Ce blog s'intéresse à la poésie, à la littérature de l'Océan Indien, à la philosophie, aux sciences, à l'Homme et au sens de la vie.
Gabrielle Althen est l'une des plus importantes figures de la poésie française actuelle. C'est quelqu'un dont j'admire énormément la poésie de présence au monde, quasi "spirituelle". Elle m'a fait l'honneur de m'adresser, pour publication dans mon blog, ces quelques textes.
Savourez-les, découvrez-les, ils en valent vraiment la peine...
Il y a un moment de la vie des artistes, moment qui ne dépend pas de l’état civil, qui est celui où ils doivent se rendre à leur propre singularité, à leur daimon, (sens grec, non diabolique, en effet). J’ai bien écrit se rendre, avec ce que l’expression implique lorsqu’elle est prise à la lettre. Nul orgueil. Nul excès de confiance en soi. Une reddition plutôt. Le devoir de se conformer en aveugle à cela en soi qu’on ne connaît pas si bien. Et, en sus, l’humilité, l’incroyable et persévérante humilité nécessaire à l’habitude de ne plus se plier au jugement des autres. Tu n’en fais qu’à ta tête, propos de psychologie ordinaire sans conséquence. Mais, dans l’art, n’en faire qu’à sa tête, c’est se fier, avec tous les risques que cela comporte, à la structure invisible qui gouverne sa relation aux autres, au monde et à soi, quand elle semble juste. Ce n’est pas choix d’aveugle. C’est le choix d’une logique encore inapparente. C’est un choix de l’invisible, celui de l’invisible source en soi que le travail de mettre au jour transformera en vision et en langage. Le risque en est sensible. C’est pourquoi je parlais d’humilité pour accepter de sembler se perdre. Il faut de l’humilité pour en passer par là et l’impression de rassemblement, de justesse qui en advient ne guérit pas de la blessure d’être différent des autres.
LE DON DES LARMES
Rocher debout tout droit comme un rempart,
Larme non pleurée de la douleur,
Etourdis, étourdis,
Lorsque l’été s’écrase au sol,
Les larmes sont pierres dans le désert,
Il ne faut pas les laisser seules.
Le verre du ciel a coupé la montagne au poignet
Que telle peine dite nous protège !
AMENUISEMENT DE LA COULEUR
Une fracture dans le geste d’aimer
Un appel à l’orage :
Tant de chaleur abolissant l’espoir
J’avais besoin de fleurs.
Bien que l’île nous rendît prisonniers du présent,
Sa poussière commençant il est vrai à nos cœurs ,
La terre rêche
Dépourvue de lointains
Nous faisait rêvasser de couleurs angéliques.
Entre des voeux de rubans mirifiques,
Je séchais bien des larmes dans des bouts de satin.
La mer difficile
Entre des bras de rocs
Décolorait la peine :
L’imperceptible est notre clef de voûte
Sa fleur une fracture dans le geste d’aimer !
ILE
Maisons les lieux des hommes
Au ras d’une terre coincée par le soleil
La malle est d’or mais trésor pour personne.
Tout près d’un bruit de vagues
L’ouverture est terrible de la chose visible.
Derrière la vitre une guêpe très active
Répète son désir agité de partir.
La transparence a ses limites.
Il n’y a pas de place ici pour le soupir.
Et moi suis-je parti,
Qui suis déjà dehors ?
J’ai le souci qui erre entre ma tiédeur et la mer,
Une ou deux larmes grises ont roulé sur les pentes,
Je voudrais qu’on me parle plus haut que la beauté
Plus haut que ma pensée plus haut que la douleur
Quand une enfant sans parole comme une rose close
Sort sérieuse du sommeil de sa chambre.
Dans la maison aimable
Des larmes jouent qu’il faut laisser jouer.
Coeur d’améthyste en alerte, ce vide, qui demeure vide, est à remplir des prémices de l’éveil.
Au prisonnier, le ciel offrit sa perle, où ce dernier, indéfiniment, pouvait entrer.
Un mot
Pour attirer la foudre
Dans le gris sans éperons du moment
Le mot arrive
Puis il nous dévisage
Nous
Le beau troupeau de bêtes –
La liberté qui regarde autre part
Accentue ses égards
Gabrielle ALTHEN *
* Pour ceux qui désireraient en savoir plus sur Gabrielle Althen, je vous renvoie au dossier "Figure de proue" qui lui est consacré dans le numéro 88 de la revue poétique JOINTURE, qui vient tout juste de paraître, et que vous pouvez vous procurer auprès de l'Association La Jointée, siège social 11 bis rue du Val-de-Grâce, 75005, Paris -Mel : la.jointee@laposte.net ou encore auprès de Marianne Arnold, 5 rue Sivel, 75014, Paris.