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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 10:14
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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 10:12
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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 10:27

Matin d'automne,
je voudrais
fixer ta splendeur
fugitive
alors je convoque les mots
mais quel mot, quel tronçon de vers
peut traduire ce moment-là,
moment de grâce
calme et quiet ?

Matin d'automne,
il faut choisir
des mots simples, des mots
soyeux,
des mots à l'image de ta
sereine passion de vie,
des mots qui expriment le grain
miroitant de ta lumière
et ce silence duveteux,
feutré
dont la pente est si douce !
Il faut des mots,
de pauvres mots,
des mots lisses et incertains
qui s'essayent à rendre ce que
tu induis, dans l'âme et le corps
de bien-être et de songe lent,
de muette simplicité
qui coule et glisse toute seule.
Il faut que les mots fassent leurs
ton soleil de poudre irisée,
de sage platine ondoyant
qui s'accroche
dans les croisées
comme à un cintre
vêtement.

Matin d'automne, on dirait que
nous n'allons
plus jamais bouger,
que la course
s'arrête là,
dans cette apogée de bonheur
qu'on ne voudrait pas
dépasser.

Comment les mots parviendraient-
ils à s'emparer
de cela ?


Patricia Laranco.

 

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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 12:08

Né à Rio de Janeiro en 1948, économiste de formation, dès la fin de ses études secondaires Pedro Vianna est professeur de mathématiques dans les classes préparatoires, puis à l'Université du Brésil. Il mène de front activités professionnelles et artistiques. A Rio, il anime les séances de "A mao", groupe de jeunes poètes.
Chassé par la dictature militaire, il se réfugie au Chili de 1971 à 1973 et, à Santiago, crée et dirige le théâtre universitaire "Teseo", où il est metteur en scène et formateur d'acteurs
.
Réfugié en france après le coup d'état de Pinochet, il apprend le français et, depuis lors, écrit dans cette langue.
A ce jour, il a écrit 37 recueils de poèmes, dont certains ont été édités par l'auteur, tandis que de nombreux autres poèmes ont paru dans diverses publications et dans divers pays (Canada,  Finlande, France, Suède, Brésil, en édition bilingue).
Metteur en scène et comédien, avec Eric Mayleuc il monte également des spectacles poétiques dans lesquels il joue, souvent accompagné de musiciens. Il a écrit 14 pièces de théâtre (en portugais, espagnol et français) dont plusieurs ont été représentées au Chili, en Finlande, en France, en Italie et en Suède.
Parallèlement à l'écriture et à ses activités théâtrales, Pedro Vianna a joué un rôle important dans l'accueil, en France, des réfugiés de tous les horizons. Il poursuit son action pour la défense du droit d'asile et des autres droits humains au sein de quelques associations. Il est également juge à la Cour nationale du droit d'asile (anciennement, commission de recours des réfugiés), nommé par le Haut Comissariat des Nations Unies pour les Réfugiés et vice-président de l'Association Accueil des médecins et personnels de santé réfugiés en France (APSR).
Parfaitement trilingue (français, espagnol, portugais), il a traduit de nombreux poèmes, articles et textes divers.
Président de l'association artistique "Actes de présence", il est, avec E.Mayleuc, à l'origine de la création d' "Eclats de rêve", compagnie de production de spectacles vivants.
Actuellement rédacteur en chef de la revue "Migrations Société", Vianna a acquis la nationalité française en 1980.




                           
souvenir








                            d'un frisson








                                                                                transporté par le vent glacé







                              
vivifiant
                                                                                                         





 
                                     
coupant à souhait






ne pas construire de phrases
jeter sur la feuille
pêle mêle
les mots bruts apaisants
brisures de portes absentes
éparpillées à l'ombre des coupoles
fugitives histoires d'autrefois
perdues qui sait où qui sait quand
relues ailleurs ici

comprenne qui pourra
ou ne pourra pas




Prisonnier des combats impossibles 
Organisateur volontaire des hasards                                                
rgentiste pour les illusions en danger                          
R epriseur de rêves rongés par la ruse
Q uestionneur des avenirs tout tracés
U nificateur des raisons disparates
O tage de ses propres libérations
Il s'entêtait à tenter le bonheur sans trop savoir pourquoi


Pedro VIANNA
in "Livre XXXVII - Des jours sans gloire", 2004/2006

                                                                                       

                                                

                                                




                                                                                

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 17:24
J'ai eu l'occasion de rencontrer cet homme discret et attentif qu'est l'auteur malgache F - X. Mahah lors d'une animation poétique qui se tenait, un samedi après-midi, à la fameuse Brasserie Lipp, dans le cadre des activités du cercle littéraire Aliénor.
Nous avons eu, bien sûr, l'occasion de parler de notre point commun - nos origines océanindiennes - et, par la suite, monsieur Mahah tint la promesse qu'il m'avait faite : il m'adressa son dernier recueil de poésies, "Sang d'ombre - Mélange d'errance".
Le recueil n'est pas appuyé par n'importe qui, puisque le flamboyant et immense poète malgache Jacques Rabemananjara en a écrit la préface, tandis que Jacques Taurand, hélas voici assez peu de temps disparu, lui faisait écho en s'occupant de la postface.
Dans sa magnifique préface (bien digne de lui), le géant de la poésie malgache fait un parallèle entre son compatriote Mahah et Saint John Perse "tant est flagrante la similarité des poèmes de l'un et de l'autre, dans le ton et dans le rythme". Il souligne le côté modeste de l'auteur de l'ouvrage qu'il préface, de même que son goût très malgache du caché, du "halo de mystère".
L'ensemble du recueil est de tonalité élégiaque, plaintive, indéniablement empreinte de tristesse.
Il laisse entrevoir des échos qui évoquent les figures du poète mauricien Edouard Maunick ("j'habite mon exil"; "saignante errance / qui toujours me ramène vers toi / Ô mon île [...] là-bas au bord de la mer australe [...] île mienne"; "j'ai recherché une route sur les vagues de l'océan") ou celle d'un autre grand poète malgache aussi obnubilé par la mort, l'appel des morts, que lui, Joseph Rabearivelo.
Entre silence et parole, se déroule la complainte déchirée, mais plutôt douce, sourde, reflet fidèle de la mentalité malgache.
Comme le souligne Rabemananjara, ces poèmes, en général assez longs, s'ils célèbrent avec une sorte de délectation dans la douleur l'éternel et inévitable exil du voyageur "claustrophobe" avide de grand large, de fuite, d'escale (voilà, encore, un mot commun avec Maunick) et si manifestement marqué par l'"errance" qu'il en arrive à ne plus se sentir fixé que "là où/ Je suis présent", sont, à côté de cela, pleins de l'Ile Rouge, de son obssession de la proximité entre vivants et morts, de ses parfums à nuls autres pareils de "vanille, de sable et d'ylang-ylang" et de son sang qui est sang de terre, sang de vie, de fécondité, de "sacrifices de zébus".
Madagascar, c'est l'indéfectible lien à la femme-île-mère des Origines, à la sensualité des rizières et, surtout, à l'enfance, au passé, ce passé vers lequel l'âme malgache, de par son rapport tout à fait particulier aux défunts, aux Ancêtres, est tournée, pour ainsi dire naturellement.
Nulle autre terre, peut-être, que la terre malgache, n'est aussi fondamentalement, aussi absolument terre de RACINES, et le poète, au fond, est un "arbre" de "sylve bleue" des "hautes terres" : en tant que tel, il garde ses racines bien enfoncées dans le sol malgache.
Pour autant, sa condition d'exilé le place en parte à faux, et il en souffre. Elle le condamne à un décalage double : spatial et temporel.
Car Madagascar, au fil de la séparation, a changé. Un peu comme si elle désirait le punir de sa désertion. Un Malgache ne s'éloigne jamais impunément de cette terre obsédante, qui recèle le "cercle des ancêtres".
Alors, F - X Mahah, semblable en cela à beaucoup de poètes du monde noir, utilise l' "incantation" et l'apostrophe. Il interpelle le nouveau visage de son île, voué à "l'aridité des assiettes vides". Il déteste - et on le comprend - la voir telle qu'elle est devenue, en proie à une extrême misère qui le désigne désormais, lui,   automatiquement comme un  nanti venu de l'étranger, et il dénonce, il se laisse parfois aller à des imprécations (ainsi, dans les splendides et grinçants vers que nous trouvons à la page 24, et qui, disons-le au passage, apportent une illustration au propos que j'ai développé dans un autre article de ce blog (*) : "vous n'irez plus loin sur vos épaules pèseront / la fatigue et le désepoir de ceux qui grain par / grain plantent vos pains sous le soleil caniculaire / des rizières mordus aux bras aux jambes par mille / sangsues assoiffées de ceux qui n'ont jamais connu que / lundis affamés traînant leur grisaille tout au long / d'une semaine blafarde tandis que vous blasphémez / sur les week-ends trop courts.")
Tout, finalement autant que fatalement, conspire à rejeter le poète qu'il est vers les rives du rêve, de l' "aube", de la "lisière de la nuit".
Le poète, en définitive, n'a pour pays que celui du mystère, que l'etrange no man's land où, à vrai dire, on est à peine vivant (puisque "je ne sais pas vivre", et que "Ci-gît un poète qui a refusé d'être") et où nulle part et ailleurs se rencontrent , pour "s'enraciner dans l'air entre eau et orage".
L'inadéquation à la vie, au monde paraît être son lot, et il en résulte, chez l'auteur malgache, une vision sombre, où l'espoir n'a que peu de place. Au mieux, le refuge dans le "Faux sommeil faux réveil", dans la "Somnolente marginalité" "A la limite de l'existence et de la mort", au pire les affres de l'échec, de l'impuissance, du doute (ici, notre poète n'est pas sans faire penser au puissant poète bengali Lokhenath Bhattachariya, dont le "doute" traverse l'oeuvre).
"Exister en suspens", voilà, pour conclure, ce que se propose F - X. Mahah.
Parce qu'il est poète, et poète de haute poésie.
Et aussi, parce qu'il demeure profondément lié à son île, à cette île unique comme lui traversée par une déchirure .
Sa poésie forte mais également subtile, songeuse ravira ceux qui sont déjà familiers de la culture et de la mentalité malgaches et, aux autres, donnera, très certainement, envie de les mieux connaître.


P.Laranco

(*) voir l'article "Poète...et engagé ?"
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 13:31







AGREEMENT

Everything else apart from this, everything you love to fiddle
These breasts, this belly, with a slit-like wound in the middle
Where the germs have dug more intricate bends and turns
You may take all its pus and blood. The pain is what I've earned.


There are much more... the navel taken off at the middle of the 
                                                                                          [night
The nipples, public hair, the armpits where you planted your
                                                                                          [rights
The skin where your teeth and tongue embossed a blood-red
                                                                                            [seal
Please tally the balance, see how each stanza fts the bill...


Check it out whether there are any flaws left somewhere
Call on witnesses if you want, I will strip naked I swear
I wouldn't hide even the smallest nevus from your lust
You'll get everything you wish. But the rest that's lying on
                                                                                       [dust...


Picking that clean from my own body, mind and soul
Fiercely I guard 
                                     You can never ever have me as a whole...
                                                                      



OFFERING.

Not even a grain of salt, you only have your wish
Cook with your tears, girl, tears is also saltish
Make a full course of menu, a full course of suffering
Sour dream, sweet envy, oh please, don't miss a thing !
Keep it to the east,, to the south some lemon to taste
Keep wind to the north, a sleeping oven to the west
Now the ritual is done, shut all the doors and pray
The time has come, girl, today is the ultimate day...
Don't let him run away from these offerings you've made
Into the dish of God, girl, serve your own bloody head.



FULL MOON : AN UNTIMELY ONE.

Ever since that afternoon,
Even the pale moon look to be lost in a trance

She...who had stopped bleeding
From the eighth day of previous dark fortnight

At the corner of her mouth, traces of drug,
Or poison, still can be found


What made her think that inside her bloodstream
Still she could take such a chance

With a faint retching sound, the entire roof was
Flooded with vomit, moonlight

Warm milk filled her ancient breasts that
Aren't anymore that round


Mandakranta SEN



Significant indian poet from the new poetic generation of Bengal state, which has a famous old and great intellectual tradition (remember, for example, Rabindranath Tagore who got  the Nobel Award), Mandakranta Sen was born on 15 september 1972 at Tollygunge, near Kolkata.
She studied medicine in Nivatar Sirkar Medical College.
As a poet, she is regularly published since 1999, and she received many awards.
Her poems, written in bengali language, have been translated in hindi and in english (but not in French, and, unfortunately, I'm not enough able to master the english language for translating them correctly).
Mandakranta Sen's poetry is talking about existential fear and also about her angryness resulting from the inferior female condition.


* Please, forgive my bad and limited english.
Thank you.
(P.L)





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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 11:56




Un jour, le rouleau compresseur de la destruction se mit en marche, avec un énorme bruit de ferraille, de casseroles, de cacophonie qui nous écorchait les oreilles.
Le vrombissement montait de quelque part par là...De là où l'horizon se voilait la face derrière une chaîne de montagnes, à moins que ce ne fût une forêt (je ne m'en souviens plus). En tout cas cela nous fit à tous autant que nous étions un effet boeuf.
Le vrombissement montait, grossissait, grandissait.
Tous gestes suspendus, muscles tendus, aux aguets, nous l'écoutions gagner peu à peu en puissance.
Et croyez-moi, c'était vraiment impressionnant !
Rien n'était visible. Mais il s'était mis en branle. Il avançait en faisant vibrer l'air et le sol. En provenance de là-bas, de tout là-bas au fond. Au fin fond de la plaine.
Le souffle destructeur avançait. Imposant. Là où il passait, il ratissait large et l'herbe renonçait à repousser, comme après Attila.
Le fait était qu'il gobait tout sur son passage. Il soufflait les choses. Sans, cependant, que rien ne bouge.
Il avait les mêmes effets qu'un cyclone et pourtant il ne charriait avec lui ni mouvement de vent, ni pluie violente. Non...le ciel restait étonnament dégagé, bleu.
Ce qu'on voyait, simplement, c'était que tout s'annulait...que tout se voyait annihilé, anéanti par une invidible et farouche volonté de faire table rase.
En un clin d'oeil, arbres, coteaux, fleuve se volatilisèrent. Rien ne pouvait opposer de résistance au rouleau compresseur. 
C'était rien moins que le rouleau compresseur de la destruction !
Et, un jour, il advint que ce rouleau compresseur-là s'ébranla. Dans un colossal ronronnement, qui vibrait et qui, de temps à autre, se ponctuait de toussotements rauques.
Nous avions tous les cheveux dressés sur la tête.
Les hululements des sirènes retentissaient. Mais trop tard. C'était trop tard, nous n'avions strictement rien vu venir.
La force, le flux déferlaient, depuis le fond de nulle part. De derrière l'horizon ou du profond du ciel...qui savait ? Qui aurait été en mesure de le dire ?
Les séismes ont un épicentre. La force du flux n'en avait pas.
Elle était comme une gigantesque main qui s'abat  et se referme sur le monde.
Elle approchait.
De proche en proche, elle avalait la chair du monde. Elle y plantait ses mâchoires d'acier elles aussi totalement invisibles, mais dont on sentait - et dieu sait si on la sentait ! - la puissance, dont on détectait le pouvoir d'arracher et de broyer, lequel surpassait tout autre pouvoir d'arracher, de broyer.
Nous finîmes par perdre notre verticalité glorieuse. Une pression surhumaine nous plaqua au sol.
On avait l'impression que le ciel avait jauni, ou peut-être verdi, et qu'il s'était solidifié dans le seul but de peser sur nos corps. Nous étions cloués et, tout en luttant pour nous arracher à cette pression de plus en plus lourde, nous nous demandions si nous n'étions pas tout bonnement en train de nous enfoncer dans le sol. Déjà, nous y avions creusé une profonde empreinte, une sorte de cratère. Après la lourdeur, la pesanteur féroce de la pression, vint la douleur, la sensation d'être poignardés par un objet pointu et à peu près aussi tranchant que le fil d'un coutelas. Nous sentions une lame se planter brutalement dans la chair de notre thorax et le transpercer, le défoncer, l'ouvrir proprement en deux, lui extorquant un élancement de souffrance qu'on ne pouvait décrire.
Nous entendions nos côtes qui produisaient un horrible bruit de craquement, nos chairs qui, elles, emplissaient notre ouïe d'un écoeurant écho flasque de pénétration des tissus mous.
La machine de guerre de la destruction était en marche. Elle faisait tout craquer, tout plier, tout ployer et tout grincer. Jusqu'à nos côtes, qui écrasaient de plus belle nos poumons, nous coupant le souffle.
Jusqu'à la terre qui n'en finissait pas de s'effondrer, de se craqueller. De se laisser entailler puis parcourir par des lézardes aussi longues que larges, à vrai dire non plus, à ce stade, des lézardes, mais de véritables canyons.
Quand le chariot de la destruction fut passé, il ne restait plus rien.
Nous rouvrîmes des yeux surpris sur une terre dévastée.
Endoloris, perclus, nous reprîmes (avec peine) la position verticale.
Le sol avait été mis sens dessus dessous comme par un bulldozer.
Tout avait été fauché comme par la pire des tornades.
Le silence qui régnait désormais était lisse, glacial. Sidéral.
Au point que nous n'étions pas loin de penser que le souffle de notre respiration était malvenu, voire blasphématoire dans un tel contexte.


P.Laranco.
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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 17:03
Le poète ? Qu'est-ce ? Un "autiste" ou bien un "poreux" ?
Un doux rêveur qui n'accepte pas le monde réel tel qu'il est et cherche à le fuir en se réfugiant dans une sorte de contemplation intemporelle (souvent, entre autre, d'une nature volontiers anthropomorphisée), ou plutôt une caisse de résonance sensitive du monde ? Un rebelle (à l'image de Rimbaurd, de Jacques Brel et de tant d'autres) ou un lettré de haut vol, un bourgeois plus familier des salons littéraires feutrés guindés où les universitaires dissertent sans fin du pourquoi et du comment de la poésie (peut-être comme, autrefois, l'on dissertait du sexe des anges) tout en disséquant sans répit les oeuvres et les démarches que suivirent les grandes figures de référence  que des "galères" populaire triviales qui, avouons-le, font un peu "tache" ?
A ce que j'en sais (mais je me trompe peut-être), en France, les poètes affectionnent les "chapelles", et ces dernières évoquent souvent des nids douillets, et/ou des tours d'ivoire.
La poésie s'obnubile d'elle-même et apparaît, ce faisant, comme "élitiste".
C'est à longueur de temps que les poètes se plaignent d'être boudés des médias et du grand public.
Je ne prétends pas ici qu'ils ont tort, qu'ils ne sont pas les victimes d'un large mouvement de "dépoétisation"
qui traverse l'ensemble de la société depuis les années soixante du XXème siècle, dans la logique d'un matérialisme de plus en plus envahissant de société d'abord marchande.
Cependant, ils se plaisent aussi à vivre en vase clos, en microcosme. Leur individualisme de créatifs, leur sensibilité d'écorchés vifs les pousse, fréquemment, à demeurer, de la sorte, retranchés.
Ils vivent la poésie comme une expérience intérieure, presque "spirituelle" (cf. Michaux), une expérience qui, en tous les cas, les soustrait à la vie courante.
Etant donné que toutes les "âmes généreuses" que compte l'Occident sont désormais revenues des grandes utopies marxisantes, la poésie, quand elle ne s'est pas tournée vers le monde de l' 'inconscient" cher à la psychanalise, s'est recentrée plus que jamais sur l'espace intime du poète et, en parallèle, sur l'évasion, la Nature, les fleurs et les petits oiseaux.
Bien des poètes se comportent (ou font l'effet de se comporter) comme s'ils étaient "déconnectés" de ce qui se passe dans le monde, non concernés par ce qui n'est pas leur dada : la poésie.
Grands sensibles, on dirait qu'ils cherchent à se "protéger" d'un univers dont la brutalité, la flagrante injustice les écoeurent (et il y a de quoi).
Depuis le surréalisme, l'engagement n'est plus de mise.
Depuis la chute du Mur de Berlin, la conscience politique est "ringarde".
La notion de "Tiers-mondisme" est souillée par les déceptions qu'a infligé le Tiers-Monde (eh non, il n'était pas la terre promise et exotique des lendemains qui chantent !).
Pour autant, le poéte est-il bien inspiré de rester dans sa coquille ? Peut-il prétendre, de la sorte, se couper de la société, d'une société qui est celle qu'elle est mais qui n'en demeure pas moins le cadre où, immanquablement, il évolue et qui, de surcroît, a tendance à devenir de plus en plus global ? La poésie n'implique-t-elle pas, en premier lieu, la présence au monde ?
Prenons le Tiers-Monde, justement; le Tiers-Monde regorge de poètes engagés.
En son sein, par obligation, le poète sait encore être un (vrai) rebelle.
Lisez Césaire, Laabi, Neruda, Timol (et bien d'autres encore)... vous verrez.
Ils n'ont pas le choix.
Ils vivent dans des mondes qui les interpellent trop.
Là-bas, la misère, le délabrement et la (vraie) violence sont à leurs portes.
Ils subissent quelquefois des menaces directes contre leur liberté.
L'injustice leur saute littéralement à la figure...
et ils n'ont pas la chance de disposer de gros capitons de paix civile ou d'abondance pour en étouffer l'écho sinistre.

P.L
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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 11:56

Vie recroquevillée : Moi, moi
rien que moi, à perte de vue...
Vie confinée, mesquinerie :
rien que pour le Moi, par le Moi.
Vie aussi refermée qu'un poing
qui se crispe, aussi desséchée
qu'un oued à sec, par la rancoeur,
la jalousie
pour un rien.

Emmurement dans le moi seul,
dans le moi je,
ce cul de sac
qui ferme tous les horizons,
rapetisse l'être à loisir.

Voix sans issue, grisâtre peur
d'où ne s'échappe
aucun élan

obsédantes ruminations
de la frustration, de l'aigreur.

Qu'est-ce que vie
vécue ainsi
dans cet état
d'enfermement
qui donne oeillères, momifie,
interdit
tout vrai coup de coeur ?

Tristes, au fond, tristes à en pleurer
ces gens qui ne vivent que pour
eux-mêmes et leur affirmation
d'eux-mêmes qu'ils aboient sans fin
pareils à de pauvres roquets,
comme pour défendre
un trésor.

Affligé, autant qu'affligeant,
celui
qui ne voit jamais plus
loin que les bornes de son Moi
où il tourne
en lion dans sa cage !

Vraiment à plaindre, en vérité
le névrosé de notre temps
que n'habite aucune grandeur,
aucune curiosité,
aucun autre intérêt que son
lui-même, cette hypertrophie
cancérisée qui le
dévore !


P.Laranco.

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 10:38

Né en 1971 à Nevers, Patrice Maltaverne a publié des poèmes dans une vingtaine de revues ainsi que plusieurs textes, entre 1999 et 2008, dont "Sans mariage" (Collection Polder de la revue Décharge) et "Merci pour la musique" (Editions Gros textes), "Souvenirs d'une ville illégitime" (Encres vives).
Il anime également le poézine "Traction-Brabant" depuis Janvier 2004 : 26 numéros en circulation à ce jour, dont des extraits figurent sur le blog
http://
www.traction-brabant.blogspot.com/


Aux plus belles soirées
Le prince charmant
Peut-être
Vous viole

Son plaisir se camoufle
Dans un parterre de fleurs
Egal à votre tombe parfumée d'encens

Ne riez pas
Son visage glabre
Est comme un allume-cigares
Surgi de la mangrove

Et vous rêvez à d'autres jeunes filles
Qui vous ressemblent
Sans voir que cet étranger
Achète pour vous des fleurs cannibales
Et vous empêche de vivre
Votre jeunesse.



Lorsque le crépuscule approche de vos pieds
Vous vous nourrissez d'illusions
Au sujet du pourpre
Qui ne sort pas de la chambre

Comme si de rien n'était
Un homme marche
Sur le damier du sol

Il semble fâché contre ce décor trop lent
Où s'accumulent les derniers jours de l'angoisse
Suintant des murs du château
Jusque dans la cave.



Ce corps comme une main tendue
A une distance incroyable du lit
Couvre
Toute la surface de la chambre

Ce lit sur lequel vous avez du mal
A vous voir étendue
Reçoit un baptême de vos longues mains

Dans cette nuit si vaste
Vous attendez qu'il vienne l'unique
Ne sachant plus distinguer
L'écho de la forme
Lorsque les couteaux se suspendent
A toutes les interstices de votre âme
Encore verte.



Dans un cadre vous êtes allongée
Et les glycines envahissent votre corps

Vous allez parler
La langue des vieux films

Lorsque le décor est prêt
Les feuilles s'agitent
Et personne n'entend le bruit de votre bouche

Vous continuez de sourire au prince
Qui écarte les feuilles des arbres
Vous fait connaître la vie
Alors que vous pensiez crever la bulle
D'un amour insouciant.


Patrice MALTAVERNE.

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  • : Ce blog s'intéresse à la poésie, à la littérature de l'Océan Indien, à la philosophie, aux sciences, à l'Homme et au sens de la vie.
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