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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 12:59

17

 

La situation est palpitante mais ouvrons une nouvelle parenthèse. Il faut interroger une problématique, qui est d’une grande importance. Est-ce que je ris parce que je suis malade ou est-ce que mon rire est un reflexe normal quand on considère que mon pays est éminemment comique ? Difficile question. On peut taxer un individu d’être ‘anormal’ tout simplement parce que son comportement ne correspond pas aux normes de l’époque. Mais est-ce à dire que ces normes sont justes ? Sont-elles légitimes ? Et puis pourquoi ne pas faire du rire ma nouvelle philosophie de vie. Notre pays est, après tout, grotesque, il n’y a pas lieu de débattre à ce propos. C’est l’évidence même. Il suffit de se rendre dans un hypermarché un vendredi soir pour comprendre ce grotesque, ainsi on découvre des gens par milliers qui se prosternent sur l’autel de la consommation à outrance. On peut aussi, si on n’est pas tout fait convaincu, observer pendant un demi-millième de seconde toutes ces personnes qui prétendent nous diriger. Tout ou presque prête à rire dans notre île paradis. A commencer pas moi-même. Il faut donc perpétuellement rigoler, c’est l’un des moyens de défier notre folie. En d’autres mots, j’ai tout à fait raison de rire. Je me dois de rire encore plus ! Mais le problème est que mon rire est excessif et incontrôlable. Alors qu’il devrait être ironique et subtil et que je devrais avoir tout pouvoir sur lui.

Qu’il est bon parfois de débiter des âneries d’intello. Et encore je n’ai pas évoqué Foucault, l’Imam Ghazali et Derrida. Mais ça viendra.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Umar Timol

(à suivre).

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 12:55

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Photo : P. Laranco

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 11:26

16

Je commence à perdre la tête. Ils sont partout. Je parle des objets. Ils me regardent, m’observent, ils veulent à tout prix déclencher une nouvelle crise de fou rire.

Le moindre objet. La moindre chose. Je pensais pouvoir guérir mais la maladie est en train d’empirer.

Ainsi ce mouchoir, qui était mon mouchoir préféré quand j’étais petit. Et je me suis souvenu des bêtises qu’on commettait à l’école primaire. Avec mes inséparables copains, Amal et Yusuf, on n’arrêtait pas de concocter de belles trouvailles, mettre de la colle sur la chaise du professeur, glisser un cancrelat entre les pages des cahiers de  Samia, la sempiternelle première de la classe ou encore dessiner une énorme main rouge (dont la célébrité dans les écoles mauriciennes n’est plus à démontrer) dans les toilettes.

Ou ce beau costume que je portais à tous les mariages. Des mariages qui toujours se ressemblaient, des hommes bien comme il faut, qui parlaient de rien et de rien en attendant de dévorer, à grandes goulées, des plats de briani, des tantes et des oncles qui ne cessaient de me pincer les joues en ânonnant la phrase classique, mais regarde comme il a grandi ou je jouais à couk cachiette avec les amis dans la grande cour en espérant tomber sur ma jolie cousine aux yeux bleus, qui évidemment, ne m’adressait jamais la parole.

Ou encore un livre qu’on m’avait offert, Iznogoud, et qui allait faire de moi un gros lecteur, les longues soirées à dévorer les aventures d’Iznogoud, qu’est-ce qu’il me faisait rire, avec ces stratagèmes à la con pour piquer la place du calife, qu’il était bête mais qu’il était comique et si réel maintenant que je fréquente des Iznogoud au quotidien !

Le rire, le grand rire, est partout, je ne vais pas y échapper.

Alors que je m’écroule de rire et pour la énième fois, le téléphone se met à sonner. C’est ma copine/ fiancée.

Elle arrive.

Que va-t-il se passer ? Est-ce que je vais lui rire à la figure ? Est-ce qu’elle va enfin comprendre que je suis un monstre ? Ou est-ce qu’elle m’aimera envers et contre tout ?

Est-ce que c’est Sue Ellen qui a tué J.R ? Est-ce que Bobby est mort ou pas tout à fait mort parce qu’il renaîtra de ses cendres dans la prochaine saison ? Est-ce qu’on comprendra enfin que Potter Harry est un morveux ?

Est-ce que Amar, Akbar et Anthony sont vraiment frères ?

 


Vous en saurez plus dans le prochain épisode.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Umar Timol

(à suivre).

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 11:07

Créer, créer…encore créer !

Créer, c’est un accès de fièvre, un excès, un halètement ; c’est une prolifération. Qui gangrène le quotidien.

 

 

 

 

Quelquefois, le stylo sur la page blanche se met à filer ; sa pointe court librement, avec une aisance confondante, avec une fluidité quasi aérienne qui survole les lignes; et dans ces moments j’ai l’impression – à vrai dire curieuse –qu’il est devenu une automobile en train de prendre de la vitesse…un véhicule lancé droit vers l’horizon, sur une route de campagne ouverte et entourée d’espace, qui n’a plus qu’un unique souci : foncer, fendre l’air, avaler du kilomètre et procurer à celui qui l’occupe une sensation de fuite, de griserie, d’évasion et de liberté aussi absolue que délicieuse.

 

 

 

 

En écrivant, on entrevoit toujours une sorte d’absolu, une possible perfection dans le texte qui, si elle nous attire à la manière d’une véritable étoile du fait même de sa brillance presque aveuglante, peut également, dans la même mesure, nous brûler les ailes, nous paralyser d’impuissance, car trop éclatante.

 

 

 

 

Par certains côtés, on peut dire que les écrivains sont infréquentables.

 

 

 

 

Si les créatifs sont, comme tendent de plus en plus à le mettre en évidence  les recherches en neuroscience et en génétique, porteurs de certaines  tendances schizophréniques, rien d’étonnant à ce qu’ils soient tellement polarisés sur eux-mêmes et sur leur œuvre, que celle-ci soit scientifique, artistique ou bien littéraire. Les exemples, on le savait déjà, abondent de génies novateurs « à côté de la plaque » dans bien des domaines de la culture : Michel-Ange, Van Gogh, Gauguin, Camille Claudel, Virginia Woolf, Nietzche, John Nash, Gödel, Turing…pour ne citer que ceux-là.

 

 

 

 

C’est parce qu’elle le coupe des autres, des formatages sociaux que la maladie mentale (à un stade où, toutefois, elle n’a pas encore trop désorganisé le fonctionnement du cerveau) rend l'individu inventif et peut donc, dans certains cas, donner lieu à du génie.

 

 

 

 

Les couleurs ! Ce sont aussi des pulsations, des mouvements et des textures ! Des sons et des odeurs. Elles ne mobilisent pas seulement le voir, mais impliquent l’ensemble des sens : l’odorat, l’ouïe, le sens tactile et jusqu’au goût.

Leur luminosité est une fête pour toutes les facultés sensorielles et sensitives. A commencer par la principale d’entre elles – que je m’apprêtais à oublier : l’imagination.

 

 

 

 

Il est des réponses qui ne vont pas au-delà de la question qui les a fait naître. Ce sont peut-être celles que je préfère…

 

 

 

 

L’envieux est un imbécile…car l’envie est une totale perte de temps. On n’aura jamais ce qu’a l’autre parce que, tout bonnement, nous ne sommes pas à sa place. Parce que tout individu, tout destin sont par essence exceptionnels, uniques, incomparables.

 

 

 

 

Notre manière de vivre le Temps, de le percevoir est peut-être une des plus éclatantes illustrations du fait qu’il y a bel et bien un EN-SOI et un POUR-SOI des choses. Car, à côté des horloges qui rendent compte du temps avec une exactitude toute mathématique, il y a ce qui, pour nous, dans notre vie de tous les jours, lie étroitement notre perception de ce dernier à nos différents rythmes de vie.

Le Temps de l’attente ou de la contemplation n’est pas celui de l’action. Le Temps découpé et aménagé par les rythmes de la vie moderne n’est en aucun cas analogue à celui qui régissait (dans certains cas, régit encore) les sociétés de chasseurs-cueilleurs ou les sociétés d’agriculteurs dites « traditionnelles ».

Le Temps varie en fonction des cultures humaines, des idées religieuses et même…du progrès technique. Le Temps biologique (celui du rythme circadien qui régit nos corps selon l’alternance jours/nuits et selon celle des différentes saisons) a lui aussi une logique propre qui n’obéit pas nécessairement à celle des horloges.

De tout ceci, des expressions courantes telles que « trouver le temps long » ou encore « ne pas voir le temps passer » rendent clairement compte. Et que dire des Temps géologique et cosmique qui ne sont même pas accessible à notre perception ?

C’est dire si, en un certain sens, le Temps se plie aux humeurs et aux limites de l’Homme.

Le Temps possède à la fois un aspect absolu  (rigide) et un aspect relatif (élastique). Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas avare d’avatars.

Reste cependant que les seules choses qu’on n’est pas en mesure de modifier, c’est son écoulement et le sens de celui-ci.

 

 

 

 

 

La perception ne restitue pas le monde. Elle le recrée.

Elle y réagit, certes, mais elle le fait toujours à sa manière. Ainsi, chaque appareil perceptif donne lieu à un monde nouveau.

 

 

 

La perception est un acte créatif.

 

 

 

 

Pour quelles raisons la réalité filtrée et modifiée par notre perception, c'est-à-dire le POUR-SOI de la réalité ne serait-il pas aussi réel, aussi valable que l’EN-SOI du réel qui, de toute façon, ne se peut atteindre (et encore, sans doute imparfaitement) que par le biais du logos et des mathématiques ?

Comme dirait le bon vieux Platon, quand on est prisonnier d’une caverne…

Certes, la réalité absolue, EN-SOI préexistait (et préexiste encore) à toutes les autres. Pourtant, le fait que nous soyons là et que nous la percevions, l’interprétions, la déformions  nous rend réels, et aussi réels qu’elle peut l’être. La Baghavad Gita nous dit : « Les sens se meuvent au milieu des objets des sens ».

 

 

 

 

Il y a l’EN-SOI et le POUR-SOI. Il y a ce que certains scientifiques appellent « le réel voilé ». Il y a le fait qu’au contact de notre perception, le réel, forcément, est l’objet d’un retraitement, d’un filtrage et, par conséquent, se déforme. Il y a LA vérité et notre vérité (telle que nous la pensons, l’interprétons, la ressentons). Il y a ce que les psychologues appellent le « phénomène de projection » et que le bon sens populaire français, pour sa part, traduit par des maximes telles que « on juge toujours d’après soi ». Comment, dans de telles conditions, prétendre parler de vérité et, surtout, prétendre la détenir ?

Dans la mesure où elle nous est accessible, la vérité ne peut l’être, dans l’état actuel des choses, que par les mathématiques ou par une expérience spirituelle qui nous mène au-delà de notre ego et demeure profondément intime. Toutes les autres « vérités » ne sont que des consensus sociaux ou des faits de perception qui sont toujours susceptibles d’être mis en doute et remis en cause.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

P. Laranco

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 18:31

Dans le cadre de l’Association

RENCONTRES EUROPEENNES / EUROPOESIE

 

 

aura lieu

une CONFERENCE

de

 

 

 

 

Thierry GAUTHIER

 

 

intitulée

Rousseau et le contrat social

 

 

 

 

 

 

 

au restaurant

LA Maison du délice

11 bis rue Traversière

75012 Paris

 

 

 

 

le

Samedi 1er septembre 2012

 

 

 

 

 

 

 

à partir de 15h

 

 

 

 

 

 

la conférence sera suivie d’une

Scène ouverte

 

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 14:02

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Photos : P. Laranco.

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 19:16

 

 

 

 

Ce Dimanche, de 11H à 12H, le chef d'orchestre Jan LATHAM-KOENIG sera interviewé sur RADIO ONE, dans le cadre de l'émission DIMANCHE CULTURE, par Finlay SALESSE.

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 16:03
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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 15:32

ENSEMBLE, SAUVONS MUMIA

Collectif Unitaire National de Soutien à Mumia Abu-Jamal

rassemblant une centaine d’organisations et de collectivités publiques françaises

MEMBRE DE LA COALITION MONDIALE CONTRE LA PEINE DE MORT

43, boulevard de Magenta 75010 Paris - TEL : 01 53 38 99 99 - E MAIL : contact@mumiabujamal.com

www.mumiabujamal.com

 

Communiqué de Presse

In extremis, Mumia Abu-Jamal échappe à un nouveau déni de justice !

 

Dans le plus grand secret, la justice fédérale de Pennsylvanie a rendu une ordonnance le 13 août 2012 condamnant Mumia Abu-Jamal à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Cette décision, intervient huit mois après l’abandon de tout recours du procureur de Philadelphie contre l’annulation de la sentence de mort par la Cour Suprême des Etats-Unis. Ni Mumia, ni son actuelle équipe de défense n’en ont été informés ! Et pour cause : au-delà d’un délai de dix jours, aucune contestation n’aurait été juridiquement possible.

 

Sans la vigilance de Rachel Wolkenstein (juriste de l’ancienne équipe de défense de Mumia durant les années 80/90), Mumia serait définitivement privé de son droit de recours lui permettant de solliciter à tout moment une libération conditionnelle. C’est donc dans l’urgence, quelques heures seulement avant l’expiration du délai de dix jours, que la défense de Mumia a déposé une requête en contestation pour violation flagrante des règles de procédure pénale (non information des parties).

 

De mémoire judiciaire en Pennsylvanie, aucun condamné à mort dont la sentence a été commuée en prison à vie n’a vu ses droits autant bafoués.

 

C’est la même justice qui, après 30 ans de refus de faire toute la lumière sur cette affaire dont le traitement inéquitable est reconnu internationalement, poursuit son acharnement à vouloir maintenir Mumia Abu-Jamal en prison jusqu’à sa mort.

 

L’interpellation du gouvernement des Etats-Unis, et de son ministre de la justice tout particulièrement, doit s’intensifier pour mettre un terme à ce déni de justice et pour que Mumia soit libéré au plus vite (pétition sur www.mumiabujamal.com).

 

 

Paris, le 28 août 2012

 

 

Contact : Jacky Hortaut 06 86 46 99 80

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 15:07

 

Avec ce tout premier roman, le brillant écrivain (poète, nouvelliste et accessoirement bédéiste) mauricien Umar TIMOL choisit une forme de récit tout à fait particulière : dans un journal intime, sous l’espèce d’un monologue à tendance fortement répétitive (presque incantatoire), une femme dévide inlassablement son mal-être aigu et la montée en puissance de sa déraison exaspérée.

Ce livre est une véritable étude psychologique, d’une grande richesse. En effet, il nous brosse le portrait d’une personne tourmentée et complexe qui tente de se mieux connaître, de partir, en quelque sorte, à la recherche d’elle-même en un effort d’introspection qui s’avèrera, hélas pour elle, au bout du compte, un échec de plus.

Car cette malheureuse femme à l’automne de sa vie, non contente d’être saisie d’une trouille viscérale, animale à l’idée d’entrer, à l’issue d’une vie sans gloire, sans réalisations, dans la vieillesse, est, comme beaucoup de femmes mauriciennes, en prison dans sa propre névrose dont, en dépit d’une lucidité indéniable, elle ne parvient pas à dénouer les fils. La démesure, l’excès des sentiments, la haine d’elle-même et des autres et le désir d’autodestruction sont déjà là, à l’œuvre depuis longtemps, et ils l’emportent ; c’est trop tard.

Cette femme, aux prises avec son marasme intime, n’a personne pour l’aider : elle est seule (et on se demande d’ailleurs dans quelle mesure elle ne désire pas le rester). Sa tentative pour lever enfin le masque, pour conquérir enfin son authenticité propre, pour remplir enfin cette espèce de coquille vide qu’elle se révèle être, est aussi pathétique que vaine. Quelque soit la direction vers laquelle elle se tourne, elle est victime de l’ « Incommunicabilité des êtres » et d’une société impitoyablement jeuniste et sexiste (où elle n’a pas sa place), qui, ensemble, la prennent au piège. Elle tourne en rond, comme emmurée en elle-même, dans son propre isolement de personne trop passive et trop intériorisée, sans parvenir à comprendre comment elle a pu en arriver là. A l’image d’une Madame Bovary, elle se consume dans un ennui et dans une « médiocrité » qui l’insupportent, la rongent, entretiennent tant son amertume que son ressentiment. Et, à l’instar cette fois de Phèdre, sa nature, secrètement très passionnée (voire volcanique)et très absolue l’amène à faire ce que les psychologues appelleraient une « fixation » sur une homme beaucoup plus jeune qu’elle chez qui elle cherche une sorte de « sursaut », d’ « élixir de jouvence » salvateur – et à reporter sur lui (à son insu qui plus est) toute l’effrayante avidité de ses désirs inassouvis.

Comment pourrait-on ne pas le voir ? Cette pauvre femme est MALADE DU VIDE. Vide qui, à l’extérieur, la cerne : anonymat de la grande ville européenne, couplé à l’isolement social d’une épouse mauricienne traditionnelle sans enfants ni activité professionnelle qui de surcroît n’a pas su se trouver de centre d’intérêt, d’occupation, de raison de vivre, ni de vie mondaine ; mais sans doute, ce qui lui importe le plus, vide intérieur profond, hérité de sa propre culture qui l’a faite esclave de la discrétion, du self control asiatique ainsi que de conventions sociales rigides (être, ou plutôt offrir l’image contraignante d’ une femme « comme il faut » et d’une épouse dévouée, irréprochable…et effacée !).

Cette femme le crie dans son journal de façon déchirante, émouvante : elle a « à dire » et elle existe ! Elle veut le clamer avant qu’il ne soit définitivement trop tard…Ce qu’elle est vraiment ne correspond en rien au visage qu’elle offre, et il se trouve qu’elle n’a pu – par inhibition – le « dévoiler ». Il en résulte un malaise, une animosité contre elle-même et une impression de non-vie, de ratage qui défient l’imagination. Chaque mot, chaque phrase deviennent prétexte à l’expression d’une colère rentrée, d’un bouillonnement de rage prêt à exploser et à se déverser à la manière d’une coulée pyroclastique de volcan pour ravager tout ! Cette femme pour le moins désorientée croit aimer (en l’occurrence, le jeune homme qui, de son côté, ne peut rien soupçonner de ce qu’il inspire pour la bonne raison que, par sempiternelle dignité, par peur du ridicule, elle n’ose en laisser deviner une parcelle) mais là encore, elle se fourvoie sur ce qu’elle ressent : elle ne fait, en réalité, que le désirer sur un mode atrocement fusionnel, presque cannibale, qui n’est que le reflet de sa frustration et de son  effarant vide intérieur, et qui s’assortit d’une ambivalence de sentiments (traduite par une alternance d’amour et de haine) qui le nie en tant qu’autre, en tant que lui-même. Elle ne l’aime qu’à travers ce qu’elle attend de lui, ce qu’elle projette sur lui et ne lui reconnait pas le droit d’avoir une vie propre, distante de la sienne. Il ne l’intéresse, au fond, que dans la mesure où elle peut l’ « habiller », l’emplir de ses fantasmes, et, en cela, sa jeunesse, son inconsistance l’aident. Lui aussi, il est « vide ».

Cette personne se sent niée (par l’absence d’empathie patente de son entourage) et elle finit par vivre cet état de fait comme une agression. Elle en veut au monde de ne pas être en mesure de la soulager, de l’extirper de sa propre détresse. En ce sens, elle révèle toute l’étendue de sa dépendance, de sa faiblesse. Elle n’a pas compris que le soi et la liberté ne se trouvent jamais à l’extérieur. Sa lucidité, pourtant réelle (et à même de nous la rendre attachante, ou, à tout le moins, un peu moins antipathique) s’arrête là. Nous sommes en présence d’un être trop écartelé, bien trop écorché vif pour qu’elle aille plus loin.

L’intelligence et la finesse de cette femme (au potentiel manifestement inexploité, ce dont elle souffre aussi) auraient facilement, on le sent, pu faire d’elle une philosophe ou une poète. Car, dans le fond, au travers de son « expérience »,  ce qu’elle nous dépeint de manière si grondante, si grinçante, si inquiétante, c’est un drame universel : celui de l’angoisse existentielle. Comment donner un quelconque sens à sa vie dès lors que le Temps passe, que l’entropie universelle attaque, érode, balaye tout ce qui est, se riant de toute forme d’attachement ? Comment se débrouiller, lorsqu’on est affublé d’une conscience humaine, de la finitude et des limitations de notre être même ?

Cet ouvrage développe une vision de la vie – et de la condition humaine – extrêmement pessimiste. Non seulement le Temps nous piège, se moque de nous d’une façon particulièrement cruelle, mais en outre notre vie nous coupe de nous-mêmes, de notre propre vérité (si tant est que cette dernière existe).

Ce qu’il y a de riche, de très intéressant (voire de fascinant) dans ce roman qui n’a rien de classique, c’est qu’il possède un très grand nombre de facettes, de niveaux d’interprétation.

Tragédie de l’amour impossible, hors d’atteinte et, de ce fait, élevé au rang de pure chimère ? Certes.

Drame féminin, lié à l’injustice de la condition féminine qui, partout, enferme les femmes dans l’attente et le regard du monde externe, et ne leur pardonne pas leur âge ? Sans conteste.

Méditation sur les illusions et les dangers que la passion amoureuse peut induire, en tant qu’addiction destructrice ? C’est sûr.

Mise en évidence, voire en accusation, d’une certaine façon d’être masculine, grossière, maladroite, égoïste, dénuée de finesse psychologique et d’empathie ? Cela aussi.

Constatation de (et insistance sur) la difficulté pour chacun d’entre nous d’exister pleinement sans une forme de reconnaissance de la part des autres ? Sans doute.

Réflexion sur la nature cachée des êtres en opposition à la façade souvent lisse et trompeuse qu’ils donnent à voir (particulièrement dans des sociétés du type de la société mauricienne) ? Certainement.

Mise en lumière de la pression sociale qui peut amener un individu (sans doute n’importe lequel) à « péter les plombs » ? A n’en pas douter.

Plus généralement – et plus « philosophiquement » - évocation de ce qui « coiffe » tout le reste, à savoir la solitude existentielle, ontologique, inhérente à notre statut même de créature ? Il y a également de cela.

On peut s’interroger, enfin, sur la raison d’être de ce « journal ». Appel au secours déguisé d’une âme qui se noie ? Tentative de reprendre, par les mots, le contrôle de ladite âme ? Expression d’une révolte, fenêtre vers une éventuelle évasion, vers une ré-autonomisation de l’être ? Forme d’auto-thérapie ? Finalement, on peut en douter, car on constate, au fil des pages, que la locutrice, via ses mille et uns ressassements, semble en fait se complaire à forcer le trait de sa propre « noirceur », à entretenir son mal, à en fouailler la plaie comme si cette dernière était, au fond, sa seule réelle forme d’existence et d’identité possible…et c’est là que l’on entre dans la dimension de la tragédie grecque. De cet amour et de ces mots, l’héroïne dit espérer un mieux…Mais, tout bien pesé, elle réalise rapidement qu’elle s’achemine, bien au contraire, vers une forme de fatum. A trop regarder dans son propre abîme, à trop le sonder, elle y coule à pic et rien dès lors ne la sauvera du passage à l’acte.

C’est indubitablement remué, accablé par un sentiment d’oppression que l’on ressort de cette lecture. Et avec trop de questions qui, tout à coup, s’accumulent dans notre tête. En tout premier lieu, bien sûr, la question (très mauricienne) de l’identité, ou plus exactement de la fragilité identitaire.

Pour un coup d’essai, Timol nous gratifie ici d’un coup de maître. Car il a su à merveille allier la vigueur et le lyrisme poétique du style à la force des thèmes, à la vraisemblance du mode d’expression choisi et à la subtilité de l’analyse psychologique. Son personnage, du coup, s’enrichit d’une densité singulière, redoutable. Je verrais bien, pour ma part, une telle œuvre adaptée, plus tard, au théâtre.

 

 

 

Patricia Laranco.

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