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Ce blog s'intéresse à la poésie, à la littérature de l'Océan Indien, à la philosophie, aux sciences, à l'Homme et au sens de la vie.

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" Le mystère le l'Homme de Florès " sur ARTE hier soir.

En science, il n’y a pas de place pour les certitudes, elles durent peu.

La découverte, dans l’île indonésienne de Florès, des restes fossiles d’un hominidé très spécial, était tout sauf ce à quoi les paléontologues s’attendaient : « un squelette si petit que les archéologues n’en ont jamais vu de pareils » ; « stupéfiant » !

" Tout un pan de l’évolution nous échappe !"

Avec la mini créature dont la taille atteignait à peine un mètre, on a vu naître une « polémique immédiate » qui alla même jusqu’à mettre en jeu des « réputations et des carrières ».

Et cependant cette découverte, nous l’apprenons, ne « doit rien au hasard ».

On nous raconte que tout commença en Australie, sur la côte ouest du Kimberley où des peintures rupestres vieilles de 30.000 ans n’en finissaient pas d’intriguer les scientifiques locaux. Ces peintures rupestres signalent, en effet, une riche culture : elles offrent des représentations de danseurs, de pécheurs et surtout – le plus étonnant peut-être – de cerfs, animaux ne faisant absolument pas partie de la faune indigène du continent australien. D’où la question : « ces étonnants artistes rupestres venaient-ils d’Asie ? » et son corollaire : les paléontologues australiens se sont tourné vers les îles de la Sonde toutes proches. Ils furent d’autant plus attirés que par là-bas que leurs confrères indonésiens avaient, de leur côté, mis à jour des indices prometteurs : des fossiles et des outils de pierre datant de 700.000 ans. Nouvelle étrangeté car l’île concernée par ces découvertes anciennes, Florès, se trouve à l’est de la fameuse « ligne Wallace » qui sépare radicalement faunes asiatique et océanienne (« à l’ouest de cette ligne est le tigre, à l’est le kangourou »).

Ainsi, on est amené à se demander comment un hominidé a pu franchir la ligne Wallace.

A Florès, la grotte de Liang-Bua est un lieu de fouille non seulement énorme, mais aussi d’une profondeur unique en Asie (un véritable « puits de mine »).

La découverte, à 6 mètres de profondeur, d’un tout petit os humanoïde focalise l’attention des paléontologues alléchés, de sorte que le champ de fouille devient rapidement l’un des plus grands d’Asie.

Pourtant, la déception ne tarde pas à survenir : tous ces efforts ne sont récompensés que par la collecte d’une unique dent énigmatique. La poursuite de la fouille s’en trouvera bientôt menacée, compte tenu du manque de temps et du manque de fonds. C’est au moment où l’on s’apprêtait à abandonner la partie que LA DECOUVERTE a lieu : voilà qu’on récolte un squelette ! On est aussitôt frappé par les caractéristiques archaïques qu’offre le crâne : absence de front comme de menton et arcades sourcilières proéminentes.

La taille étonnamment réduite de la créature fossile laisse croire qu’il s’agit d’un enfant. Et bien, non : à y mieux regarder, il s’avèrera que ces os sont ceux d’une femme adulte !

Cette « femme » avait des jambes courtes et de grands pieds qui, avec ses autres caractères, lui valurent, outre la dénomination scientifique d’Homo Florensiensis, celle, plus familière, de Hobbit. Sept autres hobbits furent rapidement découverts par la suite, accompagnés  -mazette ! – de traces de charbon de bois et de restes d’animaux dépecés, ce qui tendrait à démontrer que ces êtres pratiquaient la chasse et avaient la « maîtrise du feu ».

Le paléontologue australien Peter Brown se penchera plus particulièrement sur les boîtes crâniennes, qu’il jugera « plus petites que celles d’un nouveau-né ou, même, d’un chimpanzé », avec une capacité crânienne de juste 400 cm3.

C’est alors qu’on s’aperçut qu’on avait affaire à une « découverte unique ».

« Le hobbit semble remonter aux tout premiers hominidés bipèdes, datant de 2,5 à trois millions d’années ».

Restait, ceci posé, à procéder à la datation des ossements. Burt Roberts s’en chargea et établit qu’ils remontaient à moins de 30.000 ans.

Ralph Holloway, à ce propos, précise : « leur place chronologique est juste avant Homo Sapiens, mais ils ont un cerveau de chimpanzé », ce qui pose, comme on le voit, problème. Il fallait donc bien s’assurer que la datation était sûre. Ce fut Chris Turney qui s’y colla, établissant une fourchette de 13.000 à 10.000 ans.

Cependant, sur ces entrefaites, les précieux ossements disparurent.

Ils avaient été « kidnappés » par le Professeur Toukou Jacob, tout puissant pape de l’archéologie indonésienne, qui, pour sa part, ne voyait en la troublante trouvaille que les « restes sans intérêt d’un Homo Sapiens »

Il n’était pas seul à penser cela, d’autres experts ne tardèrent pas à le rejoindre. La controverse s’enflamme, un véritable clan de « sceptiques « se crée, qui dénoncent une totale erreur d’appréciation.

Selon eux, le hobbit n’est pas autre chose qu’un « pygmée malade », dont « le cerveau a été altéré par une affection, qui porte le nom de microcéphalie ».

Qu’est-ce que la microcéphalie ? Pour le savoir, le reportage nous entraîne sur la piste d’un certain « Bébé » qui fut l’un des bouffons du Duc de Lorraine, et dont les scientifiques se mirent, pour l’occasion à étudier les restes. Ils en tirèrent la conclusion qu’après comparaison entre ce « Bébé » et le hobbit, le cerveau de ce dernier n’avait strictement rien à voir avec celui d’un microcéphale. Mieux même : « la forme du cerveau du hobbit est tout à fait le contraire de celle du cerveau des microcéphales ».

On en vint ensuite à se pencher sur les dents de notre fossile. Là encore, la querelle fit rage. Tandis que Shana Bellay soutenait mordicus que « c’était un mystère » et que les individus qu’elle avait étudiés avaient révélé « de drôles de prémolaires », Tim Broomage, avec les sceptiques, assurait tout aussi catégoriquement : « il n’y a pas une de ces dents qui échappe à la variabilité humaine ».

En fin de compte, ce fut la thèse de Shana Bellay qui s’imposa : « aucune maladie n’altère si profondément les dents », « ces mâchoires sont complètement différentes ».

Sur ce, la majorité des spécialistes parvint à conclure que « les arguments en faveur d’une pathologie » avaient « tous été réfutés ».

A ce stade, il restait encore à démontrer qu’on avait bel et bien là une « nouvelle espèce ». Pour ce faire, on se tourna vers un spécialiste de l’ossature des mains et des pieds. Celui-ci, interviewé, nous explique que « les poignets révèlent l’évolution des primates » et que c’est la raison pour laquelle il a étudié avec attention « les carpes de centaines d’espèces de primates différentes ». Nous avons, par conséquent, affaire à un spécialiste pointu en lequel on peut se permettre d’avoir confiance et qui, pour éclairer notre lanterne, nous précise encore que « le poignet humain s’est spécialisé dans le mouvement transversal, au rebours des poignets des primates non humains ».

Qu’en est-il du mystérieux hobbit ?

Un examen de ce chercheur, qui s’avèrera décisif, aboutira à une conclusion on ne peut plus formelle : « le hobbit est bien réel. Il s’apparente aux premiers hominidés et aux chimpanzés ».

Coup de tonnerre dans le ciel des schémas paléontologiques établis.

Face à ce « cheveu sur la soupe », les savants, ébranlés, se mettent à parler de « défi ». Force leur est de reconnaître à quel point, en fait, leurs « connaissances souffrent d’énormes lacunes ».

Comment prétendre brosser l’histoire de l’évolution humaine quand on ne dispose, en tout, que d’un dérisoire patrimoine de quelques 200 crânes et de 6 squelettes d’hominidés fossiles, flanqués de « fragments peu exploitables » ?

Les scientifiques se seraient-ils laissé aller à extrapoler, à bâtir des schémas pour ce que l’homme ne supporte pas l’incertitude ?

Ont-il eu tendance à, quelque peu, oublier la réalité des faits bruts ?

La découverte du hobbit est salutaire en ce qu’elle les bouscule, et les oblige à convenir qu’ « on ne sait toujours pas grand chose de l’histoire de l’humanité ».

Ce qui est sûr, en tout cas, c’est la nécessité, l’obligation qui leur est faite de renoncer à l’idée d’une « progression linéaire » en matière d’histoire de l’évolution humaine. Deux idées chancèlent au passage : celle de la savane africaine en tant que berceau, et celle que « tout est dans le cerveau ».

« Créature déroutante », ce damné hobbit « ne cadre pas avec les certitudes des paléontologues », et, en tant que tel, ramène à l’idée que la précipitation est l’ennemie de toute science. On mesure, de la sorte, combien le scientifique doit se défier de ses réflexes liés à son humanité (expliquer, se rassurer en élaborant des « systèmes » qui se tiennent) ou encore, simplement, à son ego (« c’est ma théorie, j’y tiens, je m’y accroche, je ne supporte pas la remise en cause, je tiens à mes bonnes vieilles habitudes »).

Pas de science sans prudence extrême et, par dessus tout, sans humilité. Voilà, peut-être, la leçon de cette belle – et curieuse - histoire.

Passé le premier choc et le premier émoi générateur de remous, les scientifiques sentent désormais la nécessité de repenser toutes leurs notions. « Des scientifiques du monde entier travaillent maintenant main dans la main » autour de cette énigme que constitue le hobbit, ce bousculeur d’idées reçues.

Tout d’abord, qui était son ancêtre ?

On a , bien entendu, avancé comme candidat l’Homo erectus. Florès est tout de même proche de l’île de Java, où fut découvert, au début du siècle dernier, le fameux « pithécanthrope » ou Homme de Solo, prototype de cette espèce fossile dont, selon toute probabilité, nous descendons aussi, et qui, selon la théorie officielle actuelle, aurait quitté le berceau africain voici 1 million 800.000 ans. Aux dires de De Voos, l’insularité aurait suffi, selon un processus bien connu des biologistes (dit « nanisme insulaire ») à transformer le grand Homo erectus pourvu d’un gros cerveau presque semblable au nôtre en un modèle réduit d’Homo erectus, qui ne serait autre que notre hobbit.

Dans les îles de la Sonde, le nanisme insulaire est attesté par la découverte, due à De Voos, d’un stégodon pygmée (éléphant guère plus gros qu’une vache) dans l’île de Timor.

De Voos soutient que « toutes les caractéristiques du hobbit peuvent s’expliquer par l’insularité ».

Pourtant, concède-t-il dans le même temps, « rien n’est simple », et certains spécialistes sont maintenant enclins à relier le hobbit non plus à l’Homo erectus, mais à une ascendance beaucoup plus archaïque, celle des australopithèques qui, eux, étaient déjà de très petite taille.

Le hobbit « naturellement petit » et, donc, cousin – sinon frère – de Lucy ? A ce propos, on prend l’avis d’Yves Coppens, qui se déclare sceptique : « je ne crois pas à une filiation directe entre Lucy et Floresiensis ». Ce qui n’empêche pas d’autres savants de prendre le taureau par les cornes en se rendant en Indonésie munis de restes appartenant au squelette de la célèbre australopithèque. La comparaison est parlante : « les os s’emboîtent parfaitement ».

Qu’est-ce à dire ?

Tout ce faisceau de données laisse les scientifiques songeurs. Ils réfléchissent : « les connaissances concernant l’Asie sont maigres », « les prairies asiatiques sont plus vastes et plus anciennes que les prairies africaines ».

On entraperçoit là une « théorie révolutionnaire ».

« Qui vivait hors d’Afrique il y a deux millions d’années ? »

Le hobbit soulève « toutes sortes de questions sur le lieu de naissance de l’espèce humaine ». Pourquoi ne serait-ce pas l’Asie ?

De l’autre côté de ce continent, à Dmanissi, en Géorgie, des fouilles, sous l’édifice d’un monastère, ont révélé un gisement  de fossiles lui aussi peu banal : « quatre crânes exceptionnels de taille réduite » et, à ce jour, « les plus vieux êtres humains de toute l’Eurasie ».

Comme quoi il faut sans cesse, encore et encore, revenir à cette « vérité paléontologique » élémentaire, qui veut qu’ « on trouve les choses les plus inattendues dans les lieux les plus inattendus ». C’est cela, sans doute, qui fait de la paléontologie humaine une discipline si fascinante et si déconseillée aux amateurs de confort moral.

Il s’avère donc que l’évolution de notre « rameau », fort loin d’être linéaire et encore plus loin d’être claire comme de l’eau de roche, a été « une histoire tortueuse et compliquée » dont, pour l’instant, Florès et Dmanissi sont les meilleurs témoins.

Les savants en conviennent : « l’Asie nous réserve bien des surprises » ; « la nature faisait des expériences sur l’humanité, et la plupart de ces expériences ont disparu vers deux millions d’années » B.P ; « de l’histoire de l’humanité, nous ne connaissons encore que des bribes ».

Quelle leçon de modestie !

Il faut garder l’esprit ouvert et en alerte.

Un savant pousse même l’audace jusqu’à émettre l’hypothèse (chère aux cryptozoologues) que « le monde (actuel) regorge d’hominidés encore inconnus ».

Big Foot es-tu là ?

 

 

P.Laranco.

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G
Un régal ce reportage vu sur Arte. On dit souvent que les savants savent tout sur rien tant ile se spécialisent. Erreur ! car en restreignant leur vision, ile finissent par s'apercevoir qu'ils ne savent rien sur tout.<br /> Toute l'histoire du monde en chantier, les certitudes culbutées, c'est super génial car on va peut-être se mettre à réfléchir plus sérieusement et surtout avec une plus grande ouverture d'esprit tenant compte du postulat que tout est possible.
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S
Merci pour cette histoire si agréablement restituée... et ces leçons : il n'existe pas de certitudes, "il faut garder l’esprit ouvert et en alerte"...
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