjeu de l'amour est l'autre, ainsi rompre son corps à
l'offrande, je suis, vois-tu, en quête de ce dénuement mais il me
semble inaccessible, je suis bien trop épris de la surface, engoncé
dans cette chair visqueuse et je n'arrive pas à m'en libérer, je veux
donc être simple, dénué, ainsi renouer autrement avec les fascinations
de l'amour, avec toi, t'aimer parce que tu existes, parce que tu es,
t'aimer au-delà de l'obsession amoureuse, de l'amour qui passe, va,
t'aimer parce que tu es l'élue, captive des manifestations de
l'infini, t'aimer donc, dépouillé de tout, du désir de la réciprocité,
t'aimer dans le dénuement parce que tu es, parce que tu es et parce
que tu es.

Umar.



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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 18:30

 PREPARATION

 

 

 

 

 

 

 

avant de sauter

dans l'abîme

du vert de tes yeux

je me pose la question involontaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le bonheur

existe-t-il

serait-il

à la portée

de ma main ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DEBUT DE REVE

 

 

 

ce soir

j'aurais aimé

que tu sois là

que nous partions ensemble

à travers la nuit

pour découvrir

l'autre côté

du silence

 

 

 

 

Pedro VIANNA

in "Livre VIII, De l'autre côté du silence", Novembre 1976

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 13:42

Brinda MEHTA, Professeure d'Etude françaises au Département de Langues Modernes et Littérature de l'Université Mills College (Californie, Etats-Unis), vient d'écrire un ouvrage (en anglais) sur la spécificité de l'écriture féminine indo-caribéenne et la large méconnaissance dont elle est victime.

Ce livre s'intitule DIASPORIC (DIS)LOCATIONS : Indo-Carebbean women writers negociate the kala pani / Brinda Mehta - Kingston - Jamaica : University of West Indies. Press, 2004-IX,269S. ISBN 976-640-157-8 USS 30,00/£ 22,55.

Lire , à ce sujet, pour plus ample information, l'article sur le site consacré à toutes les cultures créoles  "Montray Kreyol" : http://www.montraykreyol.org/spip.php?article1700

Source : site web http://www.montraykreyol.org

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 13:07

Voici les conférences-débats qui vous seront proposées cette semaine par l'UPIM à la Salle du Conseil de la Mairie de Port-Louis :

- Le Jeudi 27 Novembre 2008 de 17 h 30 à 19 h 30, Dolize Sidambarompoullé parlera de SOCIOLOGIE avec le thème "Pauvreté et abandon scolaire à Maurice".

- Vendredi 28 Novembre 2008 de 17 h 30 à 19 h 30, Laurent Dubourg abordera le JOURNALISME avec "Le journaliste face aux pouvoirs : quelles sont les relations qui lient le journaliste aux représentants DES pouvoirs ?".

 

 

 

 

 

Les dates des conférences-débats peuvent être modifiées.

Veuillez confirmer les dates qui vous intéressent la veille de la conférence-débat au 208 76 60 ou au 208 76 80.

 

 

 

 

 

Université Populaire de l'Ile Maurice (UPIM)

c/o Scoop & Stratégie

32, rue Saint-Georges

Port-Louis

ILE MAURICE

Tél : (00.230) 208.76.60

email : upmaurice@gmail.com

Site web : http://upmaurice.wordpress.com

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 12:56
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  • : Le blog de Patrimages
  • : Ce blog s'intéresse à la poésie, à la littérature de l'Océan Indien, à la philosophie, aux sciences, à l'Homme et au sens de la vie.
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