Est-ce un hasard si la figure du monstre humain, du psychopathe qui défie la société et ses règles les plus élémentaires, du transgresseur absolu qu'est le criminel des criminels, le "serial killer", est devenue une figure si présente dans notre imaginaire ?
Depuis la fin des années quatre vingt, le cinéma et la littérature puisent à l'envi dans le réservoir de faits divers qui impliquent cette catégorie hors normes d'assassins fous pour nous saturer de récits propres à générer des sueurs froides et, au final, pour ressusciter l'archétypre, le mythe ancestral de l'Ogre, de l'homme-bête.
Certes, depuis toujours, l'homo sapiens apprécie l'extra-ordinaire. La démesure qui défie l'imagination et terrifie a toujours été, pour lui, source d'une sorte de fascination trouble - le besoin d'avoir peur serait-il inscrit dans notre bagage génétique ?
L'existence que nous menons, trop confortable et dénuée de surprises nous rend-t-elle, par contraste, chères de semblables figures odieuses ?
Il y a sans doute de cela.
Cependant, cette constatation ne dispense pas, me semble-t-il, de s'interroger sur la nature de nos "héros" contemporains.
Que penser d'une société qui met en avant des figures de ce type ?
Comment interpréter la complaisance douteuse dont nos médias de masse et notre littérature à grande diffusion font preuve en exaltant ainsi des êtres aussi brutalement inhumains ?
L'exaltation de l'individualisme poussé à l'extrême et l'idéal hautement permissif que cultive la société de consommation n'y seraient-ils pas pour quelque chose ?
Le serail killer, dernier avatar de l'homme viril, de l'homme qui ose, qui se libère ?
On a souvent dit que nous vivions dans une société folle.
Tyrannie de la vitesse, de l'immédiateté, de l'efficacité. Loi du désir, qui a toujours droit à une jouissance instantanée, "sans entraves". Atomisation du tissu social, voire même familial. Culte du "jeunisme", qui entretient l'immaturité psychique. Méga mégapoles où l'homme ne vit que de déracinement, d'anonymat, de frustrations. Société productrice de paumés et de déséquilibrés en masse.
Alors, le serail killer, miroir (à peine) grossissant de notre monde ?
Toute société récolte ce qu'elle sème.
Ce n'est probablement pas pour rien que l'Amérique récolte des tueurs en série. Dans cette perspective, les tueurs réels seraient alors le symptôme d'un mal-être, voire d'une maladie du corps social tout entier.
Et leurs homologues des thrillers littéraires et cinématographiques, quant à eux, seraient le pitoyable reflet de notre déviance, de notre infirmité sociale.
P.Laranco.