Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 12:31

UNE PORTE.

 

 

Franchir ce mur de sueur

et briser le grimaçant miroir.

Une porte secrète

rythme le temps des au-revoir.

Une porte blessée

où l’on a écrit un nom.

Asphyxie !

Le reflet d’un visage

halète dans le silence.

Douleur première.

L’absence réitère l’absence.

Une sirène, un glas

déchirent la nuit.

Enfantement !

Ton rêve s’ouvre

et tu chancelles

dans l’éblouissement du miroir.

 

 

Isabelle Jasmin

In Fleurs et pierres, Editions Thierry Sajat, 2012.

Par ANANDA.
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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 12:28

Etrange neige :

des fœtus roulés en boule dans des bulles

des fœtus en apesanteur

qui tombaient comme des flocons

et je voyais leur chair rosée

voleter voluter dans l’air de cet éblouissant instant où les ravines ruisselaient.

La lune de papier crépon

était tamponnée sur le ciel

sceau impavide blanc cachet

parcouru de vaisseaux de sang

la terre en contrebas hurlait

en secouant ses flancs polis

et nus pareils à chair à vif.

Le bruit d’un ténébreux ressac

invisible et immatériel

témoignait de couloirs chtoniens

en gésine dans ce qui n’est

pas encore né -

ni meurtri –

Les crépuscules d’or sanglant

frottaient leurs nuages velus

à l’étendue ombrée de fiel

qui se jetait dans le néant.

 

 

Patricia Laranco.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partant de l’image simple de la neige en train de tomber, l’esprit de la locutrice l’associe par comparaison à celle des fœtus puis complète le tableau en brossant un fonds très étendu qui englobe : en bas, la terre, aussi bien sa surface sur laquelle tombent les flocons blancs et coule l’eau à volonté (ravines ruisselaient) que ses entrailles où s’allongent des couloirs chtoniens, en haut le ciel où s’est immobilisée la lune, et entre ces deux espaces élargis l’horizon au moment où il abrite un coucher de soleil (les crépuscules d’or sanglant frottaient leurs nuages velus) pour faire se terminer tout cet univers gigantesque par le néant (l’étendue ombrée de ciel qui se jetait dans le néant).

A part l’eau qui symbolise la fécondité et la couleur blanche, la pureté, tous les autres éléments composant ce paysage ont des significations négatives. D’abord, le texte s’ouvre sur la notion de vie et de naissance (les fœtus), mais c’est pour se fermer sur celle de la mort (le néant). Et cette notion de mort est renforcée par le crépuscule qui symbolise le déclin et l’automne de la vie. Ensuite par l’atmosphère de terreur qui règne aussi bien sur la terre et qui la pousse elle-même à hurler (la terre en contrebas hurlait en secouant ses flancs polis et nus pareils à chair à vif) que dans ses entrailles habitées par des forces maléfiques (Le bruit d’un ténébreux ressac invisible et immatériel témoignait de couloirs chtoniens).

La lune complète cette ambiance lugubre par la perte de sa mobilité et de sa beauté naturelle (La lune de papier crépon était tamponnée sur le ciel), symbolisant ainsi des transformations inquiétantes provoquées par la conjuration des esprits démoniaques que pratiquent les sorcières. Et tout cet ensemble bien orchestré donne une image cauchemardesque de la vie (couloirs chtoniens en gésine dans ce qui n’est pas encore né – ni meurtri), c'est-à-dire que ceux qui ont accédé déjà à la vie n’ont récolté que torture et blessures.

Enfin, si nous faisons abstraction de cette vision pessimiste de la vie qui ne regarde que l’auteure parce qu’elle fait partie de sa philosophie personnelle propre, nous ne pouvons qu’être fasciné par la fécondité de son imagination et l’extrême beauté des images qu’elle a créées. Et c’est l’essentiel en poésie !

 

 

Mohamed Salah Ben Amor.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ANANDA.
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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 11:47

En attendant l’affiche, je vous invite à un voyage à la rencontre des imaginaires, inspiré de la coolitude, à GRENADE (Espagne), organisé par le CONSULAT DE FRANCE.

 

En voici le programme :

 

* MERCREDI 29 MAI, DINER POETIQUE, avec une chanteuse et un guitariste flamenco, une danseuse kathak, un joueur de tabla, et peut-être un artiste de musique arabo-andalouse (noms à préciser).

 

* VENDREDI 31 MAI , SOIREE-LECTURE AU PALAIS DU GENERALIFE.

 

 

Informations auprès de :

 

Mme Françoise SOUCHET

c/Carlos Pareja, 5

18002 Granada

Tél : 958 52 10 37 / 958 26 14 47,

Domicile : 958 50 74 21 , portable : 606 30 41 31

Fax : 958 52 10 37

e.mail : consulfrance_grenade@yahoo.es

 

 

Khal Torabully

Par ANANDA.
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 11:05

Ancien grand reporter devenu de ce fait « légende vivante » à Madagascar, Latimer RANGERS, dans ce petit ouvrage de poésie en prose divisé en quatre chants suivis d’un « intermezzo » et d’annexes explicatives, nous livre l’âme d’une région particulièrement déshéritée de l’Île Rouge : le pays de l’ANDROY, encore surnommé « pays de la soif », pays ingrat s’il en est, dur à ses enfants et à ses bêtes, mais qui n’en est pas moins – pour paraphraser Jacques Brel – irrémédiablement « le sien », pour le meilleur et pour le pire.

Le texte est fort, à l’image d’un lien fort, ventral à une ancestrale terre.

Imagé, flamboyant, exalté tout en même temps qu’incantatoire et solennel, truffé de mots locaux (ce qui ne fait qu’ajouter à son charme), le langage s’y révèle porteur d’un lyrisme ample, ce qui ne l’empêche pas d’être codé.

Tout, ici, sur le mode de la « psalmodie », de la « lamentation » millénaire, célèbre le « blues », « la détresse » mais aussi l’espoir pantelant qui habitent cette contrée de mort, de sécheresse impitoyable, de plantes étranges et de « brousse rêche », de « tombes éboulées » et de bucranes, de « pistes » et de « ravines », de « gueux », de rerelava déracinés, voués à l’exil et à toutes les errances de la misère aux quatre coins de la Grande Île.

L’Androy est une région qui ne vit que dans, par et pour l’attente de la pluie, de l’eau au combien rare, précieuse, salvatrice et par là obsédante. Il fait corps avec les deux saisons, avec les éléments basiques qui rythment (rudement) son existence. L’Homme de l’Androy est par conséquent condamné à la « nostalgie », et à un rapport à la Terre-Mère qui tient de l’amour impossible :

« Ô ! Terre excavée de souffrance et de misère […] terre violentée de contrastes et de polarisation des contraires opposés pleine face ! » ; « Ô ! Terre de l’Androy, mon Sahara, mon Kalahari ! Toi que je tiens à bras le cœur […] ! » ; « Ô ! Toi, pays de douleur où la mort est vie, la famine derme et l’eau divinité ».

Ce qui est le plus touchant, le plus bouleversant au fil de ces pages, c’est la vigueur, la fidélité sans faille qui caractérise le lien de l’Homme ontandroy au ventre – si stérile et si dur qu’il soit – de sa terre originelle. Mais tel est le Malgache, que les sépultures ancestrales et les esprits errants qui le hantent (lolo) rivent à son sol de manière viscérale et inexpugnable.

On imagine, donc, ce que l’exil peut avoir de douloureux, cet exil-arrachement que Rangers assimile à un « deuil » porté par la terre matricielle elle-même et que  ces hommes, femmes, enfants ne sont guère loin de vivre comme  une forme de sacrilège.

C’est dit, « Dieu a bien fait de demeurer invisible » et de laisser ces pasteurs et ces paysans tout entiers concentrés sur l’attente de « l’accouplement pluvial », de « la canonnade » de la saison des eaux.

Ce livre est grave, en son entier pénétré d’une immense plainte liée à l’agonie et à la demande pressante de résurrection. Il faut y voir un chant funèbre, autant qu’un hymne d’amour-passion réaffirmé encore, toujours, au nom de l’étroite, de l’indépassable fusion entre un sol et ses Hommes. Il réussit à être si évocateur qu’il finit par nous communiquer l’attachement à cette terre, dont la présence  affleure partout, à chaque mot, à chaque circonvolution de phrase, incontournable :

« Ô ! Les pistes, articulation de l’infini fini qui renaît et recommence […] traits d’union à l’échelle des étendues, de l’éphémère et de l’ineffable »

« […] voici les pistes des voyages sans retour, fulgurances et illuminations, chimères et mirages, halos, hallucinations, lointains évanouis évanescents, formidables, nimbés de mystère et de mystique… ».

Que dire de plus ? On ne peut qu’être conquis par cette poésie, par cette intensité « magique », comme jaillie du ventre d’un sol.

Signalons au reste qu’elles ont valu à l’auteur de ces textes le Prix de la Poésie de l’Océan Indien 2005.

 

 

PL 

Par ANANDA.
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 11:03

quelques mots

jaillis du plus profond de soi

sculptés

sertis

jetés accomplis sur un papier de soie

 

 

figés en beauté

 

 

 

 

 

 

 

Robert Notenboom

In A l’embaumée des fleurs, Les éditions du Puits de Roulle.

Par ANANDA.
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