RECETTE POUR HIER ET DEMAIN.
Aux exactions du savoir préférer l’entropie / Aux architectures la désagrégation
Contempler la fermentation pour y saisir le secret œuvre du hasard / Rencontres fortuites dans l’errance tracent des schémas à l’encre sympathique / Questionner le temps / La symétrie / L’asymétrie
Six pétales / Six étamines / Deux mains miroirs / Deux regards croisés
Simultanéité et interférence
Simultanéité / Dans l’enfance de la complexité indicible
Ouvrir grand l’esprit pour embrasser large non pour fixer
Réinvestir l’accident
L’interstice
La solution de continuité comme élément d’une séquence plus élevée
La nature est l’objet unique sur lequel marteler l’entendement / L’aiguiser
En boire jusqu’à l’ivresse
Laisser le fourmillement devenu brouhaha entrer par les portes et les fenêtres / Envahir les circonvolutions / Submerger les sens
Puis au ressac conserver les indices du déluge / Et recommencer encore et encore
Chercher la coïncidence et la différence / La réitération et l’extinction / Etablir un chemin médian qui sera celui de l’union plutôt que de l’intersection
Reconnaître la richesse dans l’indigence / La rigueur dans la profusion
Rester humble dans l’orgueil
Etre fidèle et infidèle à la pensée
Faire de même de l’humain
Arnaud Delcorte
Le 25/02/2012
DE LA MICHELINE.
Avoir vue sur le monde d’une micheline n’est pas tout bonnement le discerner à distance, mais autrement. Par-delà les menus éléments d’un bosquet, d’un virage, d’un campanile se montrent à la fois la totalité du spectacle et le caractère flou de ses limites ; d’un logis proche de la voie nous bondit au visage une vie inconnue, telle une virtualité refoulée de la nôtre. Un vigneron qui sulfate des ceps, une femme en robe légère dépiautant, à petits coups de dépeçoir, un lièvre pattes arrière liées à une branche de tilleul, nous adressent leurs jeux de mains et leurs postures comme des appels ou des griefs sur le champ coagulés en traces immarcescibles dans notre souvenir, quelquefois connectés en dépêches complètes. De temps à autre, longeant un canal ou frôlant une croix de granit, je m’entrevois à l’extérieur moi-même, en ombre définitive incorporée au panorama.
François Laur.
LE TRAIN.
Le train s’en va. Il s’extrait, se libère de l’étau de la ville. Tel un souffle asthmatique échappant à sa propre oppression.
Peu à peu, il s’affranchit de sa gangue charbonneuse de béton, de quais et de pierre.
Il bouffe du rail, comme s’il avait tous les cinq cent diables à ses trousses. L’oppression a été sa rampe de lancement, son Cap Canaveral.
Il a soif. D’ouverture. D’espace. De mouvement pour le mouvement.
Il a faim. D’éloignement. De lignes. De ruée. De respiration élargie.
Il fonce. Entre fleuves de rails et de ballast rougeâtre et haut ciel pailleté de matinale lumière.
Entre deux infinis, l’un horizontal, l’autre vertical. Entre deux géométries sommaires, opposées, qui semblent se répondre.
On a l’impression qu’il oublie qu’il a une destination.
Son staccato qui fend l’air lui suffit : ivresse, amnésie brute.
Patricia Laranco
Photo : P.Laranco.
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