A Liesel Schieffer.
L'espace m'ouvre grand ses bras
et je ne regarde plus que
devant moi la lande moussue
qui s'aplanit vers l' horizon.
Je vais, transie par le plein vent
qui tourne autour de tout ce qui
se dresse : roc ou bien maison,
fougère ou bien promeneur
pour lui rappeler qu'il se doit
de ployer sous son sifflement
je vais échevelée sabrée
giflée à pleine paume par
l'énorme vent qui fait plier
et suffoquer tout dans son flux
le vent aux charges de bélier
dont on croirait presque qu'il prend
corps, qu'il matérialise son
immense assaut de fouet d'air;
je cherche l'abolition
dans la lande qui s'obscurcit
où la pluie creuse mes poumons,
je me moque
de grelotter
car seul compte l'espace ouvert
qui m'attire toujours plus loin
dans son empire
minéral
de rocaille que d'ombre teint
ma rage de marcher, d'aller,
de frôler la bruyère bleue
alourdie de pluie, détrempée
qui couvre de frissons mon corps
décuple au lieu
de faiblir.
Je me nomme
Emily Brontë,
comme mon frère se repaît
dans les tavernes, de liqueur
moi, je me saoule jusqu'à la
lie d'épuisement, de vent,
d'espace brut écartelé
et inhospitalier à l'homme
ainsi, j'oublie
cette maison
où le confinement glacé
des pièces exsude le malheur
et la tristesse de granit
je n'ignore pas qu'un beau jour
bise et pluie me terrasseront
pour châtier ma prétention
à suivre leur grand souffle noir
de liberté, qui hurle en louve !
Patricia Laranco.