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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 17:32


Dimanche Culture

sur  Radio One

ce 15 juillet 2012 exceptionnellement, de 11h00 à 12h30

Au sommaire de cette 148e édition:

Jacques Maunick dans Tranches de Souvenirs pour évoquer le Port-Louis des années 40/50 (avec un document sonore inédit qui fera certainement plaisir à sa soeur Ursule);

Bernard Barillot, un presque globe-trotter, qui a posé ses valises il y a 22 ans à Maurice. Il est depuis le 1er juillet dernier le président du Rotary Club de Rivière-Noire;

Alexa Gordon-Gentil pour Ici et Là- bas, une expo de photos du 19 au 27 juillet prochain à l’Atelier (rue St.Louis à Port-Louis);

Anabelle Fleury, une jeune styliste, de la grande école de Condé (Paris) qui vend ses produits en ligne. Un bel esprit d’entrepreneuriat et

deux reines de beauté : Diya Beelltah et Nathalie Lesage…belles et intelligentes.

Bon dimanche et bonne écoute jusqu’à 12h30 exceptionnellement !

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 14:41

 

Serait-ce ce coucher de soleil que tu attendais pour cueillir les grappes de bonheur qui au-dessus de ta tête sont suspendues ?

Serait-ce à ce déclin du jour que tu espérais assister avant de sombrer dans l’ivresse de l’amour ?

Serait-ce ce concert d’oiseaux au crépuscule qui t’accueille dans un paysage de jade qui te fait rêver les paupières mi-closes ?

Tout était inédit dans cette sphère où comme par magie les anges te dévoilaient leur secret mais le vrombissement d’un maudit avion de ligne rompait le silence d’une clarté vespérale qui à ta vue se perdait à l’horizon ?

                                   ***

Le courant des vagues sur ta chair lentement ondoie et s’effiloche au dernier instant de la colombe qui s’en retourne dans les volutes d’éternité.

Il est doux ce chant aux notes mystérieuses que j’écoute en ce moment où le temps me dicte ses phrasés, douces vibrations qui libèrent l’esprit de sa cohorte de fluides négatifs.

Encore et encore je voudrais m’immobiliser au bord de cette source de sérénité pour ne plus sentir le poids de cette chape existentielle.

Ô la diablesse ! il suffit l’instant cruel de votre cigarette pour que meure ce moment indicible et fragile.

A quand la chasse aux vampires ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enterrer les vieilleries qui assombrissent le décor de ma  vie pour laisser pénétrer le soleil printanier dans les  particules de mon être garrotté de part en part par les filaments de ces instants macabres aggravés par le venin d’une vipère circulant dans mon sang depuis l’aurore naissant

Ah! qu’il est loin le temps de grâce où le martyre fera place à la clémence trop longtemps espérée !

Dans le souffle du vent je guette inlassablement les prémices de la paix pour endormir mon âme assoiffée gisant sur le paillasson de l’attente dans l’antichambre de mes rêves impalpables qui surgissent dans mes nuits de cauchemars.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Maggy DE COSTER

Editions New Legend, 2002,

Diplôme et Médaille de Vermeil de l’Académie Internationale de Lutèce, mars 2004, Paris.

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 11:06

 

Il faut apprendre à faire en sorte

que les moments perdus

deviennent des moments retrouvés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Jean Botquin.

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 10:15

 

Chacun de nous est seul parce qu’il ne possède aucun équivalent. Même les vrais jumeaux ne peuvent se vanter d’avoir un exact double.

La solitude est inséparable du fait même d’exister. Indissociable de la séparation qui fonde l’état même d’être. Pour être, il faut être une entité distincte et donc, une solitude. Même si cette solitude, de différentes façons, est reliée, connectée aux autres solitudes.

 

 

 

 

 

 

 


Deux corps qui se rapprochent, qui jouent, qui jouissent…et hop, un nouvel être ! Je trouve ça miraculeux.

 

 

 

 

 

 

 


Dans l’acte d’écrire, il y a une recherche de l’extase de vivre. Un désir d’exaltation, de magnification de ce qui est. C’est en ce sens qu’on peut dire qu’écrire, c’est vivre à la puissance 10. C’est quêter, traquer en l’état de vivant et en le monde même une intensité qu’ils ont en eux mais que le plus souvent, ils conservent cachée ; une sorte de force qui, tout en leur étant intrinsèque, immanente, les dépasse, les transcende.

On imagine l’écrivain le plus souvent en retrait ; il l’est.

Mais paradoxalement c’est pour mieux démasquer le sel de la vie, mieux être en son cœur qu’il établit cette distance.

 

 

 

 

 

 

 


L’avenir est toujours doté de deux aspects, de deux visages : d’abord, le plus beau, celui, ondoyant, dansant, brumeux, poudroyant et puissamment attirant de tous les possibles, puis, une fois réalisé, matérialisé, cristallisé, le visage tangible qui nous étonne à tout coup et nous laisse toujours peu ou prou sur notre faim.

 

 

 

 

 

 

 


Oh… l’avenir est déjà là !

Et il ne se ressemble guère.

 

 

 

 

 

 

 


Ce que nous appelons « le Mal », c’est la dégradation, la destruction, l’entropie (et, par extension, tout ce qui s’y rattache). Ce à quoi semble s’opposer, par exemple, une force telle que la Vie, le phénomène du Vivant, lequel aspire à la continuation de lui-même de toutes ses forces.

Mais construire, maintenir et détruire sont les trois « piliers » du cosmos. Le renouvellement des choses, leur reviviscence se fait toujours au prix de la fin et de la destruction. Le « Mal » nous gêne, mais il est indissociable de la bonne marche du monde. Car sans destruction, aucune évolution, aucune invention ne serait possible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


P. Laranco.

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 10:13

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 10:19

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Photos : P.  Laranco.

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 10:06

 

Le jeudi 19 juillet 2012

à 18h

à l’INSTITUT FRANÇAIS DE MAURICE

 

 

 

 


aura lieu le

LANCEMENT de la

COLLECTION « ESSAIS ET CRITIQUES LITTERAIRES »

de L’ATELIER D’ECRITURE

 

 

 

 


Deux ouvrages de Françoise LIONNET seront à l’honneur :

 

 


Ecritures féminines et dialogues critiques. Subjectivité, genre et ironie.


Le su et l'incertain. Cosmopolitiques créoles de l'Océan Indien

 

 

 

 


En présence de l'auteur et du Directeur de la collection Bruno JEAN-FRANCOIS

 

 

 

 


Pour en savoir plus sur l’auteur :

http://www.complit.ucla.edu/people/faculty/flionnet/

 

 

 

 

 

 

 


ENTREE LIBRE.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Institut Français de Maurice

30 avenue Julius Nyerere

Rose Hill

4674222

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 20:41

Dimanche Culture  

sur Radio One

de 9h00 à 12h00

 

 

 

 


Au menu de cette 147ème édition:

 
Elie Semoun, humoriste, qui sera sur les planches le 13 juillet prochain
Jean-Pierre Lenoir pour son livre-témoignage La vallee des hippopotames qui raconte la saga des familles mauriciennes établies au Zimbabwe depuis les années 50
Le Dr. Robert Cossinon sur les traces, dans les Ardennes et à Maurice, de Hubert Louis Lorquet, élève de Bernardin de St Pierre, prof au Collège Royal et enterré au cimetière de Pamplemousses en 1843 et
Cyril Ramdoo (Fraudere Mariaz) qui évoque dans Tranches de souvenirs sa naissance  rue Mgr Leen et son enfance dans le Ward 4 dans les années 50/60

 

 

 


Bon dimanche et bonne écoute……

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 20:17

 

Universitaire, Issa ASGARALLY est l’une des figures centrales de la vie intellectuelle mauricienne. Présent dans la capitale française à l’occasion du Salon du Livre de Paris, il en a profité pour venir gratifier les membres et sympathisants de l’Association Réunionnaise Communication et Culture (ARCC) de cette conférence.

Son dernier ouvrage, intitulé  Comme un roman sans fin et autres textes, regroupe huit textes et a été préfacé par Ananda Devi.

Mais un thème lui tient particulièrement à cœur : ce qu’il appelle « l’interculturel ». Ce thème a déjà fait de sa part l’objet d’une publication en 2006, conjointement, justement, avec l’ARCC.

En tant qu’homme de l’océan Indien, il a été tout naturellement amené à se poser la question de savoir « quelles passerelles » pouvaient exister « entre la Créolie et l’Interculturel » et il y a réfléchi avec une autre figure intellectuelle de premier plan dans cette région insulaire et multiculturelle s’il en est : « le poète et penseur-évêque » réunionnais Gilbert AUBRY.

Il s’interroge d’abord sur le mouvement de « la  Créolité ».

Premier rappel : « l’origine du mot « créolité » est poétique », puisqu’on le doit aux poètes antillais Edouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU.

A l’Île Maurice, le concept de « créolité » est reconnu sous la forme (bien restreinte) d’ « un festival officiel par an, organisé par le Ministère de la Culture ».

En 2005, Issa Asgarally lui-même a fait paraitre un essai, qu’il a intitulé L’interculturel ou la guerre. Titre fort explicite, qui, malheureusement, recouvre bien la situation potentiellement explosive qui règne actuellement sur « l’île arc-en-ciel ». Suite à cet essai, l’intellectuel mauricien a ressenti le besoin de créer un organisme, la  FONDATION POUR L’INTERCULTUREL ou FIP, basé à Maurice (*) et dans laquelle s’est aussi pleinement engagé J-M G LE CLEZIO. Cette fondation organise des colloques (dont l’un se tiendra à Sérisy, en France, du 24 au 27 septembre prochains) ainsi que des dons de « livres de fiction » en provenance de « toutes les aires culturelles » aux enfants mauriciens.

Pour Issa Asgarally, le concept d’Interculturel a ceci d’intéressant qu’au rebours de ce que recouvre le concept de « créolité », il s’enrichit d’«un  aspect universel » et s’articule donc à la problématique de la PAIX planétaire, ce qui le rend bien plus large et bien plus ambitieux.

Mais tout d’abord, qu’entend-on par « créolité » à l’Île Maurice ?

L’appellation de « Créoles »,  M. Asgarally nous le rappelle,  a été originellement attribuée à une frange bien précise, restreinte de la population de l’ancienne « Île de France », à savoir « les descendants d’esclaves » importés par les colons blancs Français au tout début de l’histoire de l’île (XVIIIème siècle), désignés encore par le terme d’AFRO-MAURICIENS.

Cependant, par la suite, la venue - en quantité massive - de populations en provenance du sous-continent indien sous la domination anglaise a quelque peu contribué à élargir cette dénomination de « Créoles ». Aujourd’hui, l’Île Maurice est officiellement divisée (et cloisonnée) en quatre « COMMUNAUTES » :

1.-les Hindous, qui sont largement majoritaires.

2.-les Musulmans, qui sont eux aussi d’origine indienne.

3.-les Sino-Mauriciens (d’origine chinoise).

4.-et pour finir, la « POPULATION GENERALE », sorte de fourre-tout qui englobe tout aussi bien les Créoles proprement dits que les descendants des colons français exempts de mélange, en passant par toute la gamme de croisements (et de teintes) possibles et imaginables entre Blancs, Indiens, Noirs, Chinois, par opposition aux Asiatiques de pure souche.

Chaque communauté demeurant jalousement fermée sur elle-même, le fameux FESTIVAL DE LA CREOLITE qui se tient annuellement  est volontiers perçu par l’ensemble des Mauriciens comme un « festival de Créoles, par les Créoles, pour les Créoles », qui ne concerne donc en rien les autres. Tout le contraire de ce qu’un Glissant ou qu’un Chamoiseau entendaient par « créolité » !

Car Glissant et Chamoiseau ont fait « bouger » le sens de ce concept ; grâce à eux, la notion de créolité a pris une ampleur, une altitude qui lui ont permis de s’éloigner de la conception îlienne d’origine, plutôt restrictive. Grâce à eux, l’acception « créole » a acquis une dimension planétaire et relationnelle et de ce fait a récusé toute notion d’enfermement identitaire étroit. Asgarally, dans leur sillage, le clame : « il n’y a pas que les racines », même si elles sont importantes.

Hélas, à Maurice, on est encore loin de Glissant et de Chamoiseau. Ainsi que nous venons de le voir, le concept de « créole » reste « très, très limité » (pour ne pas dire même étriqué). Jusqu’au fameux festival, qui s’est vu « instrumentalisé politiquement ».

Mais ceci s’explique tout à fait lorsqu’on entend Asgarally préciser que l’île a choisi pour « politique officielle » le MULTICULTURALISME.

Cette forme bien particulière de reconnaissance des spécificités culturelles se traduit de la façon suivante : « chaque communauté reconnue avec sa langue d’origine, son centre culturel, ses chefs religieux et ses représentants politiques ».

On peut se demander à bon droit si cela est le bon choix quand on sait que, comme se le remémore le conférencier, « en février 1999, il y eu [à Maurice] des émeutes dont l’épicentre était Quatre Bornes ». Ce déchaînement d’hostilité intercommunautaire eut pour (triste) résultat des « magasins incendiés » et de malheureuses gens sauvagement blessées « à coups de sabre ».

Issa Asgarally développe : « il y a le côté réussite de Maurice, avec beaucoup d’acquis » (ces acquis, nous les connaissons, et les saluons : démocratie, miracle économique de type « émergent » qui a fait augmenter notablement le niveau de vie); et pourtant, lors de ces tensions et remous –somme toute assez récents – « on a été au bord de l’affrontement interethnique », si ce n’est même du basculement, de l’embrasement généralisé. C’est dire si « le pays est fragile ». La conclusion d’Asgarally, à ce propos, est franche, directe : il faut en arriver à « dépasse la mosaïque multiculturaliste », car le multiculturalisme a été trop loin. Et s’est, en quelque sorte, perverti.  Il semble que ce qui a été dans un premier temps « un acquis » se soit perversement retourné contre l’intérêt même de la société, de la nation mauriciennes. M. Asgarally poursuit : l’acquis est devenu désormais « un obstacle, une sorte de compartimentage ».

La culture s’est muée en « un mur », une « assignation à résidence », tant et si bien que, dans l’état actuel des choses, « à la moindre perception d’une frustration, ça éclate », ça prend la forme de ce genre d’opposition violente mentionnée plus haut.

La crainte de l’éclatement, de la guerre transparait dans les propos de M. Asgarally. Mais il a la solution et, à ses yeux, cette solution est la seule : « il faut transcender le multiculturalisme par l’Interculturel ».

Car on ne peut pas continuer ainsi, avec cette cuisine politicienne (au demeurant subtile) qui s’appuie sur l’appartenance ethnique, religieuse, quand ce n’est pas, même, sur des appartenances de caste, lesquelles se trouvent également prises en compte. De la sorte – et même si, au départ (en 1968), ça partait d’une bonne intention – « on réduit l’être à sa couleur, sa religion, son sexe, sa nationalité ». Les diverses religions elles-mêmes  se trouvent à ce point instrumentalisées par la politique (par le truchement de leurs divers chefs) qu’elles finissent par se vider de leur dimension spirituelle véritable.

Or, « l’homme et la femme sont des êtres multidimensionnels » et, si l’ « identité » existe, elle ne peut se situer que dans « la somme de nos appartenances ». Issa Asgarally enchaîne : « il y a des appartenances qui nous sont imposées : le sexe, la couleur, la religion, le nom ». Mais auprès de cela, il y a aussi, et fort heureusement, « des appartenances acquises, librement consenties », qui font en sorte que « l’identité est une construction permanente ». Par ailleurs, n’oublions pas que « l’identité d’un individu est unique, comme notre ADN, et ce même chez deux jumeaux ».

Avec le multiculturalisme à la mauricienne, rien de tout cela n’est pris en compte, « c’est l’inverse ». L’identité « se fige », donc se sclérose en devenant la définition unique et définitive de chaque individu.

A ce multiculturalisme de cloisons étanches, Issa Asgarally oppose deux autres options, deux autres modes de gestion de l’identité : ce qu’il qualifie de MONOCULTURALISME (à savoir un système d’une seule culture, axé sur la « reconnaissance institutionnelle d’une langue, d’une culture, d’une religion », comme c’était par exemple le cas pour Maurice « en période coloniale » ou comme ça l’est encore pour la France jacobine, centralisatrice), mais surtout l’INTERCULTUREL, incarné à ses yeux de façon particulièrement brillante par la figure de l’écrivain J-M G Le Clézio qu’ainsi que nous l’avons déjà vu, il connait personnellement.

A lui seul, Le Clézio prouve que l’Interculturel « n’est pas une utopie ». D’origine bretonne mais issu d’une famille  fixée à Maurice où l’on pratiquait « le créole à la maison », né à Nice et marié à une femme marocaine, le Prix Nobel de littérature a  de surcroît vécu « pendant longtemps » à Albuquerque (Nouveau Mexique, Etats-Unis) au milieu des Indiens d’Amérique. Au plan linguistique, le célèbre auteur est « anglophone, hispanophone et parle des langues indiennes ».

Marqué par les ravages du multiculturalisme dans son île, Issa Asgarally reste persuadé qu’ « on peut aller plus loin ». Ne serai-ce que sous l’effet d’une urgence pressante : « ça menace la paix ». L’intellectuel mauricien n’hésite pas à citer, à titre d’illustration, le lamentable cas du musicien afro-mauricien KAYA qui défraya la chronique locale il y a de cela quelques années par son décès brutal survenu « en cellule ». Asgarally précise à ce propos que son exemple n’est hélas pas unique dans un pays où « la majorité des policiers sont hindous » et où règne, dans certaines catégories de la population, une « révolte contre l’état » plus ou moins larvée. Il en profite alors pour dénoncer ouvertement ce « slogan creux » de « l’unité dans la diversité » dont on rebat les oreilles des Mauriciens. En réalité, une telle conception du corps social n’a eu pour résultat concret que celui de « diviser les gens », de sorte qu’ « on recherche maintenant une unité introuvable ». L’idée de «  nation arc-en-ciel » commence à devenir problématique. Il serait grand temps, aux dires de M. Asgarally, d’inverser le slogan initial et de le mettre bien plutôt en avant sous la forme : « la diversité dans l’unité ».

Mis en place dans le souci (à la base compréhensible, voire louable) de se démarquer du monoculturalisme colonial, le multiculturalisme mauricien, à présent clairement menacé d’embourbement, d’impasse dangereuse, n’a d’autre choix que celui de se dépasser à son tour dans un nouveau paradigme, l’Interculturel.

Edouard SAÏD le disait déjà, et Asgarally le rappelle : « l’intellectuel doit avoir une fonction critique ». Tel est son rôle. Telle est sa raison d’être, surtout dans une société telle que celle de l’Île Maurice, fragile, en recherche d’elle-même parce que demeurée à l’état de melting-pot raté. Le multiculturalisme ne doit pas être compris comme un enfermement, un cloisonnement. Bien au contraire…il doit permettre (et il pourrait permettre) « la découverte d’autres cultures » et le dépassement de la peur de la différence, du repli jaloux sur une identité communautaire étriquée autant que rigide. Le vrai multiculturalisme, c’est le contraire du morcellement (plus ou moins) hostile. « C’est la rencontre qui est importante », et non le quant à soi.

« Le patrimoine mondial, quant à lui, appartient à tout le monde ». L’allusion, ici, est claire : Maurice, comme tous les pays, possède des sites associés au patrimoine national. Deux sites sont particulièrement connotés en tant qu’étroitement associés à l’Histoire locale : LE MORNE (ancien refuge des esclaves en marronage, c'est-à-dire en fuite) et l’AAPRAVASI GHAT où débarquèrent, à l’époque anglaise, des milliers de coolies indiens destinés à remplacer les esclaves noirs dans les champs de canne à sucre. Que ces sites soient de la sorte reconnus pour ce qu’ils ont été, pour ce qu’ils représentent, « c’est une bonne chose ». Il est par contre, dans l’esprit de M. Asgarally, tout à fait regrettable qu’ils soient désormais devenus des objets d’ « appropriation ethnique », le Morne pour les Afro-Mauriciens (Créoles) et le Ghât pour les Indiens (Hindous d’abord, puis Musulmans).

« Attention à l’ethnie ! » prévient, assez solennellement, l’orateur. Parce que, tout simplement, « ça peut devenir le nouvel avatar de la race ». Que penser, par exemple, de la dénomination donnée à l’état d’Israël d’ « état juif » ?

Asgarally – quoi qu’il ait une voix douce, chantante et typiquement mauricienne – martèle : « il n’y a qu’une race humaine ». Ce fait l’amène ainsi à réfuter le mot « multiracial ». Les mots sont en effet, à ses yeux d’intellectuel, de première importance dans le façonnement de nos pensées, de notre pensée. Aucun doute : « il faut commencer par changer son langage » pour combattre le racisme.

En décembre 2011, Issa Asgarally a eu des échanges d’idées avec Gilbert Aubry. Cela lui a permis d’effectuer la comparaison entre la créolité mauricienne et la créolie réunionnaise. Il l’avoue : cette dernière lui parait nettement « plus intéressante ». A La Réunion, en effet, le mot « créole » a réussi à conserver son sens premier, son « sens étymologique » désignant tout individu « né dans les îles ». Voilà qui permet aux gens de l’île sœur de se définir, dans leur ensemble, comme des Créoles et de s’assumer en tant que tels, d’une façon toute naturelle. « Tout le monde est créole » et cette identité transcende les groupes ethniques, donnant une plus grande fluidité au métissage tant ethnique que culturel. Comme le dit si bien M. Asgarally, « ça transcende la créolité, c’est au-delà des communautés ». A La Réunion et dans le champ strictement intellectuel, c’est à Mgr. Aubry que nous devons, justement, ce précieux concept de « créolie ». I. Asgarally constate que, maintenant, ledit concept, d’abord poétique, « s’étend au niveau des îles ».

Mais si l’harmonie identitaire réunionnaise (pourtant à base de multiculturalisme) fascine, on le sent, l’auteur mauricien, celui-ci n’en répudie pas moins aussi, finalement, le vocable et l’idée de « créolie », auxquels il a choisi de préférer résolument le mot « interculturel » ainsi que toutes les acceptions qui lui sont attachées. Il s’en explique : « créolie » demeure « trop restreint aux îles », alors qu’en regard, « interculturel » est un thème « plus universel ». Aussi

l’interculturel est-il l’objectif, le combat de sa fondation FIP. Et ce à l’échelle planétaire. Car, dans son optique, paix civile et paix internationale sont liées.

Tout se ramène, en notre époque de globalisation inédite, au contact entre les cultures (« grandes » ou « petites ») et ce contact – de plus en plus inévitable – pose la question de l’option à adopter : antagonisme ou dialogue ?

La fondation d’Asgarally a eu l’occasion de s’élever haut et fort contre les idées que véhicule le fameux best-seller (au demeurant, il le signale, « livre de chevet des conseillers de George W. Bush ») Le choc des civilisations, écrit par l’américain HUNTINGTON. Huntington, explique-t-il, « crée de toutes pièce sept civilisations puis postule qu’il y aura automatiquement un conflit ». D’après lui, il y a de fortes chances pour que ce conflit soit celui « du Christ contre Mahomet ». L’ouvrage de Huntington apparait comme une machine idéologique qu’Issa Asgarally n’hésite pas à qualifier de « dangereuse ». D’ailleurs, Le Clézio n’a-t-il pas pris la peine d’écrire un texte, « encore inédit », qui s’intitule  Contre Huntington ? Il ne faut pas, pour autant, aller jusqu’à interdire cet ouvrage va-t-en-guerre. Bien au contraire, aux fins de le réfuter, on doit absolument le lire. Il en va de même, d’ailleurs, selon l’orateur, de tous les livres de ce genre.

Issa Asgarally médite ensuite sur la notion de culture : à y bien regarder, « où sont les frontières d’une culture ? », en vient-il à se demander. Car, constate-t-il, « il y a tellement de  courants et de contre-courants, à l’intérieur d’une culture ! ».  On aurait grand tort de voir en les diverses cultures humaines « des blocs homogènes et monolithiques ». Mieux même : si l’on veut pousser le raisonnement encore plus loin, le mot « culture » « n’a pas de sens ». L’hétérogénéité inhérente à toute culture en fait, du point de vue de l’orateur, « une configuration multipolaire aux frontières mouvantes ». Depuis que le monde est monde, les populations humaines se sont déplacées, ont migré et sont entré en contact avec d’autres populations, d’autres influences.

Il faut voir par conséquent les cultures comme des entités non point fixes mais de nature dynamique et en état perpétuel d’ « évolution » du fait des « influences » et des « échanges » mutuels qu’elles subissent et entretiennent.

Voilà pourquoi « diviser les gens » peut être si lourd de conséquences. Les antagonismes se créent –presque toujours – artificiellement, sous l’effet de dangereuses manipulations idéologiques et politiques.

Dans une telle perspective, la « créolité  mauricienne » ne peut qu’apparaitre « obsolète », ne serait-ce que par rapport à la démarche d’un Edouard Glissant, tandis que la Créolie réunionnaise, tout au contraire, se rapproche beaucoup plus de la conception d’interculturel prônée par l’orateur.

Autre point noir : « il y a des gens qui préparent la guerre et qui rêvent la  guerre ». Face à un tel péril, l’intellectuel mauricien conseille, plutôt modestement : « il faut faire ce qu’on peut » et s’affirme, dans le même temps, persuadé que l’ « on peut, par des moyens non-violents, changer les choses en profondeur ». A l’appui de sa certitude, il met en avant le Mahatma Gandhi ainsi que l’action de Nelson Mandela. Certes, les choses sont difficiles à changer, mais elles y parviennent, « dans le temps », quoique d’une manière extrêmement lente. Pour prendre un autre exemple, l’orateur se réfère au cas des Etats-Unis : n’oublions pas, signale-t-il, que « l’Amérique est un grand génocide » ; cela ne l’a pas empêchée, au fil du XXème siècle, de progresser, entre autre avec le Mouvement des Droits Civiques.

Dans l’ensemble, Asgarally est convaincu que l’humanité progresse. En dépit de tout ce qui a pu se passer – et de tout ce qui se passe encore – les consciences évoluent dans le bon sens. Peut-être y a-t-il lieu ici de remettre à l’honneur une citation fameuse que l’on doit à Gandhi : « Soyez le changement que vous proposez ». Car tout, toujours, commence par la volonté, par l’élan intérieur dans le sens d’une transformation interne. En quelque sorte et en somme, rien ne nous vient jamais de l’extérieur.

Pour Asgarally, la couleur de peau ne saurait être une identité et, de ce fait, ce qu’il est convenu d’appeler « la revendication noire » est, à son avis, sous un certain angle, totalement dénuée de fondement et de sens : « sur 100 000 gènes [figurant dans le patrimoine génétique humain], six seulement déterminent la couleur de la peau ». Aussi faut-il se garder de « s’arrêter sur la couleur ou le sexe » (les femmes, par exemple, ne doivent, pas plus que les Noirs, se voir « idéalisées » : quand elles sont au pouvoir, elles ne se démarquent guère, par leur comportement ni leurs actions, des hommes, les cas célèbres d’Indira Gandhi qui mena une guerre contre le Pakistan ou de Margaret Thatcher en font bien foi ; quant à Obama, il faut voir en lui « un président U.S comme un autre », c'est-à-dire un homme qui « défend les intérêts des Etats-Unis » et rien de plus)…ou même « la nationalité ». « Maurice, fait remarquer Asgarally, c’est partout, au Canada, en Australie… ».

Les frontières, au fond, se révèlent aussi poreuses, aussi nomades que les êtres. Il en a toujours été ainsi. Il en est ainsi plus que jamais, la globalisation aidant. Raison pour laquelle « l’identité nationale » est, au même titre que l’identité « communautaire », une notion restrictive, limitative…et complètement dépassée.

Pourtant, de nos jours encore, une notion aussi riche, aussi prometteuse que l’Interculturel continue de n’intéresser pour ainsi dire que « des littéraires ». Fait que déplore l’orateur qui souhaiterait bien, par exemple, « que les sciences sociales – particulièrement l’anthropologie et la paléoanthropologie – »   marquent davantage d’intérêt à l’Interculturel, mais aussi à la Créolie et à la Créolité. Tout trois possèdent en effet « une dimension globale et pas seulement littéraire », tant s’en faut, qui, par les temps qui courent, mériterait d’être infiniment plus mise à profit qu’elle ne l’est.

Les cultures humaines sont vouées à s’enrichir mutuellement, à se compléter. Pourquoi ?

Issa Asgarally nous fournit la réponse, qui apparait très simple : « aucune culture n’englobe la totalité de l’expérience humaine ». Ainsi l’Homme ne peut-il se réaliser pleinement, se compléter lui-même que dans l’interculturel, et par l’interculturel. Les plus grandes, les plus brillantes  réussites civilisationnelles ont du reste été, au cours des âges, de patentes « aventures interculturelles » et là, M. Asgarally pointe l’Islam médiéval et l’Andalousie.

L’autosuffisance culturelle, religieuse est une vue de l’esprit. Quand elle n’est pas la plus sûre garantie d’une sclérose mortifère…

Le message d’Issa Asgarally ? Enrichissant, intelligent. Un message d’intellectuel, presque de philosophe, de haute volée.

Un tel message – que l’on pourrait qualifier de message de dépassement des identités, de  « message métis » ne pouvait naître que sur nos rives de l’Océan Indien vouées, de tous temps, à l’ouverture sur le grand large et aux brassages les plus complexes.

Ce qu’il ressort de tout cela ?

L’Île Maurice a peut-être manqué  son passage par le stade national , ce passage dont on a fait une obligation pour chaque pays  , à partir du modèle d’émergence nationale de la vieille Europe.

Mais, à l’heure qu’il est, ce stade national n’est-il pas lui-même dépassé ? N’est-il pas, même, dangereux en ce sens que, loin de supprimer le problème de l’antagonisme entre groupes humains, il le déplace simplement à une autre échelle, non plus celle des « communautés » ethniques ou autres à l’intérieur d’une même nation  mais, infiniment plus périlleusement encore, de par l’orgueil national et le désir de suprématie qui en découle, à l’échelle d’une planète entière et d’un genre humain entier auxquels ils font courir un risque de destruction massive ?

A cette lumière, faut-il considérer le cas de Maurice comme un échec ?  Certes, oui, en un sens, car, comme le note M. Asgarally, ça rend le pays « fragile » et partant, à y bien regarder, guère plus à l’abri des « guerres tribales »   que les autres pays neufs issus des indépendances et de l’héritage postcolonial (comme, par exemple, Sri Lanka ou encore les états de l’Afrique Noire). Pourtant, paradoxalement, cet échec peut se muer en chance. Celle d’échapper au sentiment trop fort d’appartenance  nationale et de montrer, de la sorte, qu’une autre gestion, moins rigide, plus plastique, plus multiple du lien à un pays est possible.

Maurice, par exemple, échappe à la chape de plomb de la monoculture assimilationniste telle qu’elle est cultivée en France, et c’est déjà ça. Mais peut-être aurait-elle tout de même gagné en équilibre en s’inspirant davantage d’un « modèle » tel que le modèle américain qui, quelques soient par ailleurs son déplorable caractère hégémonique, offre au moins   le mérite d’avoir su bâtir une nation unie (melting- pot)  sans jamais chercher à couper le lien qui unit ses habitants à leurs racines et à leurs spécificités ancestrales (la fameuse « nation of immigrants »). Reste que Maurice est un pays trop récent pour avoir eu le temps historique nécessaire à une telle entreprise, et que tout reste à faire…

Le pays n’a plus le choix : il va lui falloir, en somme, réaliser un deuxième « miracle mauricien », non plus économique celui-là, ni même axé sur les institutions politiques, mais d’ordre sociétal.        

 

 

P. Laranco.     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) site web : www.fipinterculturel.com

 

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 14:58

Premier roman en comorien, l'enfance d'une nouvelle littérature des îles

Premier roman en Comorien, l'enfance d'une nouvelle littérature des îles

" Il aura fallu plus de 25 ans depuis le tout premier roman paru aux Comores en 1985 pour que cet archipel francophone et arabisant ose publier un roman en langue locale, le comorien, un parler fortement imagé proche du swahili. "

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Mtsamdu Kashkazi kusi Misri,

un roman de Mohamed NABHANE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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